De gauche à droite: le chef de service de l’enfance et son collaborateur, Romuald Wendmanagda Sandwidi et Alexis Bazié ; le DR de la femme du Centre, Abdoul Mamadou Bassaoulet, et la directrice provinciale de la femme, Maïmouna Traoré/Zoma. (Ph:HS)

Viols de jeunes filles  : 35 cas recensés en 2016

La violence sexuelle est un phénomène de société qui touche toutes les couches sociales et qui est reconnue comme un crime par la loi. Des jeunes filles sont victimes de délinquances sexuelles entrainant des conséquences dévastatrices à court et long termes. Le Burkina Faso n’est pas épargné par ce phénomène qui est quasi-présent dans la vie de nos cités. De quels moyens dispose le ministère de la Femme pour prendre en charge les filles victimes d’abus sexuels? Comment prévenir ces viols? Pour répondre à ces interrogations, L’Economiste du Faso a rencontré des personnes ressources que sont le directeur régional de la Femme du Centre, Abdoul Mamadou Bassaoulet ; la directrice provinciale de la Femme et de la Solidarité nationale du Kadiogo, Maïmouna Traoré/Zoma; le chef de service de l’enfance, Romuald Wendmanagda Sandwidi, et son collaborateur Alexis Bazié.

L’Economiste du Faso: Combien de cas de viols de filles recensez-vous par an? Leur âge minimum et maximum?
Ministère de la Femme (MF): Pour l’année 2016, 35 cas de viols ont été notifiés au ministère. Mais comme nous n’avons pas la prétention d’avoir tous les cas, ce n’est pas évident. Ce chiffre est peut-être la partie visible de l’iceberg. Ce dernier trimestre, par exemple, de décembre à maintenant, nous sommes ici à près de 6 cas. Il n’y a pas d’âge. Il y a des enfants de 3 ans, 5 ans… Nous limitons notre cible à 18 ans.

Dans quelles villes ou régions ces cas sont plus fréquents ?
Si on veut partir sur l’hypothèse de la taille, on va dire que c’est à Ouagadougou, parce que Ouagadougou a 11 départements et 5 arrondissements. Dans chaque arrondissement, on reçoit des cas. En parlant de prédominance, il faut noter le caractère tabou. Ce qui est visible n’est pas forcément la réalité. Si tous les cas allaient être répertoriés, vous allez être étonnés du chiffre. En général, les familles n’aiment pas en parler. Selon eux, il y a une répercussion sur l’avenir de l’enfant.

S’agit-il d’un phénomène qui se développe de plus en plus ? Ou pensez-vous que c’est dû à l’avènement des réseaux sociaux ?
On ne peut pas dire que ça n’existait pas. Dans les années 2006, des rapports d’étude avaient révélés que la problématique existait, mais a un caractère fortement tabou. On pense que les réseaux sociaux et le développement des TIC y ont contribué aussi.

Combien de cas sont parvenus à des procès ?
Tous les cas qui rentrent dans le processus des services sociaux parviennent au procès. Mais, il ne s’agit pas de procès médiatisés comme dans d’autres domaines. C’est le huie clos afin de protéger les enfants.

Combien de situations ont été gérées à l’amiable ? Pourquoi ?
Nous, on ne gère pas un cas à l’amiable. Si le cas nous parvient, on interpelle la police.

Quels sont les profils et la tranche d’âge des violeurs ?
C’est n’importe qui. Les personnes âgées, les jeunes, les enfants entre eux, entre frères, l’oncle, les personnes d’origine étrangère. Des fois-même, c’est le père, le tuteur. A un moment donné, on est confronté à deux problèmes: l’inceste plus le viol. Quand c’est à l’intérieur de la famille, à moins que ce soit un miracle, les gens tentent au maximum de mettre le pied dessus.

Que risquent les violeurs?
Ils risquent au minimum 5 ans. Mais, il y a des situations aggravantes en fonction du profil du violeur. Par exemple, si c’est le père ou le tuteur.

De quels moyens disposez-vous pour prévenir ces viols ?
La sensibilisation au niveau des établissements pour les jeunes à travers des activités sur la santé de la reproduction, les violences sexuelles. Il y a les émissions radiophoniques pour alerter l’opinion et faire en sorte que les gens soient plus regardants. Au niveau des maternels, il y a la guidance parentale et des informations que les encadreurs donnent aux enfants. C’est comme des codes de conduite pour que les enfants n’acceptent pas un certain niveau d’attouchement.

Avez-vous un message à l’endroit des parents ?
Il faut que les parents développent leur mécanisme de veille sur les enfants. Un enfant a besoin d’être écouté. En général, les enfants d’un certain âge racontent tout ce qu’ils ont vu et vécu.
Il faut également développer la confiance avec les enfants, parce qu’étant en confiances, les enfants se confient facilement. Eviter de confier les enfants à n’importe qui et vérifier leur fréquentation.
Aujourd’hui, le débat sur la sexualité ne peut plus être contourné avec les jeunes, parce qu’ils sont agressés partout : à la télé, entre eux à l’école, sur les routes. Il faut développer l’autoprotection des enfants.

Propos receuillis par Hannifah SAWADOGO


 

Quel est le dispositif mis en place pour prendre en charge les filles victimes de viols ?

Ce sont des cas qui sont traités à un niveau pluridisciplinaire. L’entrée de la problématique se définit, puisqu’il peut y avoir plusieurs niveaux d’identification. Si c’est identifié au niveau de la police, elle l’enregistre, envoie le dossier à la justice. Mais, pour la gestion sociale, ils nous le renvoient. Si c’est identifié à notre niveau, nous repérons le cas et on le transfert à la police qui fait son travail, et ça continue à la justice.
Nous avons aussi l’obligation d’évaluer les préjudices physiques, parce qu’il y a un protocole de prise en charge. Ce protocole veut que tout enfant victime de violences soit vu par un technicien du domaine, un gynécologue, qui va non seulement regarder les préjudices physiques, identifier d’abord si le viol est avéré et vérifier s’il y a des réparations à faire. Ensuite, regarder s’il n’y aura pas de conséquences à court et long termes, faire le dépistage du VIH-Sida, de l’hépatite B et le test de grossesse. Ça se fait sur un long terme, au bout du temps T, ensuite sur trois mois, puis 6 mois. Après, nous évaluons le choc en faisant appel à un psychologue.
Nous sommes obligés de repartir au niveau de la famille pour évaluer si le cadre était propice. Si ce n’est pas le cas, nous retirons l’enfant pour l’amener dans une structure ou famille d’accueil que nous avons pour y garder l’enfant et rechercher d’autres solutions. Si l’acte de viol a eu un préjudice sur la scolarité de l’enfant, il faut que nous réparons cela et faire en sorte que l’enfant puisse intégrer le cursus scolaire. S’il se trouve que l’enfant n’a pas besoin d’être scolarisé, il faut que nous trouvions un cadre approprié pour le garder chez une personne de bonne moralité.

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Numéro d'édition: 245

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