Les Burkinabè consomment plus de 100.000 tonnes de poissons par an et importent environ 60.000 tonnes. (Ph.: DR)M+u

Pisciculture : Des particuliers se lancent

• Dans l’élevage de Raphael Zoungrana

• Le produit transite de l’aquarium à l’assiette du client

• Le poisson local de plus en plus prisé

 

A quelques kilomètres de la ville de Ouagadougou, se dresse un élevage assez particulier. En effet, c’est dans son cadre d’accueil et de restauration que Raphael Zoungrana a choisi de faire son élevage de

Raphael Zoungrana est devenu pisciculteur par passion. Il assure que le métier peut nourrir son homme. (Ph.: DR)

poissons. Plus qu’une passion, ce pisciculteur improvisé a en premier le souci d’offrir à ses clients des poissons péchés de son élevage et d’apporter ainsi une touche spéciale à ce lieu qu’il veut atypique.
Patron d’une société dans le secteur minier, Raphael Zoungrana voue un amour à la nature et aux produits saints. Cette passion l’a conduit de manière fortuite vers la pisciculture qu’il a découverte lors d’un voyage à Bagré. Son ambition était de créer un aquarium géant dans son aire de repos, où ses clients pourront choisir eux-mêmes le poisson qu’ils voudront consommer, comme c’est le cas dans certains maquis avec le choix du poulet.
Débuté depuis 3 ans, sa pisciculture est composée de 9 bacs où sont élevés près de 27.000 poissons. Avec juste 1.000 alevins à 25F CFA l’unité à Bagré au départ, aujourd’hui Raphael Zoungrana peut espérer tirer de chaque bac plus de 3 millions de F.CFA par mois. Les 9 bacs lui permettent de tenir toute l’année, selon le cycle normal de reproduction d’un poisson pour atteindre la croissance idéale qui est de 8 mois.
Les espèces qu’il a choisies sont les plus prisées au Burkina. Ce sont les tilapias appelés abusivement «carpes» et le poisson chat ou silure. «La pisciculture n’est pas un élevage complexe tant que les règles sont respectées», affirme Raphael Zoungrana. En effet, pour la bonne évolution du poisson, il lui faut des éléments essentiels que sont l’oxygène, l’eau et une alimentation complète. L’une des grosses difficultés est l’indisponibilité d’aliments pour nourrir les poissons. Au départ, une structure à Bagré se chargeait de la vente de ces produits. Aujourd’hui, les pisciculteurs sont obligés de fabriquer eux-mêmes la nourriture pour poissons.
Ceux qui s’adonnent à cette activité bénéficient le plus souvent de l’aide du ministère de tutelle qui les accompagne dans la structuration des bassins, le matériel pour la fabrication de la nourriture et des conseils pratiques. La pisciculture a de beaux jours au Burkina Faso, car la quasi-totalité de poissons produits est consommée à l’intérieur du pays, contribuant ainsi à l’amélioration du niveau nutritionnel des populations. Le poisson frais est très apprécié de tous. Selon Raphael Zoungrana, le poisson produit sur place a meilleur goût et est plus nutritif que celui importé. «Les consommateurs, s’ils ont le choix, préféreraient le poisson local à celui importé», tranche-t-il.
La pisciculture est une activité qui n’a pas besoin forcement au départ de grands moyens, mais beaucoup plus de discipline et de respect des règles d’élevage du poisson. Tout comme le poulet, le poisson occupe une place de choix dans le menu des consommateurs burkinabè. Ce sont plus de 100.000 tonnes de poissons qui sont consommées chaque année au Burkina Faso, selon les statistiques de direction générale des ressources en eau.
La contribution de la pêche au Pib est de 0,41% (RGA 2009) et elle a rapporté en 2011 plus 65 millions de FCFA au budget de l’Etat. Le poisson local est très demandé par les consommateurs. Pourtant, la production domestique se chiffre à seulement 20.000 tonnes, soit 20% des besoins nationaux. Pour combler le gap, le pays est obligé d’importer près de 60.000 tonnes de poisson par an. Néanmoins, ce secteur procure des emplois directs et des revenus à près de 12.000 personnes dont 8.500 pêcheurs et 3.500 commerçants et transformatrices des produits de pêche. Il contribue à la réalisation de la sécurité alimentaire et à la lutte contre la pauvreté de par sa création de revenus ruraux et contribue à une meilleure nutrition de la population. Ces dernières années, des actions ont été menées afin de développer l’aquaculture. Selon les statistiques de 2009 de la direction générale des ressources en Eau, les principaux supports de la production de poissons de nos jours sont les barrages de Bagré (21.000 à 25.000 ha), de Kompienga (16.000 à 20.000 ha), du Sourou (10.000 ha), de Dourou / Toécé (8.000 ha) et de Ziga (7.000 à 10 000 ha). Mais au-delà de l’action du gouvernement, des particuliers se sont lancés dans la pisciculture. Une activité pas commune au Burkina, pourtant rentable.

Germaine BIRBA


Le Projet d’élevage piscicole (PEP) en difficulté

La dynamique de la pisciculture a été insufflée depuis 2004 par le biais du Projet d’élevage piscicole (PEP) de Bagré qui a pris fin en décembre 2009. Il était inscrit dans le cadre de la politique nationale de développement des ressources halieutiques. Confié aux Engagements nationaux, il a été soutenu financièrement et techniquement par la coopération taïwanaise qui l’a géré durant 5 ans. Depuis 2010, l’Etat burkinabè ou un privé devrait assurer la relève. Pour l’instant, l’on est encore à l’étape des études pour déterminer le statut exact du PEP.
Le projet, on peut le dire, vivote actuellement. Cependant, il a eu le mérite de donner goût et de former les ouvriers et techniciens qui tentent d’imprimer leurs marques dans le domaine. Certains passionnés de la pisciculture essaient tant bien que mal de s’y adonner.
Toutefois, le gros problème reste le manque de formation et la disponibilité de la nourriture pour poissons. La pisciculture développée à un certain niveau pourrait permettre au Burkina Faso de combler un peu le gap en matière de poissons et d’offrir aux populations des produits plus frais et mieux contrôlés.

Commentaires
Numéro d'édition: 209

One comment

  1. Bonjour je veux me lancer dans l’aquaculture de poisson tilapia et silure puis je demander les coordonnées de la ferme de Mr Raphaël Zoungrana pour avoir des idées pour pouvoir mieux me lancer . Merci d’avance

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