Malgré quelques difficultés dans l’organisation, le bilan de la 14e édition du SIAO est positif selon son directeur général, Dramane Tou. (Yvan SAMA)

14e édition du SIAO: «Nous sommes satisfaits à certains niveaux»

• Un pari tenu

• L’organisation se professionnalise

• Les produits asiatiques restent un problème

 

La 14e édition du SIAO s’est tenue à Ouagadougou du 25 octobre au 4 novembre dernier. Cette édition très attendue a connu des innovations majeures et un dispositif sécuritaire très relevé à cause de la menace terroriste dans la sous-région. Avec le directeur général du SIAO, Dramane Tou, nous faisons un bilan provisoire de l’évènement.

L’Economiste du Faso: Quel bilan provisoire faites-vous de cette 14e édition du SIAO ?
Nous pouvons dire que nous sommes satisfaits à un certain niveau en termes de bilan provisoire. Les motifs de satisfaction sont en premier lieu le pari réussi de l’organisation de la 14e édition du SIAO. Ensuite, nous avons eu la chance d’avoir le président du Faso à la cérémonie d’ouverture ainsi que toutes les hautes autorités du pays. L’autre aspect est que sur les artisans inscrits, au nombre 3.000, à la date du 2 novembre dernier, nous enregistrions déjà 3.005 artisans présents. Sur l’effectif de 250 acheteurs attendus, à la même date du 2 novembre, nous avions 170 acheteurs arrivés dans le cadre du SIAO. Au niveau de la presse nationale et internationale, nous avions estimé à 500 le nombre de journalistes présents pour couvrir l’évènement, cependant nous avons noté 350 la veille de la clôture. Mais il y a eu d’autres demandes et certains sont présents sans accréditation. Le public qui visite le salon a également répondu présent. En termes d’achat de tickets et de badges, le bilan que nous avons fait était intéressant comparativement aux années précédentes. Malgré les différentes plaintes des visiteurs dues aux fouilles, nous sommes ravis de voir qu’il y a eu une certaine affluence. Nous nous excusons des désagréments que les dispositifs sécuritaires ont pu créer, mais c’était pour la sécurité de tous.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez dû faire face dans l’organisation du salon cette année ?
Ce genre d’organisation rencontre forcement des difficultés. À notre niveau, nous avons dû faire face à des difficultés d’ordre financier, organisationnel et sécuritaire. En ce qui concerne l’aspect financier, nous avions défini un budget et nous n’avons pas eu la totalité du financement. Nous avons reçu l’accompagnement de l’Etat qui, sur un budget d’environ 600 millions, a contribué à hauteur de 442 millions. Habituellement, nous avions une subvention de 350 millions, c’est donc une hausse de 92 millions que l’Etat nous a accordée. Nous sommes accompagnés par différents partenaires. Sur une estimation budgétaire de 55 millions, cette année nous avons obtenu la somme d’environ 36 millions de ces partenaires. Nous espérions avoir le gap, ce qui n’est pas simple. Quant à la mobilisation interne du SIAO, elle concerne une partie des fonds. Le reste viendra des recettes des ventes de tickets à l’entrée.
Ces difficultés financières ont fait que nous n’avons pas pu mettre en œuvre tout ce que nous avions prévu au départ. Certains accompagnements prévus pour les artisans burkinabè ont dû être réduits. En ce qui concerne l’organisation pratique, nous avons connu des insuffisances dans l’octroi des badges dues au fait que le système soit nouveau et le manque de connexion parfois. Au niveau sécuritaire, nous avons dû faire face aux caprices de certaines personnes qui ne nous ont pas facilité la tâche.

Le dispositif sécuritaire mis en place cette année n’a t-il pas été un facteur dissuasif pour certains visiteurs qui ont préféré ne pas venir au SIAO ?
Il y a des gens qui n’ont pas la patience d’attendre. La fouille corporelle et celle des sacs prend assez de temps, toutefois, elle est une obligation. Le contraire devrait alerter nos populations, car en ces moments difficiles, je pense que les visiteurs et les exposants devraient encourager cette initiative quand bien même cela cause quelques désagréments, car nous ne sommes pas encore habitués à tous ces dispositifs sécuritaires.
C’est la première fois au SIAO que nous avons des fouilles assez poussées afin d’éviter des risques sécuritaires. Il est évident que ces fouilles ont découragé plus d’un qui n’ont pas pris la peine de venir à l’évènement. Cependant, nous disons que c’est mieux de perdre quelques minutes ou heures pour entrer en toute sécurité au salon, que de baisser les bras au motif que nous voulons faciliter les entrées et faire courir beaucoup de risques au pays tout entier . En tant que commissaire général du salon et directeur général du salon, je n’ai pas eu connaissance de cas suspect. Cependant, n’étant pas spécialiste de ces questions, les responsables de la commission sécurité seraient les mieux placés pour répondre si oui ou non des cas suspects ont été détectés sur le site du SIAO.

Quelles ont été les innovations de cette année ?
Nous avons créé des pôles de régions du Burkina Faso pour la première fois, ce qui permet à l’ensemble des 13 régions d’être représentées par deux artisans sélectionnés par région, qui vont emmener l’ensemble des potentialités artisanales de celle-ci. Cela à contribuer à aider les artisans du pays à faire sortir, à présenter leurs créations au reste du monde, mais également à donner l’occasion à la région d’être visitée et d’être attractive, car il y a beaucoup d’artisans talentueux, mais qui n’ont pas les moyens de s’acheter un stand allant de 300.000 à 700.000 FCFA pour présenter les produits. Nous avons également mis en place un système d’accréditation et d’achat de tickets afin de réduire les fraudes à l’entrée, améliorer les recettes et mieux sécuriser le salon. Avec ce système, les détenteurs de badges sont automatiquement identifiés à l’entrée et à la sortie du salon. Avec le nouveau système de vente de tickets, nous avions la possibilité de savoir à l’instant combien de tickets ont été vendus.
Dans chaque pavillon, nous avons mis en place des personnes bilingues chargées de donner toutes les informations aux artisans et aux acheteurs. Avec des partenaires téléphoniques, nous avons innové avec la vente des tickets via la banque mobile qui est plus facile, plus rapide et évite les longs rangs et les problèmes de monnaie. Nous allons améliorer ce système les années à venir. Avec l’accompagnement d’une banque de la place, nous avons créé une plateforme pour que les artisans hors du pays puissent s’inscrire à l’évènement tout en reversant leurs participations via les comptes dans les banques, après avoir rempli les accréditations.

Germaine Birba


 

Le SIAO se dénature-t-il avec «l’invasion» des produits asiatiques ?

De plus en plus, des artisans exposent des produits provenant de l’Asie plutôt que ceux produits de manière artisanale. Une préoccupation qui est réelle d’après le responsable du salon.
Les problèmes liés à la mondialisation, à la concurrence déloyale et à la contrefaçon sont réels. Tous les pays les vivent, et le SIAO également. Nous rencontrons des stands où les produits ne sont pas purement faits à la main. Ce ne sont pas des produits artisanaux, mais des produits importés de l’Asie.
Nous combattons cela. Nous avons fait créer pour la première fois une commission de contrôle des normes et des règlements du salon, chargée avec l’accompagnement de la sécurité, d’enlever les produits qui ne sont pas issus de l’artisanat sur le site. Ces produits sont confisqués et les détenteurs sont soumis à une amende.
Malheureusement, les gens rentrent frauduleusement avec les produits. Nous n’allons pas accepter qu’un salon dédié à l’artisanat africain soit transformé en un marché classique. Nous essayons d’y faire face en dissuadant les candidats à cette pratique. L’artisanat a de l’avenir dans le monde, dans la mesure où les produits artisanaux ont cette originalité d’être créés sur de la matière pas toujours façonnable. De plus, la création de l’artisan est unique et innovante. Je ne pense pas que l’industrie puisse rivaliser avec cela.
L’artisanat a donc de beaux jours, car c’est un secteur créatif et un secteur qui attire de plus en plus les jeunes et les femmes. C’est l’un des grands secteurs pourvoyeurs, d’emplois au Burkina Faso après l’agriculture. Au niveau de l’Uemoa, il existe un code qui impose aux Etats de définir un quota de marchés publics à octroyer aux artisans. Par conséquent, plus il y aura des marchés publics offerts aux artisans, plus il y aura des candidats dans ce secteur.

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Numéro d'édition: 179

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