Interview réalisée par Hannifa Sawadogo

L’endométriose : Une maladie qui peut conduire à la stérilité

• Un traitement qui dure 6 mois

• Provoquant une ménopause artificielle

• 200.000 à 300.000 F CFA pour se faire diagnostiquer

 

L’endométriose est une maladie qui affecte de nombreuses femmes au Burkina à leur insu. Elle se manifeste selon les spécialistes, souvent par des douleurs après les règles et peut provoquer la stérilité chez la femme.
Pour en savoir davantage sur cette pathologie, L’Economiste du Faso a approché le Dr Yobi Alexis Sawadogo, gynécologue au Centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo (CHU-YO). Dans cet entretien, il nous livre des informations relatives aux symptômes et les moyens de prévention de l’endométriose.

– L’économiste du Faso: Qu’est-ce que l’endométriose ?
Dr Yobi Alexis Sawadogo: Sur le plan scientifique, c’est la localisation anormale de l’endomètre, dont une partie est à l’intérieur de l’utérus et l’autre hors de l’utérus. C’est une maladie qui est mal vécue par certaines femmes.

– Comment se manifeste-t-elle?
Elle se manifeste essentiellement par des douleurs pelviennes, généralement cycliques. En général, ces douleurs commencent après le début des règles. Parfois les règles finissent et la douleur persiste. En dehors des règles douloureuses, il y a la possibilité d’avoir des douleurs abdominales chroniques qui sont exagérées au cours de l’ovulation ou au cours des règles. Les douleurs peuvent aussi apparaître lors des urines, pendant les selles ou pendant les règles, ou lors des rapports sexuels, surtout au moment de la pénétration profonde. A long terme, cela peut entrainer la stérilité chez certaines femmes dû à l’accolement de l’utérus avec les intestins.

– Quels sont les facteurs explicatifs?
Les causes ne sont pas bien connues, mais il y a un certain nombre de théories qu’on évoque. Parmi ces théories, celle qui est la plus acceptée est la théorie de l’implantation. C’est une théorie selon laquelle une petite partie des cellules de l’endomètre, au lieu de s’évacuer par le vagin au moment des règles, remonterait dans les trompes jusqu’à la cavité abdominale pour s’implanter sur différents organes (ovaires, vessie, intestin).

– Quelles sont les statistiques disponibles sur cette maladie ?
On n’a pas de statistiques fiables. C’est généralement une maladie qui est dépistée au cours d’une intervention, ou parfois fortuitement parce qu’on était en train de traiter une autre maladie. Donc, c’est difficile de donner des statistiques fiables.

– Avez-vous déjà reçu des patientes qui souffrent de cette maladie ?
Oui, en tant que gynécologue, on a reçu des femmes qui souffrent de cette maladie. Mais elles ne viennent pas pour dire qu’elles ont l’endométriose, elles viennent souvent se plaindre de douleurs. C’est au cours du diagnostic ou des examens qu’on se rend compte qu’il s’agit de cette maladie. Pour certaines aussi c’est au cours de certaines interventions chirurgicales qu’on se rend compte qu’elles souffrent de l’endométriose.

– Comment peut-on savoir qu’on est atteint de l’endométriose ?
Il faut se faire diagnostiquer et l’un des éléments essentiels c’est l’examen de la célioscopie.
C’est un appareil optique qu’on met dans le ventre de la femme pour rechercher la maladie. Malheureusement, cet examen n’est pas encore disponible dans toutes les formations sanitaires. A l’hôpital Yalgado Ouédraogo (CHU-YO) ici, il y avait l’appareil, mais ces derniers temps, il ne fonctionne plus très bien.
Mais dans certains centres sanitaires privés, l’appareil est disponible. On n’a pas moins de 200.000 à 300. 000 F CFA pour faire cet examen. L’endométriose peut aussi se localiser dans le muscle utérin, dans l’utérus lui-même. Et dans ce cas précis, il y a un examen qu’on appelle la radiographie de l’utérus appelé hystérographie qui permet de voir ces différentes lésions.

– Quels peuvent être les risques du traitement ?
Comme tout traitement chirurgical, il y a des risques. Il peut y avoir des complications lors de l’intervention qui suscite qu’on enlève l’utérus. Et si c’est le cas, la femme va rester stérile à vie.
On peut couper aussi quelques intestins lors de l’intervention. D’autres médicaments pendant le traitement confèrent une ménopause artificielle, la femme ne pouvant tomber enceinte pendant cette période. La présence de l’endométriose peut provoquer la stérilité chez certaines femmes.

– Combien de temps peut durer le traitement et quels sont les coûts qu’il peut engendrer?
Pour qu’on ait des résultats, le traitement doit durer 6 mois. Pour le traitement médical, il y a des boîtes de comprimés qu’on peut utiliser pour un cycle, qui varie souvent entre 3.000 et 5.000 FCFA pour certains médicaments. Il y a aussi les injectables qu’on peut utiliser qui sont de deux types. Il y a le Decapeptyl qu’on injecte tous les mois. Ce produit coûte entre 115.000 et 175.000F par injection. Il y a un autre produit qui vient d’arriver, le leprodex, qui tourne autour de 54.000 à 55.000F le flacon par mois.
Et pendant ces six mois, la femme ne peut pas tomber enceinte, parce qu’on crée une ménopause artificielle. Concernant le traitement chirurgical, il dépend de certains facteurs. Si la mycose est localisée au niveau de l’utérus, on peut enlever l’utérus. Si le traitement se fait à l’hôpital, c’est moins coûteux que dans les cliniques.

– A quel âge les femmes sont-elles exposées à cette maladie ?
En général, c’est une maladie qui rode autour de la trentaine. Généralement, les femmes qui ont déjà accouché sont les plus exposées. Mais de plus en plus, on remarque que les femmes qui n’ont jamais accouché souffrent de cette maladie.

Interview réalisée par Hannifa Sawadogo


A propos de la prise en charge

Selon le docteur Sawadogo, la prise en charge de l’endométriose est difficile dans un contexte marqué par le manque de moyens. «De façon théorique, la prise en charge est à trois volets. Une prise en charge médicale, chirurgicale et psychologique. Pour la prise en charge médicale, il y a des médicaments qui sont parfois coûteux, d’autres sont moins chers et leur efficacité varie. Il y a des comprimés tels que les progestatifs qui peuvent atténuer la douleur. Il y a d’autres types de médicaments qui sont en injectable, mais qui coûtent chers, qu’on applique de façon cyclique et qui permettent de diminuer la maladie. L’autre traitement majeur c’est la chirurgie qui consiste à enlever la zone atteinte. Parfois c’est délicat car il peut arriver qu’on soit obligé d’enlever une partie de l’utérus et une partie des intestins parce que tout est collé. La prise en charge psychologique est nécessaire parce que c’est une douleur cyclique qui fait peur à la femme, surtout à l’approche des règles, et la douleur est intense. Donc il faut soutenir ces femmes psychologiquement», selon Dr Sawadogo.

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Numéro d'édition: 150

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