Les tensions sur le blé vont avoir des répercussions sur le prix de la farine et du pain. (DR)

Consommation: le prix du pain en sursis

• Le blé rare et cher

• La tonne de farine projetée à plus de 400.000

• Le gouvernement coincé entre les boulangers et les consommateurs

Les tensions sur le blé vont avoir des répercussions sur le prix de la farine et du pain. (DR)

Quel impact aura la crise en Ukraine sur l’économie nationale ? La Russie et l’Ukraine sont de grands producteurs de blé, de colza, de gaz et de pétrole. En attendant les tendances et les chiffres du gouvernement sur les différentes matières importées, les meuniers et les boulangers du Burkina Faso, dont la principale matière première est le blé, sont dans des calculs d’anticipation de l’envol du cours pour constituer des stocks. Le Burkina compte 5 minoteries dont les capacités sont estimées à 400.000 Tonnes pour un marché de 250.000 Tonnes.
Mais du côté des meuniers, on assure que normalement, les stocks peuvent tenir deux mois, mais que dès mi-avril, il faudrait les reconstituer. Mais à quel prix ? La tonne de blé se négociait jusque-là entre 180/ 200 euros, et rendue à Ouaga, elle reviendrait entre 350 /euros. Au Matif, la bourse des céréales, le cours du blé affichait 386,5 euro/T le 16 mars dernier pour une échéance à mi-2022. Si on y ajoute les frais d’approches actuelles de 160 euros, on est rendu à près de 550 euros /T livrée à Ouaga. Ces frais d’approches sont constitués de frais financiers, transport, douane, assurance, prime qualité…..et sont susceptibles de varier à la hausse relativement au coût des transports.
A combien les meuniers vont-ils vendre la tonne de farine sortie d’usine ? L’arrêté des prix en vigueur de 2011 fixe la tonne à 380.000 pour les grossistes. Depuis le 11 mars 2022, GMF et Minor proposent la tonne à 440.000 FCFA/HT, soit un écart de 60.000 FCFA. Ces nouveaux prix vont-ils résister longtemps à l’envolée des cours du blé ?
Cette hausse « inévitable » va avoir une répercussion éventuelle sur le prix du pain. Tout dépendra des arbitrages en cours. Une nouvelle structure des prix a été introduite auprès du ministère du Commerce par les professionnels du secteur. Elle sera examinée par le comité tripartite qui décidera des incidences sur les prix à la consommation du pain ou pas ainsi que des contreparties à offrir aux acteurs du secteur.
La survie d’une centaine d’entreprises et de près de 10.000 emplois directs et indirects est en jeu
Le nouveau ministre en charge du commerce n’aura donc pas d’état de grâce. Il va gérer l’équilibre du panier de la ménagère et le pain en est un élément non négligeable. En Guinée, le prix du pain est passé à 200 f. Au Sénégal, il est passé à 175 f. En Côte d’Ivoire vient de réajuster ses prix également.
Quelques semaines avant le putsch du 24 janvier 2022, une lettre de la Fédération des boulangers et pâtissiers avait fuité. Dans cette lettre, cette Fédération demandait, entre autres, au gouvernement une concertation pour voir dans quelle mesure amortir les chocs exogènes afin de maintenir les prix en l’état. Notamment, à travers des baisses de taxes sur les intrants ou une subvention.
Dans le cas contraire, une augmentation de prix était à envisager. Cette lettre a reçu une sorte de fin de non-recevoir, dans la mesure où le gouvernement excluait toute augmentation de prix, alors que les professionnels faisaient déjà face à une augmentation du prix de la farine depuis octobre 2021.
Dans son communiqué réponse à la Fédération des boulangers, le ministère en charge du commerce déclarait que : « En tout état de cause, le gouvernement poursuit actuellement les concertations avec les acteurs en vue de trouver des réponses à leurs préoccupations sans que cela ne conduise à une hausse du prix actuel du pain ».
On était le 30 novembre 2021. Les concertations ont été perturbées par la dissolution du gouvernement Dabiré 2. Le dernier gouvernement de l’ère Roch Kaboré, dirigé par Lassina Zerbo, nommé le 10 décembre 2021, n’a pas eu le temps de s’installer à cause du putsch du 24 janvier 2022. Le dossier reste donc en l’état. Va-t-on vers la vérité des prix ? Si cette option est maintenue, le pain sortirait du panier des produits de première nécessité. Est-ce soutenable politiquement et socialement ? Pas si sûr que cela. Reste l’autre option : revoir le grammage des produits boulangers à la baisse. Ceci aura l’avantage de disponibiliser le pain pour le plus grand nombre de consommateurs. Même prix, mais pas même poids! o
JB

 

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Numéro d'édition: 426

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