Source : Rapport final de l’enquête régionale intégrée sur l’emploi et le secteur informel 2018 publié par l’Institut national des statistiques et de la démographie (INSD) (juillet 2019)

Agents publics: la Justice et le fisc les plus corrompus

• Ministres et président du Faso classés en septième et huitième position

• Les populations ont plus confiance à la santé et à l’éducation

• Selon une enquête de l’INSD

Source : Rapport final de l’enquête régionale intégrée sur l’emploi et le secteur informel 2018 publié par l’Institut national des statistiques et de la démographie (INSD) (juillet 2019)

Au Burkina Faso, les individus âgés de 18 ans et plus de toutes les catégories sociodémographiques affirment, dans une plus grande proportion, que les juges, les magistrats et le personnel de la Justice sont les plus corrompus du pays. Ils sont suivis des agents de l’administration fiscale composée des Impôts et des Douanes. C’est le résultat du rapport final de l’enquête régionale intégrée sur l’emploi et le secteur informel 2018 publié par l’Institut national des statistiques et de la démographie (INSD) en juillet 2019.

Moins de corruption des autorités religieuses et des chefs traditionnels

Le rapport mesure la qualité des institutions par l’accès des populations aux services délivrés, la réactivité, la perception et la confiance des citoyens par rapport aux institutions. Pour le rapport, si la Justice et l’administration fiscale sont perçues comme les plus corrompues, la corruption serait moindre au niveau des autorités religieuses et au niveau des chefs traditionnels.

En effet, 58,2% des personnes enquêtées affirment qu’il y a la corruption chez les juges, magistrats et personnels de la Justice. Ils sont 55,3% des personnes enquêtées à l’affirmer chez les agents de l’administration fiscale. Les juges et les agents du fisc sont respectivement les deux premiers services les plus corrompus.

Les fonctionnaires, en général, arrivent en troisième position des agents perçus comme les plus corrompus par 51,3% des enquêtées.  La police arrive en quatrième position pour 47,5% des individus enquêtés et les autorités communales en cinquième position, selon 44,3% des réponses. Par contre, les députés (pour 43,5%), les ministres (pour 37,9%) et le président du Faso (pour 27,5%) sont classés respectivement à la sixième, septième et huitième place des plus corrompus.

Les chefs traditionnels (selon 21%) et les autorités religieuses (selon 20,5%) sont dans le top 10 des plus corrompus. Ils occupent respectivement le neuvième et dixième rang.

La proportion des individus jugeant les institutions corrompues semble toujours avoir un lien avec le niveau d’éducation. En effet, plus le niveau d’éducation est important, plus ces individus ont tendance à affirmer que les institutions sont corrompues. Ainsi, les juges, les magistrats et le personnel de la Justice sont qualifiés de corrompus par 76,1% du niveau supérieur, 68,9% du niveau secondaire, 61,6% du niveau primaire et 53,9% de ceux n’ayant aucun niveau. Les agents de l’administration fiscale (Impôts et Douanes) sont jugés corrompus par 77,8% du niveau supérieur, 68,9% du niveau secondaire, 59,1% du primaire et 50% des sans-niveau.

La perception de la corruption semble aussi avoir un lien avec la situation du travail de la personne. En effet, 65,3% des chômeurs citent les agents du fisc (Impôts et Douanes) comme corrompus. Les juges, magistrats et personnels de la Justice sont cités corrompus par 64,6% des chômeurs.

Selon le milieu de résidence, les individus des zones urbaines ont toujours plus tendance à affirmer que les institutions sont corrompues par rapport aux ruraux. Plus particulièrement, Ouagadougou est le milieu dont les résidents ont plus tendance à affirmer que les institutions sont corrompues.

En exemple, les juges, magistrats, personnel de la Justice sont jugés corrompus par 73,4% de ceux de Ouagadougou, 62,1% des autres villes urbaines, contre 53,7% des ruraux.

83,4% font confiance en la Présidence du Faso

Au Burkina Faso, certaines institutions, de par leur mission, sont au contact des populations pour l’offre des services de proximité. Le fonctionnement des institutions est de plus en plus au cœur des débats.

Moins de la moitié des individus ont eu accès aux institutions. Les hommes ont plus accès aux institutions que les femmes. Les individus en milieu urbain ont plus accès aux institutions que ceux du milieu rural. L’accessibilité semble aussi être une fonction croissante du niveau d’instruction.

Les institutions les plus accessibles par les populations sont le système public de santé (41,2%) et le système public d’éducation (32,9%). Par contre, une faible proportion, 9,3% à l’administration fiscale, et 7,8% a eu accès à la Justice.

Cette faiblesse pourrait s’expliquer par la particularité du fonctionnement des administrations fiscales qui se limite à une certaine catégorie de population, d’une part, et de la faible couverture du pays en juridictions, d’autre part, selon le rapport.

A propos de la confiance aux institutions, plus de la moitié des individus font confiance aux institutions. Ces proportions varient de 55,9% à 85,8% selon les institutions. Elles sont, par ailleurs, plus importantes chez les femmes, les individus les moins instruits et les individus des zones rurales. Ils sont 83,4% d’individus à faire confiance en la Présidence du Faso.

Ce sont les individus dont l’âge est compris entre 18 et 24 ans qui ont plus confiance en la Présidence. La Présidence est suivie du système public d’éducation (83,3%). Cependant, ils sont beaucoup plus méfiants avec la Justice et l’administration fiscale.

Selon le genre, les hommes ont été plus en contact avec les différentes institutions, comparativement aux femmes. Cependant, en termes de proportion, plus de femmes font confiance à ces institutions que les hommes. L’analyse selon les classes d’âge montre que les individus de toutes les tranches d’âge ont été plus en contact avec le système de santé. La Justice reste la moins contactée parmi les institutions.

Synthèse de Elie KABORE

 

Encadré:

Réaction du REN-LAC

Suite à la publication du rapport, L’Economiste du Faso a donné la parole au Réseau national de Lutte anti-corruption (REN-LAC). Son Secrétaire exécutif, Sagado Nacanabo, fait une lecture croisée entre le rapport de l’INSD et le rapport sur l’Etat de la corruption que sa structure publie chaque année.

Dans le classement 2018 du REN-LAC, les cinq premiers services perçus comme corrompus en 2018 sont : 1er la Douane, 2e la police municipale, 3e Direction générale des transports terrestres et maritimes (DGTTM), 4e la Gendarmerie nationale et 5e la Police nationale.  La Justice arrive en 7e position dans notre classement.

Par contre, dans le rapport de l’INSD, les cinq services perçus comme les plus corrompus sont : 1er  les juges, magistrats et personnel de la Justice, 2e les agents du fisc (Impôts, Douane), 3e les fonctionnaires, en général, 4e la police et 5e les autorités communales.

Cette différence dans le classement pourrait s’expliquer par le fait que la méthode de classement de l’INSD diffère de celle du REN-LAC.

La méthode de l’INSD est basée sur l’opinion des enquêtés sur le service concerné. Le classement repose donc sur la proportion des enquêtés qui pensent qu’il y a la corruption dans le service. Or, la méthode actuelle du REN-LAC est basée sur la fréquence des expériences de corruption vécues et révélées par les enquêtés dans  les services. De ce fait, notre classement ne tient compte que des enquêtés qui ont eu des contacts avec le service au cours de l’année. Si un enquêté n’a pas eu affaire à un service, on ne prend pas son opinion sur ce service.

En plus, la catégorisation des services diffère entre la méthode du REN-LAC et celle de l’INSD. Dans le classement du REN-LAC, les services sont plus éclatés, alors qu’au niveau de l’INSD, ils sont regroupés.

Pour le REN-LAC, ce classement est un autre son de cloche qui permet aux responsables desdites institutions ou services de savoir ce que pensent les Burkinabè de l’existence ou non de la corruption dans leurs institutions ou services. De notre analyse, ce classement ne remet pas en cause celui fait par le REN-LAC.

A la lumière des discussions que suscitent les classements, le REN-LAC appelle  les chercheurs à s’intéresser à l’évaluation de la corruption pour permettre aux differents acteurs de la lutte anti-corruption d’avoir une diversité d’informations de l’évolution du phénomène dans notre pays. o

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Numéro d'édition: 350

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