Impact économique de la Covid-19 au Burkina Faso: environ 360.000 personnes touchées entre 2020 et 2021

• La part de l’extrême pauvreté a augmenté de 0,5% en un an

• Faiblesses du système d’assistance sociale, détectées par la Banque mondiale

• Des recommandations pour un système de protection sociale plus efficace

300.000 personnes extrêmement pauvres. C’est ce qu’a engendré la récession économique créée par la pandémie de Covid-19 au Burkina Faso, en 2020. Selon la Banque mondiale, les simulations macro-micro suggèrent que 60.000 personnes supplémentaires viendront s’ajouter aux personnes en situation d’extrême pauvreté en 2021, en grande partie à cause de la pandémie. Ces statistiques ont été divulguées lors de l’atelier de dissémination de la note sur la situation économique d’avril 2021 au Burkina Faso, avec pour titre « Protéger les pauvres pendant la reprise et au-delà ». C’était lors d’un webinaire le 10 juin 2021.

Forte croissance et réduction du revenu réel des ménages en cause

Les effets néfastes de la Covid-19 n’ont pas fini de se faire sentir au Burkina Faso. Selon cette note de la Banque mondiale, le ralentissement économique créé par la pandémie a annulé au moins 4 années de progrès dans la réduction du nombre de personnes extrêmement pauvres au pays des Hommes intègres. « Entre 2014 et 2019, le pays a été en mesure de réduire considérablement l’extrême pauvreté.

Le taux et le nombre de pauvres ont diminué chaque année au cours de cette période, malgré une forte croissance démographique. Cependant, en raison de l’impact économique négatif du choc COVID-19 sur les ménages, l’extrême pauvreté a considérablement augmenté en 2020. La part de l’extrême pauvreté (effectif) a augmenté de 0,5% en 2020, ce qui équivaut à environ 300.000 nouveaux pauvres en 2020 », expliquent les experts qui ont participé à la rédaction du document.

Pire, des simulations suggèrent qu’en 2021, 60.000 personnes supplémentaires se rajouteront à cette catégorie, portant ainsi le nombre de personnes vivant en extrême pauvreté à 360.000. « En 2021, la part de l’extrême pauvreté restera autour du niveau de 2020, soit 36 % », poursuivent les experts. L’augmentation du nombre de pauvres en 2021 est donc le résultat de la forte croissance démographique et de la réduction du revenu réel des ménages due au ralentissement économique résultant de la pandémie de Covid-19.  Les simulations montrent que le nombre de personnes en situation d’extrême pauvreté retrouvera son niveau d’avant Covid-19 en 2022. Toutefois, le nombre absolu de pauvres restera plus élevé et ne reviendra pas avant 2025 à son niveau de 2019.

Les filets de sécurité sociale et leur efficacité

« L’impact de la COVID-19 sur les ménages aurait pu être mieux atténué avec la mise en place d’un système d’assistance sociale fort et adaptatif ». C’est la conclusion à laquelle sont arrivés les experts de la Banque mondiale, chargés de la rédaction de la note sur la pauvreté au Burkina Faso. Selon eux, malgré la tendance positive ces dernières années, la pandémie a mis en évidence les faiblesses du système d’assistance sociale existant dans le pays. Ils y dénoncent la fragmentation de l’assistance sociale ainsi que l’absence de plateformes de distribution. Toute chose qui constitue un défi pour la réponse du gouvernement à la Covid-19.

Déjà, avant la pandémie de Covid-19, l’assistance sociale avait pris de l’importance avec des dépenses, en hausse progressive jusqu’en 2019. Les dépenses d’assistance sociale ont progressivement augmenté pour atteindre 1 % du PIB en 2010 (41 milliards de francs CFA), puis 2,3 % du PIB en 2015 (147 milliards de francs CFA). Cette forte hausse est due à la fois à l’expansion des programmes et à l’amélioration des mécanismes de déclaration des dépenses, notamment, avec la publication des rapports annuels du Conseil national pour la protection sociale (CNPS), qui retracent les interventions de protection sociale dans le pays. Au cours des dernières années, les dépenses d’assistance sociale ont encore augmenté pour atteindre 2,4 % du PIB en 2019, soit 222 milliards de francs CFA (voir la figure 24). Ce chiffre est supérieur à la moyenne des pays d’Afrique subsaharienne (1,53% selon la base de données ASPIRE). Cette augmentation est en grande partie portée par les boutiques subventionnées de produits alimentaires.

Une multitude de programmes

Bien que les dépenses aient augmenté, les programmes d’assistance sociale sont restés fragmentés et principalement sous forme de transfert alimentaire et en nature. L’assistance sociale se caractérise par une multitude de programmes. En 2019, il y avait plus de 200 programmes d’assistance sociale distincts, dépassant de loin la moyenne régionale de 15 programmes par pays. Les 20 programmes les plus importants ont représenté près de 80 % des dépenses totales d’aide sociale en 2019, ce qui reste globalement inchangé par rapport à la situation de 2015, où les 20 programmes les plus importants représentaient environ 90 % des dépenses totales. La majorité des dépenses se font via des programmes en nourriture et en nature, comme c’était déjà le cas en 2015, où les transferts monétaires représentaient seulement 36 % des dépenses totales.

Les transferts monétaires ont le vent en poupe

La plupart des dépenses sont concentrées sur les programmes alimentaires et en nature. Cependant, les transferts monétaires, ciblant les pauvres, ont gagné en importance ces dernières années. Si les subventions alimentaires et les cantines scolaires ont généralement constitué les plus grands programmes d’assistance sociale du pays, la part des transferts monétaires ciblant les populations pauvres et vulnérables est passée de 1,8 % en 2016 à plus de 5 % en 2019, le gouvernement et d’autres parties prenantes mettant de plus en plus en œuvre de tels programmes.

Le projet Burkin Naong Saya, financé par la Banque mondiale et mis en œuvre par le ministère de la Femme, de la Solidarité nationale, de la Famille et de l’Action humanitaire, est à ce jour le plus grand programme de transferts monétaires ciblant la pauvreté dans le pays, et le 7e plus grand parmi tous les programmes d’assistance sociale en termes de dépenses.

En termes de couverture de l’assistance sociale, les dernières estimations (2008) tablent sur environ 1 ménage sur 5 qui bénéficie d’un programme d’assistance sociale. Près d’un enfant sur deux de moins de 5 ans bénéficie de l’exonération des frais de santé. En revanche, la couverture des autres programmes d’assistance sociale est très faible, allant de 0,2 % pour les programmes de nutrition infantile, 0,3 % pour les travaux à haute intensité de main d’œuvre (THIMO) et 0,7 % pour les transferts monétaires, à 4,9 % pour la distribution de nourriture, 7,9 % pour la distribution de moustiquaires et 8,6 % pour l’alimentation scolaire (voir Figure 25).o

NK

 

Vers un système de protection sociale plus efficace

Renforcer le système d’assistance sociale du Burkina Faso et assurer sa réactivité aux chocs reposerait sur trois piliers de réformes, selon les conclusions des experts de la Banque mondiale sur la note concernant la situation économique d’avril 2021 au Burkina Faso, avec pour titre « Protéger les pauvres pendant la reprise et au-delà » :

L’institutionnalisation des mécanismes intégrés de protection sociale, y compris un registre social, une identification fondamentale et un système de paiement. Ces deux instruments sont nécessaires pour cibler rapidement et efficacement les pauvres, renforcer la coordination et éviter le chevauchement des prestations et des services ainsi que l’utilisation en double des rares ressources publiques.

Deuxièmement, l’établissement d’un programme national de filets sociaux, y compris un cadre de gouvernance durable. La stratégie nationale de protection sociale (2013-2022) arrivant bientôt à échéance, il est possible d’élaborer une nouvelle vision qui s’articulerait autour d’un programme national de transferts monétaires en faveur des pauvres.

Troisièmement, l’amélioration de l’efficacité et de la pérennité du financement de la protection sociale, notamment, par une réforme des subventions à l’énergie. La réforme des dépenses d’assistance sociale actuellement régressives vers des dépenses de protection sociale progressives renforcerait l’impact de la protection sociale sur la réduction de la pauvreté. o

Source : Note sur la situation économique d’avril 2021 au Burkina Faso, avec pour titre « Protéger les pauvres pendant la reprise et au-delà». Juin 2021.

Commentaires
Numéro d'édition: 396

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.