Ces démissions qui fragilisent le CDP

L’ex-parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), vient d’enregistrer à nouveau 93 démissions, le 16 avril 2021. Qu’est-ce qui explique ces départs successifs ?

Décidément, les démissions sont en passe de devenir banales au Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Le 16 avril dernier, l’ancien ministre de la Sécurité, Jérôme Bougouma, et 92 autres membres ont quitté l’ex-parti au pouvoir. Bien avant, Zambendé Théodore Sawadogo a rendu sa démission du CDP le 3 septembre 2020. Le 25 juin 2020, c’est Léonce Koné qui a fait ses adieux au parti. Soutien de poids à Kadré Désiré Ouédraogo, celui qui avait pris les rênes du CDP après le départ du Président Blaise Compaoré, en 2014, avant d’en devenir le deuxième vice-président, avait fait l’option de soutenir la candidature de Kadré Désiré Ouédraogo à la présidentielle du 22 novembre 2020, sous les couleurs du Mouvement Agir Ensemble pour le Faso. Les crises sont inhérentes à la vie de chaque parti politique, tant les contradictions internes ont toujours été entretenues. Mais ce qui arrive au CDP donne l’impression que l’ex-parti majoritaire traverse une zone de turbulences depuis l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 et qui est loin de prendre fin.  Le feuilleton judiciaire entre le président du parti, Eddie Komboïgo, et le groupe de Mahamadi Kouanda, à la veille du double scrutin de 2020, est venu également montrer à quel point le CDP a mal à sa tête. Comment un parti politique tout-puissant,  qui a dominé la scène politique nationale pendant plus de 15 ans, est-il arrivé à cet état de délitement ? Sans doute, le départ de la figure tutélaire qu’était le Président Blaise Compaoré explique en partie cette situation d’instabilité. Son titre de président d’honneur à vie n’a même pas empêché le navire de tanguer dangereusement.

Ce qui arrive au CDP n’est rien d’autre que la conséquence des guéguerres de leadership qui ont émaillé la succession à la tête du parti. Celui qui faisait  l’unité du parti exilé, les ambitions pour son contrôle ont pris le dessus sur l’union sacrée qui devrait être le leitmotiv à un moment délicat. Le lit de ces frictions successives a pu prospérer jusque-là, parce que la discipline a, dans une certaine mesure, fait défaut dans la gouvernance du parti.  Une réalité qui n’est pas que l’apanage du CDP, quand on observe ce qui se passe dans les autres partis politiques. Pour des incompréhensions entre leaders qui auraient pu être résolues à travers des discussions dépassionnées, l’on cède facilement à l’appel des égos. A la moindre étincelle, ce sont les portes qui se claquent au mépris des idéaux qui font l’ossature du parti. Egos mal gérés, ambitions démesurées, manque de discipline et mauvaise foi ont toujours fait bon ménage pour nourrir les rivalités entre politiques. Un parti politique digne de ce nom doit être en mesure de dépasser les querelles stériles pour mieux affiner sa mission première qui est celle de conquérir et d’exercer le pouvoir d’Etat. Avec des intentions inavouées et contradictoires, un parti politique ne peut asseoir son assise sur le long terme. L’exercice de la politique, du moins l’engagement politique requiert un minimum de dépassement de soi. Les délitements qui sont monnaie courante au sein des partis politiques indiquent à souhait que nos politiques doivent avoir la modestie d’aller à l’école du leadership responsable.

Comme le dit l’adage populaire, lorsque la maison brûle, les habitants doivent taire leurs divergences pour circonscrire les flammes.  Face à cette crise sempiternelle que traverse l’ex-parti au pouvoir, il sied d’appréhender la réalité sans concession pour recoller les morceaux. Il appartient aux premiers responsables du CDP de prendre la mesure de la situation pour sauver le navire. Cela passe par une introspection sincère afin de mieux cerner le malentendu des choses. Au risque de voir les problèmes se multiplier, il serait judicieux de revoir la manière de diriger et le discours. Il est important de savoir communiquer pour rassembler et rassurer.

Les militants de base, s’ils tiennent également à la survie du parti, ont le devoir de porter les récriminations dans les instances dirigeantes du parti au lieu de les ruminer dans le silence. Poser ouvertement les maux qui minent le parti, donner la parole à tout le monde pourrait aider à faire le diagnostic qui permettra de sauver les meubles. Il faut impérativement convoquer un dialogue sincère pour retrouver l’union sacrée au sein de ce grand parti, aux jambes bien fragiles aujourd’hui.o

Jérôme HAYIMI

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Numéro d'édition: 389

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