Crise alimentaire: un nouveau pic entre juin et août 2021

• 23,6 millions de personnes seront concernées

• Pendant la période de soudure

• Selon les projections du RPCA

En juin-août 2021, l’Afrique de l’Ouest va enregistrer 23,6 millions de personnes en situation de « crise » et au-delà (phases 3-5). Entre octobre et décembre 2020, ils étaient 16,7 millions, soit environ 6,1% de la population régionale. Selon ses projections, le Réseau de préventions des crises alimentaires (RPCA) tire la sonnette d’alarme. « Pour la deuxième année consécutive, l’Afrique de l’Ouest doit se préparer à une crise alimentaire et nutritionnelle majeure en 2021 », c’est ce qui ressort de la réunion restreinte sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle de la région. Elle a été organisée du 8 au 9 avril 2021 par le Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS) et le Secrétariat du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO/OCDE).

Plusieurs points saillants ont été évoqués lors de cette réunion. Pendant la période de soudure, le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire aigüe va connaitre un nouveau pic. 6 pays sont les plus exposés. Il s’agit de ceux qui compteront plus d’un million de personnes en situation de crise et au-delà d’ici juin-août 2021 : Nigeria (13 millions), Burkina Faso (2.7 millions), Niger (1.7 million), Sierra Leone (1.4 million), Tchad (1.1 million) et Mali (1 million).

La prévalence de la malnutrition aiguë globale dépasse le seuil élevé de 10 % (OMS) dans la majorité des régions du Niger et au Nord du Burkina Faso, au Centre et au Nord du Mali, à l’Est et à l’Ouest du Tchad. « Cette situation alimentaire et nutritionnelle sans précédent est provoquée par la conjonction de chocs socioéconomiques, sécuritaires et sanitaires », affirme le document sur la situation alimentaire et nutritionnelle du RPCA.

La bonne nouvelle vient de la campagne agropastorale 2020-21 qui est globalement bonne, malgré des inondations ayant engendré des pertes en vies humaines et d’importants dégâts agricoles. La production céréalière prévisionnelle, estimée à 74.7 millions de tonnes, est en hausse de 1.4 %, comparée à celle de la campagne précédente et de 9.3 % à la moyenne quinquennale. La production fourragère est globalement bonne et excédentaire.

Des facteurs aggravants

Une bonne nouvelle cependant tempérée par la crise sécuritaire. Celle-ci a un impact négatif sur l’accès aux pâturages, le fonctionnement des marchés et la mobilité pastorale. De plus, elle provoque des flux importants de personnes déplacées internes, notamment, au Liptako-Gourma ; une situation fragilisant les moyens d’existence des populations et ajoutant une pression supplémentaire sur des populations d’accueil déjà fragiles.

Selon le HCR, la région du Sahel comptait plus de 2 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays en janvier 2021. Les femmes, les adolescentes et les enfants de moins de 5 ans constituent les franges de la population les plus vulnérables.

En plus de ces facteurs, il faut compter avec la hausse des prix alimentaires et la Covid-19. De nombreuses mesures visant à faire face à la crise sanitaire ont des effets imbriqués à court, moyen et long terme sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle. La pandémie a affecté les systèmes alimentaires en perturbant les chaînes d’approvisionnement. Elle a aussi provoqué la perte de revenus et d’emplois, la réduction des services sociaux, etc.

Dernier facteur aggravant cette crise, les inondations. Elles ont touché près de 1.8 million de personnes et détruit 162.000 foyers. Le Niger, le Nigeria, le Tchad et le Burkina Faso ont été les plus durement touchés.o

NK

 

Encadré

Recommandations du RPCA

Aux gouvernements

Donner l’alerte, formuler et mettre en œuvre au plus vite des plans de réponse.

Poursuivre et renforcer la mise à l’échelle des programmes de protection sociale centrés sur la réponse aux besoins alimentaires, la prise en charge et la prévention de la malnutrition et le renforcement de la résilience des populations dans les zones structurellement vulnérables. Prendre les mesures vigoureuses pour une sécurisation effective des opérations d’assistance alimentaire et humanitaire dans les zones de conflit difficilement accessibles.

Mettre en œuvre des programmes ciblés de protection des moyens d’existence et de renforcement de la résilience au profit des populations sous pression alimentaire (~ 62 millions de personnes, juin-août 2021).

Renforcer la veille sur les marchés de denrées alimentaires afin de mieux anticiper les hausses de prix provoquées par l’inflation persistante dans certains pays, mais aussi celles pouvant résulter de la transmission des cours mondiaux de produits importés.

Mettre en œuvre des programmes multisectoriels de réhabilitation des conditions socioéconomiques et de renforcement de la résilience des populations vulnérables.

Aux parties prenantes

Renforcer l’engagement politique en faveur du développement de systèmes alimentaires locaux durables et résilients, et d’investissements structurants s’attaquant aux racines profondes des crises alimentaires et nutritionnelles récurrentes.

Investir dans la coordination et l’information afin de garantir l’efficacité des interventions et faire face à la rareté des ressources.

Placer le genre au cœur des politiques et engagements de sécurité alimentaire et nutritionnelle.

 

Encadré 2

Situation alimentaire et nutritionnelle Chiffres-clés

 

Situation alimentaire et nutritionnelle : une situation extrêmement critique – nouveau pic pour la région

·         Situation courante (mars-mai 2021) : 19.6 millions en crise (phases 3-5) ;

·         Situation projetée (juin-août 2021) : 27.1 millions en crise (phases 3-5) dont 12.8 millions au nord du Nigeria ;

·         Plus de 10 millions supplémentaires en crise par rapport à juin-août 2020 ;

·         51 millions de personnes sous pression (phase 2) > risque de basculement en crise ;

·         Pas de personnes en situation de « famine » (phase 5) pour l’instant ;

·         Principaux foyers d’insécurité alimentaire aiguë : Nord-Est du Nigeria (Adamawa, Borno, Yobe), Sahel central (Liptako-Gourma) et nouveau : Liberia et Sierra Leone.

 

Facteurs aggravants :

·         Crises sécuritaires > déplacements massifs des populations (PDI = 4.1 millions dans la région, dont 1.2 million au Burkina Faso) ;

·         Chocs économiques : hausse des prix alimentaires, inflation (notamment, au Nigeria = 17%, Liberia = 10%, Sierra Leone = 10%) ;

·         Crise sanitaire/Covid-19 et restrictions de mouvements : réduction des échanges transfrontaliers ;

·         Chocs climatiques > conditions climatiques étaient plutôt favorables pendant cette campagne > bonne récolte – mais risque d’innovations et difficultés par endroits ;

Situation nutritionnelle – toujours préoccupante

·         Malnutrition aiguë sévère : 3 millions d’enfants < 5 ans auront besoin d’un traitement >  ~2/3 sont ciblés par Unicef et partenaires ;

·         Malnutrition chronique : 17.8 millions d’enfants < 5 ans souffrent d’un retard de croissance en 2019 = 3 millions d’enfants supplémentaires depuis 2000 ;

·         Problème d’accès aux centres de santé dû à la pandémie de Covid-19 ; paradoxe : certains pays enregistrent une baisse du nombre d’enfants traités alors que le nombre d’enfants souffrant de la malnutrition aiguë sévère augmente ;

·         4 nouvelles enquêtes : Burkina Faso, Mali, Niger et Tchad ; et 1 rapid survey au Burkina Faso dans les camps PDI ;

·         Disponibilité de données reste globalement insuffisante ; 

·         Enjeux nutritionnels ne sont pas suffisamment pris en compte dans l’analyse CH > besoin d’enquêtes intégrées.

Facteurs explicatifs : manque d’accès aux services sociaux de base > faibles infrastructures sanitaires ; WASH (eau, assainissement, hygiène) ; pratiques alimentaires non optimales ;  impact de la crise de déplacement ; fragilités chroniques.

Production agricole : plutôt une bonne année

·         74.3 millions de tonnes de céréales = + 0.6 % par rapport à 2020 et +9% par rapport à la moyenne de 5 ans ;

·         190.7 millions de tonnes de tubercules dans les pays côtiers et 4.2 millions dans les pays sahéliens ;

·         28.9 millions de cultures de rente = + 18.7 % par rapport à 2020 et +38% par rapport à la moyenne de 5 ans ;

·         Quasi tous les pays affichent de bons résultats, notamment, la zone UEMOA (+3.3%) ; zone Sahel en hausse de 5.7 % (malgré les conflits) ;

·         La production céréalière par tête au Liberia est en baisse : -19% par rapport à 2020 et -54% par rapport à la moyenne de 5 ans ;

·         La Gambie récupère après une mauvaise récolte en 2020 ;

·         Facteurs explicatifs : pluviométrie favorable.

Situation des marchés – hausse des prix : une situation « relativement alarmiste » sur les marchés

·         Hausse des prix généralisée de 18 à 24 % pour les céréales  >>> pays les plus touchés : Liberia, Niger, Nigeria et Sierra Leone

·         Accès à la nourriture devient difficile pour les ménages vulnérables (> 2/3 des aliments sont achetés sur le marché) ;

·         Marchés internationaux : En 2020, les prix internationaux des denrées alimentaires ont enregistré leurs plus importantes hausses moyennes annuelles depuis 2014. En janvier 2021, les prix des produits alimentaires ont augmenté de 4.7 % par rapport au mois de décembre 2019 (FAO) ;

·         Besoin d’importations de céréales globalement en croissance par rapport à 2020 (> carte)

Facteurs explicatifs : mesures restrictives de lutte contre la Covid-19 > envolée des coûts de transport de marchandises ; pertes de revenus liés à la Covid-19 ; restrictions de mouvements ; taux de change défavorables ; contraintes macro-économiques, etc.o

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Numéro d'édition: 387

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