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Afrique subsaharienne: 3,6% de croissance en plus en 2020

«La croissance en Afrique subsaharienne devrait se maintenir à 3,2 % en 2019 et s’accélérer à 3,6 % en 2020».c’est la principale information du Rapport Perspectives économiques de la région, rédigé par le Fonds monétaire international (FMI), publié en octobre 2019.
L’institution explique que la croissance dans cette zone d’Afrique devrait être plus lente que prévu pour environ deux tiers des pays. «Cette révision à la baisse s’explique par une conjoncture extérieure plus difficile, des perturbations persistantes de la production dans les pays exportateurs de pétrole et une croissance inférieure aux attentes en Afrique du Sud», poursuit le document.

Une conjoncture mondiale moins favorable
C’est le premier défi auquel doit faire face l’Afrique subsaharienne. La croissance mondiale devrait s’élever de 3,0 % en 2019 à 3,4 % en 2020, soit un petit peu moins que celle de la région. La reprise prévue est précaire, avec des risques de détérioration des perspectives mondiales non négligeables, liés aux tensions commerciales et technologiques. Ces tensions se traduisent par une plus grande incertitude politique et une baisse des volumes d’échanges commerciaux. Le FMI prévoit que les prix des produits de base vont chuter. Une croissance mondiale donc qui devrait peser sur les exportations de la région et la plupart des prix des produits de base, en particulier ceux du pétrole. Ils seront bénéfiques pour les positions budgétaires et extérieures des pays importateurs de produits de base, mais néfastes pour les pays exportateurs.
Or, les seconds pèsent bien plus lourd que les premiers sur le plan économique mais aussi démographique (environ les deux tiers de la population régionale); la modération des prix des produits de base est donc généralement synonyme de ralentissement de la croissance.

Accentuation des défis régionaux
La région a encaissé de nouveaux chocs météorologiques. Les graves sécheresses provoquées par El Niño ont touché l’Angola, le Botswana, l’Éthiopie, le Kenya, le Lesotho, la Namibie, la Zambie et le Zimbabwe, avec de multiples conséquences : insécurité alimentaire, migrations, tensions inflationnistes (limitations de l’offre), tensions budgétaires, pénuries d’électricité et diminution des soldes commerciaux.
Les cyclones Idai et Kenneth ont, en outre, frappé des millions de personnes au Mozambique et dans d’autres pays d’Afrique australe en mars et en avril, causant plus de 2 milliards de dollars de dégâts. Ils ont aussi affaibli l’activité économique en perturbant le fonctionnement de ports importants, accru les tensions inflationnistes et mis à l’épreuve les équilibres budgétaires et commerciaux.
En République démocratique du Congo, l’épidémie de maladie à virus Ébola s’est aggravée. En septembre 2019, environ 3.000 cas ont été signalés, dont 2.000 mortels. La vaccination a assuré une relative protection, mais l’épidémie a gagné Goma, une ville de plus de 2 millions d’habitants, incitant l’Organisation mondiale de la santé à déclarer qu’il s’agissait d’une «urgence de santé publique de portée internationale ».
Au Burundi, près de la moitié de la population a été touchée par l’épidémie de paludisme ; environ 1.800 personnes ont succombé à la maladie cette année (chiffre de juillet).
Au Sahel, les problèmes de sécurité se sont encore aggravés. Les actes terroristes signalés dans les pays de cette région ont augmenté de 75 % en 2019 (en base annualisée, de janvier à septembre), les principales cibles étant le Burkina Faso, le Mali et le Niger. L’insécurité a eu des répercussions budgétaires considérables dans certains de ces pays, où elle s’est traduite par une perte de recettes et une augmentation des dépenses consacrées à l’armée et à la sécurité. Ces dépenses ont doublé en 2019 dans les trois pays précités, représentant environ 4 % du PIB et absorbant 20 % des recettes budgétaires.

Des trajectoires de croissance divergentes
Quelles sont les perspectives possibles pour la région? Pour le FMI, les perspectives de croissance reposent sur une poursuite de la politique monétaire dans les pays où elle est conduite de manière indépendante et sur une reprise modeste dans les pays exportateurs, où la croissance était très faible. Dans la plupart des pays, l’assainissement des finances publiques devrait quelque peu freiner l’élan de croissance.
L’activité économique dans les trois plus grands pays de la région, le Nigeria (un exportateur de pétrole), l’Afrique du Sud (un pays non pétrolier, riche en ressources naturelles) et l’Éthiopie (un pays pauvre en ressources naturelles), illustre les trajectoires de croissance divergentes observées dans la région.
La croissance nigériane devrait être de 2,5 % en 2020, contre 2,3 % en 2019, sous l’impulsion du secteur pétrolier et d’autres secteurs. La croissance à moyen terme étant attendue à un peu plus de 2,5 %, la croissance par habitant devrait donc stagner. La croissance sud-africaine devrait rester modérée et enregistrer une légère augmentation, passant de 0,7 % en 2019 à 1,1 % en 2020, car l’investissement privé et les exportations devraient rester faibles. La croissance à moyen terme devrait être légèrement au-dessous de 2 %, à peine supérieure à la croissance démographique.
L’économie éthiopienne devrait croître de 7,2 % en 2020, en léger recul par rapport au taux de 7,4 % prévu pour 2019. La croissance devrait fléchir à moyen terme, à environ 6,5 %, reflétant les efforts déployés pour corriger d’importants déséquilibres extérieurs par un durcissement des politiques budgétaires et monétaires.
L’atonie de la croissance en Afrique du Sud et au Nigeria limitera sans doute les effets secondaires positifs chez leurs partenaires commerciaux (envois de fonds, activité du secteur financier et demande d’importations, en particulier).
Les pays pauvres en ressources naturelles devraient continuer d’afficher une croissance rapide voisine de 5½ % en 2020 (hormis l’Éthiopie). L’élan de croissance reste puissant, en partie grâce à l’investissement privé (Côte d’Ivoire, Rwanda, Sénégal), aux gains de productivité dans le secteur agricole (Bénin) et aux investissements publics (Maurice, Rwanda).
À moyen terme, la croissance devrait être proche de 4 % en Afrique subsaharienne, soit d’environ 1½ % par habitant. Sans les deux plus grands pays (Afrique du Sud et Nigeria), elle serait légèrement supérieure à plus de 5 %.
La divergence des trajectoires de croissance respectives des pays pauvres en ressources naturelles et des pays riches en ressources naturelles persistera vraisemblablement à moyenne échéance, avec une croissance qui devrait être soutenue (environ 6½ %) dans les premiers et morose (environ 3 %), dans les seconds (graphique 1.7).
Dans le même temps, 24 pays, qui représentent une population d’environ 500 millions de personnes et sont pour la plupart des pays pauvres en ressources naturelles, verront leur revenu par habitant augmenter plus vite qu’ailleurs dans le monde.
L’essor rapide des services, en particulier les services de communication, de commerce de gros et de détail et les services financiers, ainsi que les services de construction continuera sans doute à stimuler la croissance à venir. Ces secteurs ont connu une croissance annuelle moyenne de plus de 5 % entre 2013 et 2017.

NK


Subventions sur le carburant : l’exemple du Burkina

Il faut supprimer les subventions inefficaces. Selon le FMI, ces subventions et autres transferts de l’État représentaient en moyenne, plus de 5 % du PIB (ou 25 % des dépenses) en 2017 dans les pays d’Afrique subsaharienne.
Les subventions aux carburants ont tendance à être mal ciblées, à favoriser la surconsommation, à réduire l’investissement et la maintenance dans les secteurs connexes et à évincer des dépenses publiques plus productives. «Certains pays comme le Cameroun, le Nigeria et le Sénégal doivent profiter de la baisse des prix du pétrole pour diminuer les subventions aux carburants et se dégager une marge de manœuvre budgétaire plus importante, comme l’ont fait le Mozambique et le Soudan du Sud, et comme le fait actuellement le Burkina Faso», déclare le document.
L’expérience des différentes réformes nationales des subventions (y compris en Afrique subsaharienne) semble montrer que les éléments suivants peuvent augmenter les chances de succès:
un programme de réformes global; une stratégie de communication ambitieuse s’appuyant sur une plus grande transparence; un calendrier judicieux de hausse des prix de l’énergie, modulable par produit; une amélioration de l’efficience des entreprises publiques visant à réduire les subventions aux producteurs ; des mesures ciblées pour protéger les plus pauvres; enfin, des réformes institutionnelles permettant de dépolitiser la tarification de l’énergie avec, par exemple, l’introduction de mécanismes de tarification automatiques.

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