Les perspectives de la réforme de la Fonction publique s’éloignent, en tout cas pour cette année. (DR)

Fonction publique : Adieu les réformes ?

• La mise à plat renvoyée à plus tard

• L’agenda politique reprend le dessus

• Retour au cas par cas?

Officiellement, c’est le 29 avril que le ministère de la Fonction publique, du Travail et de la Protection sociale a annoncé l’annulation de la restitution des conclusions des travaux des commissions techniques sur la mise à plat des rémunérations de la Fonction publique et du train de vie de l’Etat.
Ce même jour, le Service d’information du gouvernement (SIG) publiait un communiqué du Comité de suivi qui annonçait le report, à une date ultérieure, de  la tenue de cette conférence. Mais quelques jours avant la rencontre qui était prévue pour le 30 avril 2019, le comité d’organisation avait arrêté la ventilation des invitations.
Il s’est passé quelque chose. Cette annulation se confirme juste après l’accord entre le ministère de l’Economie, des Finances et du Développement (MINEFID) et la coordination des syndicats de ce ministère, le 24 avril 2019. Y a-t-il un lien entre les deux dossiers ? Même s’il est difficile de répondre clairement par l’affirmative, quelques indices tendent à le confirmer.
Toujours est-il que la convocation à la restitution des travaux des commissions techniques sur le système de rémunération se tient dans un climat délétère. Les syndicats, comme s’ils s’étaient passé le mot, ont entamé des mouvements d’humeurs ou sont en grève (gardes pénitentiaires, greffiers, santé, enseignement) avec un seul leitmotiv, la mise en œuvre des engagements pris par le gouvernement avant la conférence sur la rémunération en juin 2018, dans le cadre de négociations sectorielles avec des incidences financières à la clé. C’est donc la course à la mise en œuvre effective des accords signés.
Car les syndicats ont anticipé la mise à plat des rémunérations. Les accords, une fois effectifs, se transforment en acquis auxquels ils ne seront plus prêts à renoncer.
Le tir de sommation des syndicats de magistrats répondant justement à l’invitation de participer à la restitution des travaux sur la mise à plat des rémunérations est symptomatique de l’état d’esprit actuel de certains syndicats de travailleurs de la Fonction publique. Le sujet reste sensible et polémique, et il n’est pas exclu que l’on observe des grèves dures, comme ce fut le cas avec les travailleurs du MINEFID et ceux de l’administration pénitentiaire, en cas de non-satisfaction.

Dans ce contexte, était-il prudent de tenir une telle rencontre ?
Le communiqué du Comité de suivi publié par le SIG qui annonce le report de la tenue de la conférence de restitution à une date ultérieure sonne comme un désaveu de cet accord entre le MINEFID et la coordination des syndicats de ce ministère. Un accord qui, en apparence, est en contradiction avec l’esprit de la conférence de juin 2018 qui propose la réforme du fonds commun.
Les membres du Comité de suivi ne comprenant pas pourquoi une telle décision à la veille de la restitution des travaux de la commission technique, marquent leur étonnement en reportant la conférence, en attendant de plus amples informations. Une situation qui impactera sur leurs futures relations avec le gouvernement qui a mis de côté leurs conclusions pour écouter ceux qui ont boycotté la conférence.
Mais l’autre argument qui milite pour un report de ce dossier, c’est l’agenda politique national. Cette surchauffe sociale n’est pas faite pour plaire au régime qui a les yeux rivés sur 2020, l’année des élections. C’est une des raisons qui fait que la mise à plat risque d’attendre encore un peu. Le président du Faso tente un dialogue politique avec l’opposition. Et les termes de ce dialogue sont encore à trouver avant le déclenchement de la course à la présidentielle. Le président ne veut pas être pris entre deux feux. D’un côté, les syndicats, et de l’autre, l’opposition politique.
Dans ces conditions, les perspectives de la réforme de la Fonction publique s’éloignent, en tout cas pour cette année. Elle compte environ 200.000 agents à qui 52% du budget de l’Etat sert à payer les salaires, sans compter les autres charges de fonctionnement. La réforme en vue passe par la révision de son système de recrutement, de rémunération, de motivation, d’affectation mais aussi des conditions de travail.
Pour réussir cette opération, il faut que tout le monde, à défaut d’une bonne majorité, soit d’accord sur le diagnostic. Le premier qui est admis de tous, c’est que la masse salariale est en train de déraper. Le second, c’est que l’efficacité de cette Fonction publique en termes de résultats, de services rendus aux usagers, d’heures réellement travaillées, laisse à désirer. Pour une fois, un gouvernement avait le soutien populaire pour faire des changements profonds, mais la réalité du terrain ou son manque de courage l’a amené à vendanger ce capital de soutien. Ce ne sera pas toujours ainsi.

FW


MINEFID: quid du check off et du carburant?

Le mouvement d’humeur des travailleurs du MINEFID a eu ceci de particulier qu’il a été géré au niveau sectoriel au sein du ministère, avec l’aval du président du Faso et sous la supervision du Premier ministre. C’est le même Premier ministre qui devrait pourtant présider la conférence de restitution des commissions techniques du 30 avril 2019.
Le protocole d’accord sur trois ans renouvelable a permis de sortir d’une crise financière imminente. Cet accord est présenté comme résultant de concessions de part et d’autre. En français facile, chaque partie a dû mettre de l’eau dans son vin. Le problème, c’est que personne ne connait encore le contenu réel de tout l’accord.
La prime de motivation est le point principal de l’accord. Quid des autres aspects? Les syndicats se sont murés dans un mutisme après l’accord. Ils se préservent. Surtout, ils se donnent le droit de revenir à la charge, peut-être avant les 3 ans.
Parmi les points abordés pendant les négociations, figuraient, entre autres, le check off et le carburant. Sur le carburant, le retour à l’ancien système avait été préconisé et sur le check off, une inscription volontaire des militants comme mode opératoire. Mais aucune des deux parties n’en parle officiellement pour l’instant. Toujours est-il que l’impact financier est là. Entre 19 et 23 milliards FCFA moins que si l’on était resté dans l’ancien système du fonds commun. C’est déjà ça de gagner.

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Numéro d'édition: 297

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