Le riz local est parmi les produits concernés par la commande publique. (DR)

Consommer local : La piqûre de rappel de Bassiaka Dao

• Au-delà de l’incident de Gaoua

• Renforcer le suivi d’une mesure salutaire

Ainsi donc, on a servi du riz importé aux hôtes de la Journée nationale du paysan à Gaoua (JNP). C’est Bassiaka Dao en personne qui a fait cette annonce devant le président du Faso. Bien entendu, cette information a douché quelque peu l’ambiance. Mais cet incident a le mérite de rappeler à l’ordre le gouvernement qui a fait de la promotion des produits locaux une de ses priorités. Un engagement matérialisé par une circulaire de l’ancien Premier ministre Paul Kaba Thiéba, pris en janvier 2017. Une liste de produits a été publiée à cet effet. Obligation a été faite aux «structures publiques consommatrices de produits alimentaires d’enlever en priorité ceux d’origine locale avant tout acte d’achat de produit similaire importé».
En ce qui concerne les pauses, des diners gala ou toute autre cérémonie officielle, les structures publiques sont désormais tenues d’intégrer les mets locaux dans les menus.
Le fait à l’origine de l’incident a eu lieu précisément le 26 avril 2019. C’était un déjeuner servi par le comité d’organisation aux milliers d’invités et auquel des leaders paysans, dont Bassiaka Dao, ont été conviés. C’est à ce déjeuner que le constat a été fait. Et pour qui connait Bassiaka Dao, l’occasion était trop belle pour rappeler à l’Exécutif le suivi effectif de cette mesure de promotion des produits locaux dans les cadres officiels. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’interpellation du représentant des producteurs: juste une piqûre de rappel.
Que s’est-il passé alors à Gaoua pour que le président de la CPF porte publiquement un tel grief? Celui de ne pas appliquer une mesure qu’il (l’Exécutif) a volontairement et librement prise. Qui du service traiteur ou du comité d’organisation n’a pas fait son travail? La question est posée. Par ailleurs, ce que la presse ne rappelle pas assez, c’est qu’un diner exclusivement dédié aux mets locaux a été servi à un parterre d’invités dans la soirée. Si cela attenue quelque peu le grief formulé contre le gouvernement, il n’en demeure pas moins que celui-ci a un problème de suivi. L’efficacité d’une mesure se juge à son application sur le terrain, conformément à l’esprit des textes.
Une structure comme la CPF est en pointe dans le plaidoyer en faveur de la consommation des produits locaux. Cette faîtière des producteurs agricoles a milité pour l’intégration des produits locaux dans la commande publique depuis des années. Et ce gouvernement semble très sensible à ce discours si on s’en tient à sa décision d’alimenter en riz, huile, et haricot les cantines scolaires, les prisons, les centres hospitaliers ainsi que l’armée.
Mais, tirant expérience de l’incident de Gaoua, il n’est pas superflu d’évaluer scientifiquement cette mesure pour savoir quelles sont les quantités de la production locale qui arrivent à être écoulées via ce circuit que propose l’Etat, et surtout les difficultés rencontrées par les acteurs.
Au niveau de la CPF, une étude serait en cours à une petite échelle pour mieux en apprécier l’impact. Au niveau des cantines scolaires, des difficultés sont signalées au niveau des Communes qui ont en charge l’approvisionnement des cantines.
Cet incident permet aussi d’évaluer la quantité de riz importé par le Burkina Faso. Et le volume de riz importé est en hausse. Si en 2013, 300.000 tonnes de riz d’une valeur de 40 milliards F CFA passaient par la Douane burkinabè, de nos jours, les chiffres sont plus vertigineux et l’enjeu encore plus important. Près de 131 milliards F CFA pour 2016, 226 milliards en 2017, et rien que pour le premier semestre de 2018, 227 milliards F CFA.

FW


La liste des produits

Ci-dessous l’extrait de l’arrêté qui permet au service public d’intégrer les produits locaux dans la commande publique, «à titre conservatoire et temporaire», et ceci, dans le but de soutenir les producteurs locaux.

«LE PREMIER MINISTRE
Vu la Constitution
Vu le Décret n°2016-001/PRES du 06 janvier 2016 portant nomination du Premier ministre au Burkina Faso ;
Vu le décret n°2016-003/PRES /PM du 12 janvier 2016 portant composition du gouvernement du Burkina Faso ;
Vu le décret n°2016-006/PRES/PM/PM du 08 février 2016 portant attribution des membres du gouvernement ;
Sur proposition du ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat ;

ARRETE
Article 1 : Dans le cadre de leur approvisionnement, les structures publiques visées à l’article 4 ci-dessous du présent arrêté sont tenues d’acheter prioritairement les produits locaux à titre conservatoire et temporaire.

Article 2 : La liste des produits locaux visés à l’article 01 est la suivante :
1. Riz 2. Niébé ; 3. Pomme de terre ; 4. Oignon ; 5. Tomate ; 6. Sucre ; 7. Huiles alimentaires ; 8. Haricot vert ; 9. Lait ; 10. Viande.

Article 3 : En fonction de l’évolution de la conjoncture économique, la liste des produits locaux visés à l’article 2 peut être modifiée par décision du Premier ministre, sur proposition du ministre en charge du commerce.

Article 4 : La liste non exhaustive des structures publiques visées à l’article 1 ci-dessus est la suivante :
1. Les cantines scolaires et universitaires ; 2. Les centres de formation professionnelle ; 3. Les casernes militaires ; 4. Les centres hospitaliers ; 5. Les Maisons d’arrêt et de correction.

Article 5 : les parties contractantes (Etat, collectivités territoriales, toutes autres structures et fournisseurs) devront obligatoirement veiller au respect de leurs engagements.

Article 6 : En cas de surproduction alimentaire, les exportateurs de produits céréaliers et de légumineuses sont tenus de soutenir l’écoulement des produits locaux.

Article 7 : le présent arrêté qui abroge toutes dispositions antérieures contraires, entre en vigueur pour compter de sa date de signature.

Article 8 : Tout ministre en charge des structures visées à l’article 04, le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat et le ministère de l’Economie, des Finances et du Développement sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent arrêté.

Ouagadougou, le 31 janvier 2017

Le Premier ministre, chef du gouvernement
Paul Kaba THIEBA Grand Officier de l’Ordre national »

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Numéro d'édition: 297

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