Fespaco 2015: «Cette année, nous avons un bon cru»

Ardjima Soma, délégué général du Fespaco. (MK)

Ardjima Soma, délégué général du Fespaco. (MK)

Malgré le contexte national marqué par l’insurrection populaire, la 24e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) se tient à bonne date. Cependant, cette situation n’est pas sans conséquence sur l’organisation pratique de l’évènement. Dans cet entretien, le délégué général de l’institution, Ardjima Soma, récemment nommé, revient sur les réaménagements opérés et l’état des préparatifs du Fespaco qui se tiendra du 28 février au 7 mars 2015.

– L’Economiste du Faso: Le Fespaco se tient dans un contexte post-insurrectionnel, est-ce qu’il y aura des changements par rapport aux activités prévues?
Ardjima Soma, délégué général du Fespaco: Le Fespaco a été créé depuis 1969, il y a de cela 45 ans. La prouesse du Burkina Faso et de ses partenaires est d’avoir réussi à pérenniser ce festival qui se tient à bonne date tous les deux ans. Effectivement, nous sommes d’accord que le contexte du Fespaco 2015 est un contexte particulier parce qu’il va se dérouler dans le contexte de l’épidémie à virus Ebola, ceci est une réalité même si aujourd’hui c’est reconnu que c’est une épidémie qui est en net recul.
Il y a aussi le contexte politique du Burkina qui traverse une période de transition où la priorité des autorités actuelles est de réussir des élections apaisées pour que les autorités élues puissent succéder. Donc, il y a beaucoup de challenges à relever et le Fespaco aussi se tient dans ce contexte-là.
Nous, nous avons reçu l’assurance du gouvernement du Burkina Faso qui a confirmé et maintenu l’organisation de l’événement. Nous avons aussi l’assurance et l’accompagnement d’un certain nombre de partenaires et des sponsors qui sont prêts à nous accompagner. Ce que nous allons faire, c’est de travailler à maintenir le niveau de ce festival, parce que le cœur de ce festival c’est la sélection officielle des œuvres. Le challenge que nous devons relever est de faire en sorte que cette sélection soit bien présentée et que les projections se déroulent dans de très bonnes conditions.
Il y a beaucoup d’activités autour du festival qui sont des activités d’animations culturelles, économiques, etc. A ce niveau, nous allons travailler à redimensionner et à mieux maîtriser ces aspects parallèles du festival en tenant compte effectivement du fait que nous sommes dans une situation particulière. Il faut travailler à maîtriser les budgets et éviter les débordements financiers.

Le rendez-vous de Ouagadougou est très important parce que c’est l’un des rares endroits où tous les deux ans on peut venir découvrir l’Afrique sous toutes ses facettes, avec plus de 130 films issus de toutes les régions de l’Afrique et de sa diaspora. Le Fespaco, à l’image de cette place des cinéastes (inaugurée en mars 1987), est devenu un lieu de rencontres, un lieu de dialogue pour toute l’Afrique, sous ses multiples facettes. (MK)

Le rendez-vous de Ouagadougou est très important parce que c’est l’un des rares endroits où tous les deux ans on peut venir découvrir l’Afrique sous toutes ses facettes, avec plus de 130 films issus de toutes les régions de l’Afrique et de sa diaspora. Le Fespaco, à l’image de cette place des cinéastes (inaugurée en mars 1987), est devenu un lieu de rencontres, un lieu de dialogue pour toute l’Afrique, sous ses multiples facettes. (MK)

– Parmi les innovations, il y a l’ouverture de la compétition officielle à la diaspora. Peut-on espérer qu’elle s’ouvre un jour aux cinéastes du monde ?
La sélection d’un festival évolue. Avant, c’étaient les pays africains qui proposaient des films, il y avait une sélection quelquefois au niveau de ces pays. La sélection a été introduite au Fespaco, ce n’est plus un quota par pays, mais des inscriptions ouvertes à l’ensemble des cinéastes d’origine africaine qui proposent des films. Il y a un comité qui se réunit et qui décide de retenir un certain nombre de films en tenant compte des critères inscrits dans le règlement et des critères techniques et artistiques.
Pour l’instant, la compétition officielle au Fespaco est réservée aux réalisateurs et réalisatrices d’origine africaine et aux cinéastes de la diaspora. Jusqu’en 2013, la compétition concernait ces deux catégories, mais dans des sections séparées, à savoir les cinéastes d’origine africaine et une autre pour la diaspora. Pour 2015, nous prendrons en compte les réalisations et les cinéastes de la diaspora. Cela fait partie de l’une des innovations qui ont été fortement saluées lors des conférences de presse que nous avons pu réaliser. Je pense que les cinéastes de la diaspora se sentent maintenant acceptés chez eux, sur la terre de leurs ancêtres. Pour l’instant, le festival est réservé aux cinéastes d’origine africaine et de la diaspora, le Fespaco a sa spécificité et c’est elle qui fait sa force.
D’aucuns disent que l’avenir du monde est en Afrique, et les cinéastes du monde affluent maintenant en Afrique pour s’y intégrer et filmer une Afrique vivante qui progresse. Nous avons décidé de mettre en exergue ces regards sur l’Afrique. Cela démontre une certaine évolution de la sélection. Mais je ne peux pas vous dire si cette évolution ira jusqu’à une ouverture totale.
Dans tous les cas, l’évolution du Fespaco s’est toujours réalisée en concertation étroite avec les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel. Parce que Sembène Ousmane a dit : «Nous avons créé le Fespaco et aujourd’hui le Fespaco nous porte». Cela est important car nous ne prendrons pas la décision de faire de façon unilatérale le festival ou de faire une ouverture systématique au monde. Si la nécessité s’impose un jour avec l’évolution de l’industrie du cinéma africain, cela peut se faire. Mais pour l’instant, on se consacre à la promotion du cinéma africain et les autres cinématographies qui se rapprochent de ce cinéma et qui s’intéressent à l’Afrique et qui montrent une Afrique qui progresse.

– L’introduction du numérique, une porte ouverte à l’amateurisme ?
Le Fespaco a décidé de faire le saut intégral dans le numérique à partir de l’édition de 2015. Je dois rappeler que le Fespaco n’a pas attendu 2015 pour rentrer dans le numérique. Depuis 1993, le Fespaco a créé une section consacrée aux films Tv/vidéo, depuis cette période nous avons amorcé une démarche pour prendre en compte ces types de films qui étaient à l’époque réalisés et présentés sous format Vhs (Vidéo home services).
Pour cette année 2015, nous n’avons que le numérique intégral en format Dcp qui entre en compétition de films de long-métrage aux Etalons de Yennega. Toutes les autres sections peuvent présenter des films au format Dvd et Dvd Blu-ray. Je vais vous étonner, parce que nous avons décidé d’accepter de très bons films qui n’obéissaient pas à la condition du format Dvd Blu-ray. Nous sommes disposés à les présenter en format Dvd normal.

– 130 films sélectionnés sur plus de 600, le Fespaco 2015 s’annonce riche en termes de qualité de films…
Cette année, nous avons un bon cru, des films de bonne qualité qui rendent compte effectivement du niveau d’évolution de l’industrie du cinéma et de l’audiovisuel en Afrique. Ils rendent compte aussi des différents styles des cinéastes africains qui montrent les détails de nos sociétés africaines et l’implication de nos artistes par rapport au vécu quotidien de nos populations. De ce point de vue, nous avons décidé d’instaurer le débat, parce que le thème de cette édition est «Cinéma africain, la production et la diffusion à l’heure du numérique». Les professionnels du cinéma, les producteurs, les diffuseurs et les créateurs vont se retrouver pour discuter de ce que les Tic et le numérique peuvent apporter à l’évolution du cinéma. Je crois que c’est un débat qui existe depuis longtemps, les cinéastes de la francophonie ont d’ailleurs eu du mal à faire le saut.
De l’idée à l’écriture d’un scenario, au découpage, casting des comédiens, travail de mise en scène, décor…, si tout ce travail est maitrisé de façon professionnelle et bien conduit, on arrivera au même résultat, que ce soit en format numérique ou en autre chose. Le matériel ne doit pas nous faire oublier tout le travail artistico-technique qui a toujours existé dans le domaine du cinéma. Un festival est un espace pour magnifier l’art cinématographique et le comité de sélection est obligé de tenir compte des critères techniques et artistes pour sélectionner les films présentés. Ce n’est pas une question de matériels, ce qui compte c’est le rendu.

 


 

Qui peut être membre du jury?

Il y a trois jurys, le jury de long-métrage, celui du court métrage et celui du documentaire. Les membres de ces jurys sont choisis parmi les personnalités fortes du monde de la culture et de la presse qui ont une bonne compréhension du dialogue culturel. Il n’y a pas de dépôt de candidatures, les jurys relèvent de la souveraineté de la direction générale du festival qui identifie des personnalités fortes à même de pouvoir visionner et comprendre les films, prendre des décisions en tenant compte des critères techniques et artistiques, mais aussi des critères de fond. Ils apprécient les films qui innovent dans leur démarche et qui peuvent faire avancer l’art et la technique cinématographique.


 

Films burkinabè en compétition officielle au Fespaco 2015

Fiction long-métrage :
– Cellule 512 (Missa Hebié)
– L’œil du cyclone (Sékou Traoré)

Fiction court-métrage :
– La Dot (Tahirou Tasséré Ouédraogo)
– Malika et la Sorcière (Boureima Nabaloum)
-Twaaga (Cédric Ido)

Documentaire :
– La Sirène de Faso fani (Michel K. Zongo)

Série télévisuelle :
– «Eh les hommes ! Eh les femmes!» (Woye Apolline Traoré) – Du jour au lendemain (Adama Roamba)
– Tôt ou tard S. (Bernard Yaméogo)

Film des écoles africaines de cinéma :
– Je danse, donc je suis (Aissata Ouarma)
-Kanko l’ixelloise (Boubacar Sangaré)
Wakman (Sékou Oumar Sidibé)

 

CD et NK

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Numéro d'édition: 98

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