La carte administrative du Burkina Faso

Nouveau marché de Sindou : Inoccupé 18 mois après

• Taxes élevées, absence de magasins

• Concurrence des autres sites

• L’avis des ancêtres ferait défaut

A la faveur de l’organisation de la 4e foire agro-sylvo-pastorale et artisanale du 4e Plan quinquennal des foires du 14 au 16 mars 2014, la cité des Pics, Sindou, chef-lieu de la province de la Léraba, située à une cinquantaine de kilomètres de Banfora, a bénéficié de la construction d’un nouveau marché, comme toutes les autres villes du Burkina qui ont eu la chance d’abrité la manifestation.

L’ouverture officielle de ce marché est intervenue le 14 mars 2014 sous le très haut patronage de Blaise Compaoré, alors chef de l’Etat. Celui-ci était accompagné de plusieurs membres du gouvernement de l’époque dont le ministre de l’Industrie, du commerce et de l’artisanat, Arthur Kafando, du ministre de la Communication, Alain Edouard Traoré, co-parrain de l’évènement au même titre que le député Mélégué Maurice Traoré, et du coordonnateur national du MCA, Bissiri Jospeh Sirima.
La construction de ce marché qui a coûté à l’Etat burkinabè une enveloppe de 350 millions était selon le SG du ministère du Commerce à l’époque, Bernard Zougouri, un des objectifs de la foire. «La tenue de la foire vise à permettre aux localités qui l’abritent de disposer d’une infrastructure marchande digne de ce nom», avait-il lancé ce 14 mars 2014. Malheureusement, 18 mois après son inauguration, ce marché comportant 400 stands reste inoccupé. En y faisant un tour, on s’aperçoit qu’il fait office de pâturage tant l’herbe qui y pousse attire les animaux domestiques. A Sindou, chacun a ses raisons pour expliquer la situation. Le chef de canton, Kalifou Traoré, par ailleurs professeur d’Histoire à la retraite, explique avoir entendu que les destinataires, en majorité des femmes, trouvent les frais de location trop élevés. Et comme elles se sentent incapables de les supporter, elles se rendent sur le site les jours du marché de Sindou mais elles restent à l’écart de l’infrastructure, à l’ombre des anacardiers, pour vendre. Toujours selon le chef de canton, la situation se présente comme si la population n’avait pas été consultée pour le choix de l’emplacement: «Les gens trouvent que le marché a été construit à l’écart de la ville. Si fait que le yaar qui se trouve au centre de la ville, qu’ils auraient voulu voir agrandi, continue de recevoir du monde. Certains d’ailleurs pensent que c’est ce yaar qu’il fallait agrandir», explique le chef de canton.
A Sindou, des voix qui ont souhaité rester anonymes ont laissé entendre que pour construire un marché, il y a des sacrifices à faire au préalable. Mais, soupçonnent-elles, cela n’a pas été le cas pour ce marché. Ce qui n’est pas de l’avis du vieux Kalifou Traoré qui soutient le contraire. Selon lui, des bœufs, moutons, chèvres et poulets ont été tués avant le lancement des travaux. «Peut-être que ce n’est pas assez?», s’interroge le chef de canton. Pour lui, l’une des raisons serait aussi liée au fait que les femmes de Sindou veulent profiter de tous les marchés. Si fait que lorsque le marché de Sindou coïncide avec celui d’une autre localité telle Douna à 10 kilomètres, Dakoro à 30 kilomètres et Baguéra à 40 kilomètres qui sont de gros marchés et bien fréquentés, elles se rendent d’abord dans ces marchés avant de vouloir rattraper celui de Sindou dans la soirée. «On ne peut pas suivre deux lièvres à la fois», avertit Kalifou Traoré. Pour lui, les autorités administratives de Sindou devraient trouver des méthodes qui inciteraient les vendeurs de céréales à fréquenter le marché, puisque les producteurs de Sindou préfèrent envoyer les vivres sur d’autres marchés.
Pourtant, dans la région, les vendeurs de céréales sont les principaux animateurs des marchés. A toutes ces raisons, certains commerçants ajoutent comme cause de la non-fréquentation du marché la cherté des taxes fixées par la mairie, doublée d’une application prématurée. Ces commerçants estiment que le marché ne comporte pas de magasins en bonne et due forme et n’entendent pas transporter les marchandises chaque jour. «Il fallait construire des magasins entièrement couverts, avec des portes et fenêtres, dans lesquels nos marchandises pourraient restées en toute sécurité», disent-ils.
Sy Amir LOOKMANN


La mairie nie tout

Du côté de la mairie, le SG se porte en faux par rapport à la cherté des taxes puisque, confie-t-il, aucune taxe n’a jusque-là encore été fixée. «Pour fixer les taxes, il faut au préalable installer un comité de gestion du marché. Jusque-là, ce comité n’a pas été installé parce que nous n’avons pas encore obtenu l’autorisation du ministère pour le faire», a-t-il expliqué tout en rassurant que la question de l’occupation du marché est au centre de leurs préoccupations. D’ailleurs, renchérit-il, «nous avons au cours d’une rencontre avec les femmes soulevé la question. Les femmes nous ont demandé d’impliquer les coutumiers, car ceux-ci doivent accomplir quelques rites avant qu’elles n’intègrent le marché».

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Numéro d'édition: 126

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