Afin d’évaluer rigoureusement l’effet causal de l’intervention du projet Coges, l’équipe de recherche de la Jica a conduit un essai aléatoire contrôlé (Rct) sous forme de «lancement» aléatoire du projet Coges dans toutes les écoles primaires de la province du Ganzourgou au Burkina Faso. (DR)

Education pour tous: la Jica évalue les Coges

• Combler les lacunes dans l’enseignement primaire

• Des succès constatés dans l’inclusion financière des pauvres

• Implication des parents dans la gestion des tontines et associations de crédits

Pour atteindre l’objectif de l’Education primaire pour tous dans les pays en voie de développement, une variété de mesures d’interventions a été proposée aussi bien au niveau de l’offre que de la demande. Ces mesures vont de l’expansion et de l’amélioration des infrastructures scolaires aux campagnes de déparasitages des élèves, aux déjeuners gratuits à l’école et au système de versements conditionnels. Les décideurs et les chercheurs considèrent également la Gestion autonome des écoles (Gae), qui se définit comme une forme particulière de décentralisation des divers pouvoirs décisionnels et des formes de contrôle budgétaire du gouvernement central jusqu’au niveau de l’école, comme l’un des instruments essentiels permettant d’offrir des services éducatifs efficaces.

En transférant le pouvoir de décision et de responsabilité aux bénéficiaires, l’espoir est de rendre le système de prestation de services plus efficient, plus effectif et plus durable. Bien que le raisonnement soit convaincant, les effets estimés de l’application de la politique de la Gae restent encore mitigés: pendant que certaines études ont abouti à des impacts positifs de la Gae, d’autres par contre ont rapporté leurs impacts négligeables. Cela s’explique en partie par la difficulté à concevoir et à mettre en œuvre des évaluations rigoureuses des politiques de décentralisation afin de faciliter la fourniture volontaire de biens publics par la communauté.
Une étude menée par l’Institut de recherche de la Jica vise à combler en partie ces lacunes dans les connaissances actuelles en évaluant de façon rigoureuse un programme de Gae dans l’enseignement primaire au Burkina Faso appelé le projet des Comités de gestion des écoles (Coges). Pour faire face aux problèmes dans l’éducation de base, le Gouvernement a adopté un décret portant création des Comités de gestion de l’école (ci-après nommé Coges) en mai 2008. En 2009, avec l’appui technique de l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica), le ministère de l’Education nationale et de l’alphabétisation (Mena) a entamé la mise en œuvre du projet Coges. Ce projet consiste principalement en la mise en place, dans chaque école primaire, d’un comité de gestion dont les membres sont élus démocratiquement parmi les parents d’élèves et les membres de la communauté.
Plus précisément, l’étude menée par l’Institut de recherche de la Jica sur les Coges visait deux objectifs: premièrement, c’est d’apporter la première preuve d’un programme de Gae en soi, contrairement aux études existantes qui examinent plutôt les sous-composantes des programmes de Gae. Deuxièmement, elle adopte une méthode d’évaluation hybride par des essais aléatoires contrôlés du projet Coges lui-même, ainsi que des expériences de terrain sur la fourniture volontaire de biens publics. Une telle stratégie d’évaluation permet d’examiner de près les questions inexplorées sur la durabilité de cette fourniture volontaire des biens publics locaux.
Afin d’évaluer rigoureusement l’effet causal de l’intervention du projet Coges, l’équipe de recherche de la Jica a conduit un essai aléatoire contrôlé (Rct) sous forme de «lancement» aléatoire du projet Coges dans toutes les écoles primaires de la province du Ganzourgou au Burkina Faso. Par l’assignation aléatoire, 141 écoles ont été regroupées en écoles de la première année Coges (écoles de traitement) où le Coges a été installé durant l’année scolaire 2009-2010 et les 138 autres écoles ont été regroupées en écoles de la deuxième année Coges (écoles de contrôle) qui sont celles qui ont reçu un traitement tardif du projet Coges durant l’année scolaire suivante (2010-2011). L’équipe a mené une série d’enquêtes avec des questionnaires soigneusement conçus pour tous les principaux acteurs de l’école : le directeur d’école, un enseignant choisi au hasard à chaque niveau, cinq élèves choisis au hasard dans la classe de chacun des enseignants choisis de façon aléatoire et le chef de ménage de chacun des cinq élèves choisis au hasard.
L’équipe de l’étude a adopté une méthode d’évaluation hybride de ces essais aléatoires contrôlés, combinée à des expériences sur le terrain comportant un jeu sur les biens publics organisé avec le directeur, les enseignants, les parents et les membres élus du Coges. Particulièrement, une expérience initiale de jeux sur les biens publics a été organisée en février 2010 après les élections dans les écoles de la première année Coges. Les expériences finales de jeux sur les biens publics ont été menées en novembre et décembre 2010 après les élections dans les écoles de la deuxième année Coges. Le jeu sur les biens publics est l’une des expériences standard de laboratoire utilisée pour mesurer la coopération volontaire entre les individus et elle est considérée comme un moyen de mesure du capital social.
L’équipe de recherche a constaté que le projet Coges a augmenté le capital social de manière significative: dans les villages sujets au projet Coges, la moyenne des contributions volontaires aux biens publics a considérablement augmenté. Pour les groupes composés d’un directeur, d’un enseignant et de parents d’élèves, la contribution moyenne s’est accrue de 17.5% grâce à la mise en œuvre du projet Coges (Voir Figure). Ces résultats suggèrent que les projets de gestion communautaire semblent permettre un recouvrement significatif des coûts locaux, pouvant conduire à une meilleure viabilité fiscale d’un projet communautaire. Par ailleurs, l’équipe a également constaté que le programme a amélioré les résultats scolaires notamment, la hausse du taux d’inscription et la chute du taux de redoublement. Le taux de redoublement dans les écoles non- Coges avoisinait les 10 % en 2009-2010 et on estime que le programme a permis de réduire le taux de redoublement chez les garçons et les filles respectivement de 2.9 % et de 2 % (Voir Figure). Le programme a aussi permis de réduire l’absentéisme des enseignants à l’école. Tandis que le taux moyen d’assiduité des enseignants était de 86 % dans les écoles non- Coges, la moyenne dans les écoles Coges étaient de 92 % en janvier et février 2011.
En outre, un autre effet positif du projet Coges a été son aboutissement sur la confiance des parents d’élèves vis-à-vis des autres acteurs, ainsi que leur implication dans la gestion des tontines et associations de crédits. Cela s’expliquerait par le fait que les parents d’élèves impliqués dans le projet Coges sont plus enclins à participer à une tontine parce qu’ils développent la confiance vis-à-vis des autres acteurs, ce qui est essentiel au développement d’arrangements financiers informels, à travers la collaboration avec les autres membres de la communauté au sein du projet. Plus particulièrement, l’impact positif du projet sur la participation des ménages pauvres aux tontines est encore plus large. Par conséquent, le projet Coges conduit avec succès à l’inclusion financière des pauvres.

– Monsieur Yasuyuki Sawada qui est l’auteur principal est titulaire d’un PhD en Economie de l’Université de Stanford depuis 1999. Il est présentement professeur à l’Université de Tokyo, précisément à la faculté d’Economie et Chercheur invité à l’Institut de Recherche de la Jica

– Monsieur Yasuyuki Todo est professeur à la faculté des Sciences Politiques et Economiques de l’Université de Waseda à Tokyo et Chercheur invité à l’Institut de Recherche de la Jica. Il est également titulaire d’un PhD en Economie de l’Université de Stanford depuis 2000
-Eiji Kozuka est professeur associé à l’Ecole supérieure de Développement et de Coopération internationale de l’Université de Hiroshima. Il est membre du réseau de la Jica pour la Recherche et l’Education


La généralisation des Coges d’ici à 2017

En juin 2014, le ministère de l’Education nationale et de l’alphabétisation et l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica) ont procédé au lancement officiel de la deuxième phase du Projet d’appui aux comités de gestion d’école (Pa-Coges).
Initié en 2009, le Pa-Coges a pour ambition d’accompagner l’implantation des Coges sur tout le territoire national, étant entendu que la participation communautaire à la gestion des écoles est un impératif pour l’atteinte d’une éducation de qualité accessible à tous. La 1re phase du projet s’est déroulée de novembre 2009 à mars 2014 dans 4 régions que sont le Centre-Est, le Centre-Nord, le Plateau central et une partie du Centre. Elle visait principalement l’amélioration de l’environnement scolaire et la qualité de l’éducation à travers des Coges fonctionnels et démocratiquement mis en place. Cette première phase a ainsi permis au Mena de stabiliser le modèle de Coges fonctionnel, de même que les outils de suivi-accompagnement, et d’assurer la formation des superviseurs et des communautés bénéficiaires. En tout, ce sont 2.780 Coges fonctionnels qui ont été mis en place de manière démocratique. Au regard du bilan très satisfaisant des actions menées sur le terrain, les deux parties -burkinabè et japonaise- ont convenu de la mise en place d’une 2e phase pour la période 2014-2017 avec un budget de deux milliards de F CFA comprenant une contrepartie japonaise de plus de 500 millions de F CFA (638.550.000 FCFA).


Des implications sur le rôle de la communauté dans les pays en voie de développement

De ces conclusions, les résultats de la recherche peuvent également avoir des implications plus larges sur le rôle de la communauté dans les pays en voie de développement où les mécanismes de marché pour l’allocation des ressources sont généralement sous-développés. Pour corriger ces défaillances du marché, les Gouvernements mettent souvent en place d’autres mécanismes afin de contraindre les personnes à revoir leurs allocations de ressources.
Cependant, les Gouvernements eux-mêmes peuvent aussi échouer dans cette tâche, particulièrement dans les pays en voie de développement, parce que les politiques et les bureaucrates poursuivent leurs propres objectifs. En revanche, la communauté est un mécanisme qui use du capital social pour promouvoir la coopération volontaire, ce qui facilite l’apport des biens publics locaux. Le capital social joue ainsi un rôle complémentaire important de rectification des échecs à la fois du marché et du Gouvernement.
En fait, la complémentarité entre le marché et le capital social peut mieux se cerner par le jeu des biens publics adopté dans le cadre de la présente étude du fait que ce jeu est une version du jeu du dilemme du prisonnier dans lequel la recherche du profit des membres du groupe, intéressés par leur gain individuel, conduit à un résultat socialement sous-optimal ou un équilibre de Nash inefficace au sens de Pareto. C’est un exemple canonique de l’échec du marché où le laisser-faire ne permet pas d’atteindre des résultats efficients.
Dans le jeu des biens publics, les niveaux de contributions volontaires aux biens publics sont définis en fonction du degré de déviation du résultat observé par rapport au modèle socialement inefficient de l’équilibre de Nash et vers le modèle social optimal. En d’autres termes, le niveau de contribution obtenu par le jeu des biens publics laisse entrevoir une complémentarité entre les mécanismes de marché et le capital social. Leurs résultats empiriques indiquent qu’une telle complémentarité peut être renforcée par le projet Gae.

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Numéro d'édition: 111

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