La promotion 2013 des impétrants de l’école privée Cristo Rey de New York. (Ph.: Harisch Studios)

À Harlem, une école grandit – Impact Journalism Day –

logo-spark-news

 

 

Aux États­Unis, les élèves issus de milieux populaires scolarisés dans les établissements du réseau Cristo Rey ont deux fois plus de chances que leurs pairs d’obtenir un diplôme universitaire. Comment est-ce possible ? Grâce à un modèle qui fait la part belle au travail.

Un groupe d’élèves devant l’école privée Cristo Rey de New York. (Ph.: James Song)

Un groupe d’élèves devant l’école privée Cristo Rey de New York. (Ph.: James Song)

Un vendredi pluvieux de mars, Tyre Richards arrive à son bureau au sixième étage d’un gratte-ciel au cœur de Manhattan, comme n’importe quelle autre employée de bureau. Pourtant, même si elle travaille là depuis quatre ans, Tyre n’est pas une salariée normale de la banque d’investissement Sandler O’Neill. Elle n’a que 17 ans et ses devoirs la préoccupe. «Je suis peut­ être plus jeune, mais on me traite comme une adulte ici, explique-­t-­elle. Je fais partie de l’équipe».
Tyre, diplômée du lycée le 5 juin, était inscrite à Cristo Rey New York, une école privée d’East Harlem qui propose un modèle d’enseignement ingénieux. En deux mots, il s’agit de faire bosser les élèves. Une fois par semaine, comme ses 398 camarades, Tyre quitte l’établissement sur la 106e rue, prend le métro et va travailler dans un bureau à l’une des 100 sociétés participantes qui sont réparties dans toute la ville.Fondé à Chicago par le père John Foley il y a près de 20 ans, le réseau Cristo Rey a été conçu pour offrir à des élèves défavorisés une éducation de haut niveau. Le problème était de trouver les financements nécessaires. La solution a été d’envoyer les jeunes travailler dans des entreprises locales pour qu’ils apprennent les compétences nécessaires pour réussir et – point tout aussi essentiel – pour qu’ils financent les enseignements reçus en classe. Le résultat est gagnant pour tout le monde. Les entreprises profitent d’une main d’œuvre bon marché, les élèves bénéficient d’une expérience dans le monde professionnel et d’une éducation prestigieuse, les familles sortent de la pauvreté et Cristo Rey a les fonds pour financer l’ensemble. Actuellement, le réseau scolarise plus de 9.000 jeunes dans 28 écoles réparties sur tout le territoire des Etats­Unis. L’attrait du projet est apolitique : l’ancien gouverneur républicain de Floride, Jeb Bush, tout comme le maire démocrate de Chicago, Rahm Emanuel, ont salué un modèle à reproduire pour réformer l’enseignement aux Etats­Unis.
Si Tyre n’est pas une employée typique chez Sandler O’Neill, elle est toutefois une élève typique de Cristo Rey. Élevée par une mère célibataire et sans emploi dans le quartier Tremont du Bronx, Tyre a toujours eu soif d’apprendre, même si elle a grandi dans un quartier en proie à la violence et au trafic de drogues, où il est plus probable de finir dépendant des aides sociales ou en prison que dans un amphithéâtre universitaire. « Pour le lycée, j’ai envoyé ma candidature à plusieurs écoles privées, mais elles étaient toutes trop chères, raconte Tyre qui, même si elle a toujours vécu à New York, n’était jamais allée au cœur de Manhattan avant de prendre son poste à Sandler O’Neill. Ma mère a vu qu’à Cristo Rey, les frais seraient de 200 dollars maximum par mois. Quand j’ai appris ça, je me suis exclamée : «et en plus je ne vais à l’école que quatre jours par semaine ?!.»
Jack Crowe, directeur des opérations du réseau Cristo Rey, précise clairement que si leurs élèves acquièrent énormément de savoir-faire pratiques, ce ne sont pas des écoles professionnelles. «C’est un modèle d’entreprise, note­-t-­il. Grâce à leur emploi, nos jeunes apprennent le travail en équipe, les responsabilités, les qualités nécessaires pour réussir dans le monde professionnel, mais aussi des compétences pratiques. Le but de travailler est de financer leur scolarité».
À ce titre, le revenu familial des candidats à ces écoles doit être inférieur à un seuil spécifique. Ces jeunes n’auraient pas les moyens d’aller à une école privée, la vaste majorité d’entre eux sont issus de minorités et ils doivent avoir de bonnes notes et les recommandations de leurs professeurs pour être retenus. Dans la plupart des écoles privées, les anciens cherchent à faire inscrire leurs propres enfants, mais Jack Crowe précise que cette notion va à l’encontre des objectifs de Cristo Rey. «Si un ancien élève répond aux critères pour nous envoyer ses enfants, c’est que nous avons échoué», explique­-t-­il avant de rappeler que près de 100 % des élèves de Cristo Rey vont à l’université, contre 40% des jeunes de leur catégorie socioéconomique.
Chaque matin de l’année scolaire, les élèves de Cristo Rey New York arrivent à leur établissement en brique rouge qui date du XIXe siècle, prêts à regrouper une semaine de cours en quatre jours. Le cinquième jour, ils se dispersent dans toute la ville, où ils occupent des postes à Morgan Stanley, la Cour suprême de l’État de New York, le centre médical Columbia, la première division de baseball, parmi beaucoup d’autres.
Le slogan de Cristo Rey est «l’école qui travaille» et les diplômés sont ensuite acceptés à de prestigieuses universités comme Brown, Northwestern et Williams. Jordan Brown, un élève enthousiaste de terminale qui vient du Bronx, a travaillé à Alliance Bernstein et il espère faire des études de chimie à l’université de Nottingham. «Je ne suis jamais allé à l’étranger, alors j’aime l’idée d’étudier en Angleterre, affirme-­t-­il. Par contre, je veux absolument conserver mes relations professionnelles. Les connexions sont l’un des meilleurs atouts de Cristo Rey».
Quant à Tyre, elle a dû attendre, comme le veut la tradition, qu’arrivent les lettres d’acceptation des universités. «Ça m’angoisse, confesse-­t-­elle. Je veux aller à Georgetown, mais même si je suis acceptée, ça sera peut­ être trop cher. J’ai vraiment été gâtée ici». Pendant ce temps, il ne lui reste plus que quelques mois au bureau, ce que ses employeurs viennent tout juste de réaliser. «Je vais leur manquer, c’est sûr ! rigole­t­elle. Mais ils vont aussi me manquer. C’est la fin du lycée, mais aussi de mon emploi».
Par David Swanson

Pour en savoir plus :
Site Internet : http://www.cristoreynetwork.org/
Vidéo:http://www.sparknews.com/en/video/cristo­rey­network­sustainable­revenue­model­high­school-education­low­income­students

Commentaires
Numéro d'édition: 115

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.