Auguste Denise Barry : «L’un des défis que nous comptons relever, c’est la lutte contre l’insécurité». (DR)

Elections, Hadj, insécurité…: Le casse-tête du ministre Auguste Denise Barry

Le ministre de l’Administration territoriale, de la décentralisation et de la sécurité (Matds), le colonel Auguste Denise Barry, a un calendrier chargé. De l’installation des délégations spéciales au problème sécuritaire en passant par le Hadj 2015 et les élections d’octobre, il y a nombre de défis à relever. Il a accepté de nous en parler dans l’entretien qui suit.

– L’Economiste du Faso : Après la dissolution des conseils municipaux, peut-on dire que toutes les délégations spéciales sont installées et fonctionnelles?
Auguste Denise Barry : Oui et partiellement non. Sur toute l’étendue du territoire, les délégations spéciales qui ont remplacé les structures dirigeantes des collectivités territoriales étaient fonctionnelles depuis ce moment. Il y a eu des mesures qui leur permettaient de fonctionner avec le personnel administratif qui y était déjà affecté. Ces intérimaires, avec à leur tête les secrétaires généraux des mairies, avaient la charge d’assurer l’expédition des affaires courantes afin de pouvoir délivrer les actes habituels au profit des populations. Ils l’ont fait jusqu’à ce que les délégations spéciales officielles aient été constituées. Une chose a été de désigner les personnes qui devraient intégrer les délégations spéciales, une autre était de les installer. A ce jour, le processus est entamé.

– Dans la plupart des régions et des communes, les délégations spéciales ont été installées sauf dans une dizaine de localités. Pourquoi ?
Il y a eu quelques difficultés, comme à Tanghin Dassouri (ndlr, dans la province du Kadiogo) où l’installation a fait l’objet de report…

– Parce que des personnes y sont contestées ?
Tout à fait! Il y a des représentants qui sont contestés au niveau de certaines sensibilités. Face à cela, le principe qui a été retenu est d’installer tout de même ces délégations spéciales sans les personnes contestées et faire fonctionner lesdites délégations pour ne pas pénaliser les populations.

– Mais le problème demeure avec ces délégations spéciales incomplètes…
Nous allons chercher à obtenir un consensus ou les remplacer simplement pour faire fonctionner correctement lesdites délégations spéciales.

– Des maires disent avoir porté plainte en justice contre la décision de révocation des conseils municipaux. Avez-vous reçu cette notification ?
J’ai entendu la rumeur en faire cas, mais officiellement, je n’ai pas reçu de notification.

– Et si cette démarche venait à être concrétisée et la justice donnait raison aux plaignants, qu’allez-vous faire ?
Une chose est de recevoir une plainte, une autre est de procéder au jugement. Si ce jugement venait à avoir lieu, l’administration ira se défendre.

– Le calendrier électoral est déjà connu, mais des voix s’élèvent déjà pour reprocher le fait que ces dates feront déborder la période de la transition. Quel en est votre commentaire ?
Il y a un consensus qui a été dégagé à partir de deux dates qui sont le 20 septembre et le 11 octobre 2015 pour les élections couplées (présidentielle et législatives). Pour ce qui concerne les autorités de la transition, il y a eu d’autres scénarii qui ont été présentés. Ces scénarii devaient faire en sorte que toutes les élections interviennent pendant la période de transition. Mais compte tenu du fait que le principe de la transition, et recommandé d’ailleurs par la Charte, est d’aller de façon consensuelle, nous avons donc consulté les partis politiques. C’est après que ces deux dates nous ont été proposées.
Chacune d’elles a ses avantages et ses inconvénients. Il s’est dégagé des avantages dans le sens de faire en sorte qu’en repoussant la date jusqu’au 11 octobre 2015, on puisse favoriser une meilleure participation, une meilleure mobilisation du corps électoral. Si on retenait le 20 septembre, il allait se poser le problème d’activités culturales pour les paysans. Il y a également cette question d’accessibilité de certaines régions.
En repoussant la fin de la transition vers octobre, on réduit un peu ces risques, même si en octobre, les paysans seront à la phase de la récolte et seront sollicités dans les champs. C’est le moindre mal et c’est le compromis qu’on pouvait trouver pour intégrer les préoccupations des uns et des autres.
Les organisations de la société civile étaient également sceptiques par rapport à la date du 20 septembre. Nous n’avons fait que prendre en compte les préoccupations des uns et des autres pour retenir le 11 octobre. Que ce soit le 20 septembre ou le 11 octobre, il y avait des aménagements juridiques à faire.
Pour la date du 20 septembre, Il fallait un arrangement juridique avec le Conseil constitutionnel pour que l’article 40 de la Constitution, qui prescrit la période pendant laquelle devrait intervenir l’élection présidentielle, subisse un aménagement parce que cette date sortait constitutionnellement de la période arrêtée. Pour la date du 11 octobre, il y a forcément un arrangement juridique à obtenir. Ceux qui ont proposé cette date étaient également conscients de ce risque.

– Pensez-vous que le Conseil constitutionnel va vous suivre dans ces arrangements à obtenir ?
On avisera! Il y a une procédure qui doit permettre que le Conseil constitutionnel soit saisi. Nous espérons que cela pourra se faire sans difficulté.

– Le Hadj 2015 approche! Quel est l’état des préparatifs pour assurer un bon pèlerinage aux fidèles musulmans ?
Nous avons décidé de nous y prendre tôt cette année. On se rend compte que les pèlerins burkinabè sont toujours mal lotis pendant le Hadj. Il s’agit pour nous de faire en sorte que les conditions de voyage soient des plus confortables et que le séjour le soit également par l’obtention des meilleurs sites d’hébergement. Il faut aussi que la charge du Hadj soit réduite pour chacun des pèlerins. En agissant ainsi, on peut travailler à ce que les conditions soient réunies pour un meilleur Hadj.

– L’année 2015 coïncide avec la fin du mandat du comité national de suivi, de même que pour les agences de voyages qui avaient été retenues pour trois ans. Que comptez-vous faire à ce sujet ?
Le 31 décembre 2014 marquait la fin du mandat du comité national de suivi. Nous avons commis une commission avec l’ensemble des sensibilités pour réfléchir sur les meilleurs agrégats à réunir pour que le Hadj soit mieux organisé cette année. La commission a travaillé et a déposé son rapport. Nous allons prendre ce rapport en compte et faire en sorte que l’histoire du Hadj, celui de cette année, tranche d’avec celles des années précédentes.

– L’insécurité semble avoir la peau dure sous nos cieux. Les populations sont agressées et sont inquiètes. Quelles assurances pouvez-vous leur donner afin qu’elles espèrent des lendemains meilleurs ?
Une question comme l’insécurité est difficile et délicate. Il faut donc l’aborder avec toutes les espérances de succès. Nous sommes des professionnels de la sécurité.
Nous avons une stratégie nationale qui encadre l’action des forces de défense et de sécurité. Il faut mettre des plans d’action en place. On ne peut pas se précipiter pour le faire. C’est pourquoi nous nous sommes donné le temps de la réflexion pour affiner tout ce qu’il y a comme plan de lutte contre l’insécurité.
Je puis vous assurer que très bientôt les gens vont savoir que nous ne dormions pas et que nous étions en train de nous préparer pour mieux agir. L’un des défis que nous comptons relever, c’est la lutte contre l’insécurité.

Propos recueillis par Alexandre Le Grand ROUAMBA

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Numéro d'édition: 96

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