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Transporteurs du Burkina : Ça coince au niveau des hydrocarbures

L’Organisation des transporteurs routiers du Faso (OTRAF) avait menacé d’aller en grève si ses revendications ne trouvaient pas satisfaction du côté des cimenteries du Burkina. Cette grève illimitée qui avait été annoncée pour le 16 novembre dernier, et qui devait toucher le secteur des hydrocarbures, des marchandises et du transport en commun, a été évitée in extrémis. Un accord a été signé dans la nuit du 15 novembre à la grande satisfaction de tous. L’Economiste du Faso a échangé avec le président national de l’OTRAF, Yssoufou Maïga, pour mieux cerner les problèmes du secteur et les solutions à envisager.

– L’Economiste du Faso : Une grève illimitée avait été envisagée pour le 16 novembre dernier. Finalement, elle a été suspendue. Qu’est-ce qui a pu sauver la situation ?
Yssoufou Maïga (Président national de l’Otraf) : Effectivement, nous avions prévu d’aller en grève illimitée la semaine dernière à l’encontre des 4 cimenteries du Burkina et de Nantou Mining. Mais le ministère en charge des Infrastructures et des transports a facilité nos négociations.
Nous avons rencontré les délégués des différentes cimenteries le 14 novembre dernier, rencontre qui a débouché sur un accord le lendemain 15 novembre.
Nos préoccupations étaient axées sur 5 points essentiels. C’est autour de ces points qu’un accord a été signé le dimanche 15 novembre à 21h entre les transporteurs et les cimenteries du Burkina.
Toutes les 4 cimenteries ont reconnu que leurs pratiques n’étaient pas aussi saines que ça. Tout transporteur disposant donc d’un véhicule de qualité apte à transporter pourra aller vers les 4 cimenteries en essayant d’avoir des relations d’affaires. En somme, la sortie de crise a été applaudie au sein de l’OTRAF.
– Qu’est-ce qui vous dit que l’accord signé sera respecté ?
Il y a de la volonté autour dudit accord. Rien qu’à voir les acteurs des 4 cimenteries participer aux discussions, nous osons croire qu’ils ne prendront pas un engagement qu’ils ne vont pas respecter. Ces cimenteries ont accepté séance tenante, par exemple, qu’on utilise les transporteurs burkinabè pour le transport spécifique de ces minerais. C’est réconfortant lorsque l’on sait que ces transporteurs ont déployé des efforts en s’endettant pour investir dans les véhicules.

– Quel est le nouveau prix de la tonne kilométrique que vous aviez demandé de relever ?
Nous avions demandé, sur la base de nos études, à ce qu’on fixe la tonne kilométrique à 45 F CFA. L’accord a fixé ce prix à 38 F CFA pour compter du 1er janvier 2016. Actuellement, la moyenne est à 30 F CFA. Il y a donc eu un progrès à ce niveau.

Un des points auxquels vous aviez accordé beaucoup d’intérêt est l’équité dans les chargements des camions dans les pays de transit par ordre d’arrivée. Ce point est-il totalement satisfait ?
En effet, on ne pouvait pas comprendre que celui qui arrive à 10h décharge avant celui qui est arrivé à 6h. Ce point est donc satisfait.

– Y avait-il vraiment une utilisation de camions étrangers dans le transport des minerais ?
Tout à fait ! CIM BURKINA et CIMAF qui utilisaient des véhicules étrangers ont bien confirmé que de façon formelle, ils ont notifié à ces transporteurs leur impossibilité désormais d’utiliser lesdits camions, notamment ceux immatriculés au Niger, au Mali et au Bénin.

– Qu’en est-il du renouvellement de votre parc ?
On attend toujours le programme du gouvernement. En tout cas, la problématique a été posée. Ce renouvellement est un passage obligé pour nous transporteurs. Vu que le Burkina a adopté un décret depuis 2014 en vue de professionnaliser le secteur, nous sommes obligés d’aller dans ce sens. Il y a le renouvellement du parc dû à sa vétusté, il y a aussi le renouvellement dû à la réglementation sur la charge à l’essieu. Sans l’accompagnement du gouvernement, il sera très difficile pour nous d’importer des véhicules, vu le coût en hors taxe et les droits de douane qui s’élèvent en moyenne à 38%.

– Quelles sont les difficultés liées à l’application du règlement 14 de l’UEMOA qui est en rapport avec la charge à l’essieu ?
Ce règlement doit être appliqué à partir de juin 2016. Il n’y a pas de difficulté majeure du côté des transporteurs. C’est au niveau des hydrocarbures que ça va causer beaucoup de problèmes. Nous avons demandé au gouvernement d’accélérer le programme pour que les transporteurs puissent relooker leurs camions conformément à la charge à l’essieu pour éviter des déficits de livraison. Actuellement, il n’y a que 10% des véhicules qui peuvent répondre à la charge à l’essieu. Le gouvernement est informé et est conscient de cela. Au niveau des hydrocarbures, le besoin est estimé à 2.000 camions. Si on doit relooker, il faut des tracteurs 6×4 et qui coûtent 65 millions de F CFA l’unité. Si on le multiplie par 2.000 véhicules, vous avez 130 milliards de F CFA, rien que pour l’investissement. Avec la douane qui est à 38%, vous voyez que si le gouvernement ne fait rien, ce sera extrêmement compliqué. Actuellement au niveau du parc, on a autour de 500 véhicules à l’état neuf qui sont plutôt orientés vers les sociétés minières. Il faut que le gouvernement élabore un programme d’accompagnement car il n’y a pas d’autres moyens d’approvisionner le Burkina Faso. 85 % des importations passent forcément par la route.
Je lance un appel à mes frères transporteurs afin qu’on se donne la main pour assainir le secteur et le professionnaliser. Si on ne se met pas au sérieux, on mettra en péril le pays. Toute chose qui va occasionner les flambées des prix. Nous devons donc travailler tout de suite pour être en conformité avec la réglementation sous-régionale afin d’être compétitifs. J’invite donc les transporteurs à l’union, à la tolérance et surtout au professionnalisme. A l’endroit du gouvernement, je lui demande de redoubler d’effort pour faire face à la situation et surtout doter le Burkina de routes à la hauteur des ambitions du pays.
Entretien réalisé par Alexandre Le Grand ROUAMBA


Les 5 points de satisfaction qui évitent la grève

L’accord signé entre l’Association des cimentiers du Burkina (ACB) et l’Organisation des transporteurs routiers du Faso (OTRAF) a porté sur les points suivants :
– L’accessibilité du transport de minerais à tous les transporteurs du Burkina
– La formalisation des relations d’affaires (contrats de transport)
– L’équité dans les opérations de transport (obtention d’un bon d’enlèvements, chargements et déchargements)
– L’arrêt immédiat des camions étrangers qui ne sont pas admis dans les conventions, des accords bilatéraux dans la répartition du fret généré par le commerce extérieur du Burkina
– La révision du tarif à 45 F CFA la tonne kilométrique.
A ces préoccupations, s’ajoutent le problème d’équité dans les opérations de transport et la question des tarifs.

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