Les chefs supérieurs coutumiers et traditionnels du Burkina Faso invitent tous les Burkinabè à fédérer leurs énergies pour sauver la mère patrie. (DR)

Cohésion nationale: les «chefs coutumiers supérieurs» montrent la voie

• Unité et solidarité

• Appel aux fils égarés

• Pendant ce temps…

Les chefs supérieurs coutumiers et traditionnels du Burkina Faso invitent tous les Burkinabè à fédérer leurs énergies pour sauver la mère patrie. (DR)

Les chefs coutumiers supérieurs et traditionnels du Burkina Faso ont, à travers une déclaration commune, le 29 juin 2022 à Ouagadougou, appelé les Burkinabè de tous les bords à dépasser leurs chapelles partisanes pour défendre la mère patrie attaquée.
Les initiatives en faveur d’une décrispation du climat sociopolitique perturbé par le péril sécuritaire se suivent au pays des Hommes intègres. Après la rencontre inattendue entre l’ancien chef d’Etat, Roch Marc Christian Kaboré, et son tombeur, le président du Faso, le Lieutenant-Colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, ce sont les chefs supérieurs coutumiers et traditionnels du Burkina Faso qui ont donné de la voix, à travers une déclaration inhérente à l’unité et à la solidarité de tous face au péril sécuritaire. Réunis au palais du Moogho Naaba, à Ouagadougou, les gardiens des traditions ont rappelé la mauvaise passe que traverse le Burkina Faso depuis sept ans. Pour les chefs coutumiers, l’heure est grave et il urge d’agir avant qu’il soit trop tard. Tous les Burkinabè, dans leur diversité, doivent se serrer les coudes contre ceux qui veulent désintégrer la mère patrie. « Notre pays, le Burkina Faso, traverse un des pires moments de son histoire.
Aujourd’hui, notre peuple fait face à une crise multidimensionnelle grave et le désespoir s’empare des populations. Le quotidien et le vivre ensemble sont mis à rude épreuve par les affres de l’insécurité́ et des conflits intra et intercommunautaires », ont constaté avec amertume les anciens. Devant cet état de délitement des liens qui ont jusque-là tenu le pays dans une unité, les Burkinabè doivent se réveiller pour colmater les brèches. De ce fait, les chefs coutumiers supérieurs invitent chaque fils et fille du Burkina à porter l’étendard de « l’union, de la solidarité́, de l’amour, du patriotisme, de la tolérance, de l’acceptation de la différence, de la fraternité́, de l’humilité́, du dialogue, du pardon, de la cohésion sociale et de l’unité́ nationale. » Tant que certains vont travailler à lézarder la maison commune, il est évident que les forces du mal, obnubilés par leur folie du chaos, auront les coudées franches pour s’adonner à leur projet mortifère. C’est donc un appel à faire impérativement barrage contre cette horde de barbares qui veulent coûte que coûte désagréger la République. La responsabilité de tous est engagée dans la défense de l’intégrité territoriale du pays. Quoiqu’il en coûte, ce pays doit rester dans son entité pour être légué à la postérité. « Au-delà̀ de nos différences ethniques, religieuses, idéologiques, philosophiques, politiques, nous avons une même patrie et nous avons le devoir de la protéger et de la céder avec honneur et dignité́ aux générations futures », ont affirmé avec force conviction les gardiens des traditions. Cette déclaration attendue depuis des lustres interpelle la Nation entière à marcher comme un seul homme afin de résister à la vague terroriste.

Réintéger les rangs
La voix des anciens a également invité les fils égarés du Burkina qui, pour des mobiles fondés ou supposés, ont pris les armes contre leur pays à renoncer à leur aventure nihiliste pour réintégrer les rangs. La violence gratuite et méchante ne saurait être un chemin pour exprimer son mal-être.
C’est une régression que de s’engager dans le chaos pour compromettre sa propre vie et celle des autres. Les chefs coutumiers ont donc exhorté « les filles et fils du Burkina qui, pour des raisons diverses, ont des visions ou intérêts divergents avec la Nation à déposer les armes, à revenir à la raison et à la « maison », pour bâtir ensemble le pays dans « la paix et la quiétude. » Que gagnent véritablement ceux qui terrorisent leurs propres frères ? Que veulent-ils au juste en s’engageant dans une entreprise du chaos et de la désolation ? Qu’est-ce que leur pays leur a tant fait au point de vouloir le désintégrer ? Il est temps pour ces derniers de saisir l’offre proposée à travers les comités locaux de dialogue pour revenir à des considérations plus réalistes, humaines et raisonnables. Tous les conflits finissent toujours par trouver leur dénouement autour d’une table de discussions. Tant que certains radicaux vont persister dans leur folie suicidaire, ils seront traqués partout où ils se terrent pour payer le prix de leurs égarements et de leurs compromissions. Le message des autorités coutumières s’adresse aussi bien à ces enfants de la patrie qui vivent cette parenthèse de désamour avec leur pays qu’à tous les citoyens. Il invite chacun à faire abstraction de ses calculs égoïstes pour s’inscrire dans une démarche de rassemblement, profitable à tous. Quel que soit le prix à payer, ce sont les faiseurs de paix qui vont triompher de la barbarie. Le Burkina est, certes, à la croisée des chemins à cause du diktat imposé par les groupes armés terroristes, mais il saura sortir de cette nuit cauchemardesque un jour ou l’autre. Si les égarés de la Nation ont été jusque-là sourds aux interpellations lancées depuis belle lurette, ils devraient avoir au moins la présence d’esprit de prendre en compte l’appel des anciens.
Jérôme HAYIMI

 

Encadré

L’égo démesuré des politiques

Pendant ce temps, sur l’échiquier politique, l’ancien parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), poursuit sa chronique des querelles intestines. Par conférences de presse interposées, l’aile historique du parti incarnée par Achille Tapsoba et l’aile futuriste portée par Eddie Komboïgo se livrent une bataille « fratricide » autour de la légalité ou non du 8e congrès du CDP. En dépit d’une médiation de dernière minute du fondateur du parti, l’ex-président du Faso, Blaise Compaoré, en début juin dernier, le lit des incompréhensions se creuse davantage entre les deux tendances. Le rythme auquel le bras de fer se poursuit montre que les chances d’une réconciliation entre les deux ailes du CDP sont improbables, voire compromises.
Comment le parti qui a fait la pluie et le beau temps au Burkina à une époque récente ait pu s’engluer dans une telle crise à rebondissements ? Certainement, à cause, en partie, de l’ego démesuré des politiques qui n’ont jamais su dépasser leurs propres intérêts pour penser intérêt général. L’absence de discipline et un leadership clanique sont également les maux qui minent aujourd’hui le CDP, tout-puissant hier.
Au moment où toutes les énergies sont concentrées vers la quête de solutions de sortie de ce cauchemar imposé par les terroristes, l’on s’étripe allègrement au CDP. Un état de fait qui illustre la complexité de l’enracinement de la culture démocratique sous nos tristes tropiques. La politique est autre chose ici qu’une quête permanente de faire communauté avec les autres, au-delà des divergences, pour préserver ce qui fait l’essence du vivre ensemble : le bien commun. Ce qui se passe au CDP est malheureusement la chose la mieux partagée au sein de bon nombre de partis politiques. Des conflits larvés attendent le moment idéal pour exploser dans d’autres formations politiques. C’est bien triste pour un pays qui fait face à d’énormes défis que de voir son espace public grippé par d’éternelles guerres d’égo. Alfred de Musset n’avait-il pas raison quand il affirmait que « la politique est une fine toile d’araignée, dans laquelle se débattent bien des pauvres mouches mutilées. » 

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Numéro d'édition: 446

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