Pour le PDG du Groupe COFINA, les conditions d’accès au crédit sont assez simples et dépendent réellement de l’activité de l’entrepreneur. (DR)

Economie : «Si les Africains ne développent pas l’Afrique, l’Afrique ne se développera pas d’elle-même », Jean-Luc Konan, PDG du Groupe COFINA

En octobre prochain, le Groupe Compagnie financière africaine (COFINA) ouvre officiellement ses portes au Burkina Faso. En prélude à cet évènement, le Président- Directeur général (PDG) du Groupe COFINA, Jean-Luc Konan, en compagnie de ses plus proches collaborateurs, dont le PCA de COFINA Burkina Faso, Mahamady Sanoh, s’est entretenu avec la presse sur la vision du Groupe qui évolue dans la méso-finance. Ainsi que son projet pour le financement des secteurs porteurs au pays des Hommes intègres.

L’Economiste du Faso : Le Groupe COFINA existe depuis quelques années. Qu’est-ce qui fait votre particularité ?
Jean-Luc Konan : La Compagnie financière africaine (COFINA) est un Groupe qui se positionne comme le modèle panafricain de la finance. Et le panafricanisme est un concept cher au Burkina Faso et qui est omniprésent. Dans notre Groupe, nous fêtons nos cinq années d’activités et notre particularité est que ce Groupe est composé de 1300 collaborateurs issus de 19 nationalités différentes. Ce sont ces collaborateurs de différentes nationalités qui créent l’ADN particulière de notre Groupe.
Notre Groupe a été conçu à l’origine pour que ceux qu’on appelle les exclus de milieu, c’est-à-dire les entrepreneurs qui sont devenus, à un moment donné, trop importants pour la microfinance, mais qui n’étaient toujours pas assez structurés pour être financés par les banques traditionnelles, aient accès au financement. Ces entreprises avaient besoin d’un accompagnement différent pour qu’elles deviennent aussi des multinationales de demain et puissent intéresser les banques traditionnelles qui ne sont d’ailleurs pas nos ennemies. Ces dernières sont nos partenaires, puisque nous sommes un peu le sas intermédiaire entre la microfinance, la nano-finance et la grande finance ou encore la finance traditionnelle. C’est pour ça qu’on appelle cela la méso-finance.

Dans combien de pays votre Groupe se trouve-t-il à ce jour ?
Le Groupe a débuté ses activités en février 2014 en Guinée-Conakry. Il est présent à ce jour, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Mali, au Congo-Brazzaville et dans quelques jours, il débutera officiellement ses activités au Burkina Faso. Donc nous sommes dans sept pays. Et le dispositif sera complété par une ouverture imminente de notre agence en France qui est très importante et très stratégique. Cela va permettre à la diaspora de différents pays en présence, notamment burkinabè, de pouvoir booster des flux vers le pays d’origine et les orienter vers des investissements productifs. Notre prochain pays après la France sera le Togo, pour lequel nous avons une demande d’agrément en cours. Ce qui donnera un dispositif de présence dans neuf pays.

Vous êtes focalisé sur les Petites et moyennes entreprises (PME), qu’elles soient formelles ou informelles. Qu’est-ce qui a guidé ce choix ?
C’est particulièrement important pour nous parce que les PME aujourd’hui, constituent pour nous le socle même de nos économies. S’il n’y a pas de PME fortes en Afrique, il n’y aura pas de multinationales. C’est à cette base-là que le travail commence. Ces PME aujourd’hui ont accès à moins de 6% des financements et représentent 90 % des opérateurs économiques qui sont sur notre continent et plus de la moitié des emplois formels. Il y avait un déséquilibre qu’il fallait corriger et c’est ce à quoi COFINA s’est attaquée. En cinq ans, nous avons pu embaucher 1300 collaborateurs.
Nous avons également pu octroyer plus de 475 milliards de francs CFA de crédits dans les économies qui étaient destinées à financer environ 74 000 projets de méso-entrepreneurs. Qui, pour la plupart, à plus de 60 %, accédaient pour la première fois à un financement formel. On se dit, nos entreprises en activité emploient en moyenne cinq personnes. Quand on connaît la structure de nos économies africaines, la structure familiale, ces cinq personnes font vivre à peu près chacune dix personnes. Chaque fois que nous donnons un méso-financement, c’est au moins 50 personnes qui en vivent directement. D’où l’importance de pouvoir promouvoir des outils de développement de ce secteur d’activité pour avoir des économies fortes demain.

Pourquoi avoir porté votre dévolu sur le Burkina Faso maintenant, après plusieurs années d’existence dans la sous-région ? 
Notre premier pays d’implantation était la Guinée-Conakry, le Sénégal était le deuxième pays d’implantation et la Côte d’Ivoire, le troisième pays. Nous voudrions aujourd’hui travailler sur des synergies à l’intérieur de nos pays. C’est pour ça que vous avez vu que lorsque nous avons décidé de venir au Burkina Faso, cela ne s’est pas fait au hasard. Nous avons commencé à nous développer dans les pays frontaliers qui sont la Côte d’Ivoire, le Mali et on a décidé de venir nous aguerrir suffisamment au Burkina pour participer au développement. Le Burkina, pour nous, a des atouts majeurs. Ce qu’il y a, une véritable stratégie de l’inclusion financière est en train d’être mise en place. Avant d’aller dans un pays, nous regardons toujours quelle est la politique en matière d’inclusion financière. On aurait aimé y être plutôt mais il y a eu des aléas de calendrier qui ont fait que l’on gardait le meilleur pour la fin.

Quel est le capital de départ pour COFINA Burkina Faso ?
En général, on commence toujours avec un capital initial de 500 millions de francs CFA, que l’on met à la disposition dans le cadre du projet. Rapidement, dès le démarrage, nous dotons l’institution de fonds propres pour soutenir son développement. Par exemple, l’investissement déjà fait pour le siège de COFINA Burkina Faso dépasse le montant du capital. Vous voyez que le capital est un élément technique commun au départ, mais en général, nous injectons des fonds complémentaires pour pouvoir développer l’institution. Dans les prochains jours, nous attendons de signatures de partenariat stratégique pour faire entrer d’autres partenaires et à nous-mêmes de capitaliser suffisamment pour entamer le développement. Pour vous donner un exemple, nos filiales qui ont quatre, cinq années d’activités que sont le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont des fonds propres supérieurs à 10 milliards de francs CFA.

Vous avez été reçu par le président du Faso. Quelle a été la substance de vos échanges ?
Les échanges avec le chef de l’État ont été fructueux. Nous avons voulu entamer une tournée des chefs d’État des pays dans lesquels nous sommes, pour leur présenter la méso-finance et l’impact qu’elle peut avoir sur le développement économique et social des pays dans lesquels nous sommes installés. La première audience, nous avons souhaité à ce qu’elle se fasse ici au Burkina Faso qui est le dernier pays où nous nous installons. L’audience s’est très bien passée avec Son Excellence Monsieur le président du Faso, qui en tant qu’ancien banquier, était déjà en avance sur l’ensemble des problématiques qu’on soutenait. Il a réellement compris le message que l’on souhaitait faire passer et nous a prodigué des conseils. Cela est très important, surtout au lendemain du Sommet de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), de montrer aussi que les investisseurs sont les bienvenus à des moments un peu difficiles en raison de la situation sécuritaire. C’est de montrer que l’Afrique c’est notre terreau, c’est notre continent et c’est là où on a envie de se développer. Et que si les Africains ne développent pas l’Afrique, l’Afrique ne se développera pas d’elle-même.

Une photo de famille à la fin de l’entretien. (DR)

Nous savons le taux de bancarisation faible au Burkina et ailleurs. Comment allez-vous convaincre un producteur agricole, par exemple, de vous confier son argent ?
La problématique du taux de bancarisation qui est relativement faible n’est pas spécifique au Burkina Faso. C’est un problème qui concerne l’ensemble des pays de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) et je dirais même africain. Effectivement, quelles sont les alternatives qu’on arrive à proposer ? C’est important de savoir que les gens ne gardent pas de l’argent par devers le matelas pour le faire. C’est parce qu’on n’a pas de canaux de distribution proches de leur lieu d’habitation et de travail ou qu’on n’a pas de produit de service qui puisse répondre à leurs besoins. Aujourd’hui, il y a des partenariats divers avec les sociétés de télécommunication. Nous avons la monnaie électronique qui nous permet de toucher ces populations aujourd’hui.
Avec un compte COFINA, vous arrivez à régler votre eau, votre électricité et à recharger votre téléphone. On commence à donner des commodités qui permettent aux gens de déposer leur argent sans que ce ne soit encore des queues interminables pour aller le récupérer. Ça c’est important. La deuxième chose, pour permettre aux commerçants de venir déposer leurs fonds chez nous, c’est aussi de leur démontrer que nous ne sommes pas là pour garder uniquement leur argent. Nous sommes là, d’une part, pour offrir des taux de rémunération du capital et l’un des meilleurs de la sous-région. Il bonifie leur argent et nous les accompagnons quand ils en ont besoin. C’est un partenariat qui se met en place.

Quels sont vos plafonds de financement ?
Le plafond de financement varie en fonction de l’évolution de la taille de la structure qui cherche un financement. On estime qu’au-delà d’un financement de 300 millions de francs CFA, l’on commence à rentrer dans un autre métier qui est le métier de la banque. En dessous de ce montant, on est dans la méso-finance. Donc, nous finançons de zéro jusqu’à 300 millions de francs CFA, en fonction de ce qu’on veut faire, en fonction du type de projet. Notre vision c’est d’être le modèle panafricain de la finance et notre mission est de créer de la valeur ajoutée pour nos partenaires afin de participer durablement au développement du continent africain. Quand on dit nos partenaires, ce sont nos staffs, nos actionnaires et nos clients. J’ai mis les clients à la fin parce que ce sont les plus importants. Ce sont ceux-là mêmes qui vous confient leur argent et qui empruntent quand ils ont besoin d’exécuter rapidement dans le délai un bon de commande ou un marché. On ne perd pas le temps, parce que le temps c’est de l’argent. C’est tout ce que nous essayons de mettre en place et que nous avons mis en place dans les différents pays comme au Burkina.

Tout ce que vous dites est bien beau. Est-ce que vos fonds sont accessibles, quelles sont les conditions qu’une entreprise doit remplir pour avoir un financement à COFINA Burkina ?
Les conditions sont assez simples et elles dépendent réellement de son activité. On se demande est-ce que l’entrepreneur a une activité, est-ce que c’est un vrai entrepreneur ? Est-ce qu’il a une expertise dans son domaine ? Et une chose qui est très importante, est-ce qu’il a pu constituer une petite épargne au départ. Cela paraît anodin, mais celui qui ne sait pas épargner un franc ne s’aura pas gérer un crédit qu’on va lui donner. Et on le voit, notamment, avec les femmes aujourd’hui qui prennent les crédits. Elles sont nos meilleurs emprunteurs parce qu’elles ont la culture de l’épargne.
Que l’activité soit formelle ou pas, ce n’est pas cela le plus important pour nous. Nous restons dans le basique. Par exemple, pourquoi voulez-vous que votre coiffeuse qui gère son salon depuis cinq ans, qui a trois employés et qui paie des charges vienne vous emprunter 2 millions de francs CFA et ne puisse pas vous rembourser. L’investissement dans son activité est déjà supérieur à cela. Cela n’a pas de prix. La personne peut ne pas avoir l’historique nécessaire, et comme dans toutes les institutions, on demande une garantie ou un aval. C’est tout à fait normal. Mais en général, nos conditions sont un peu plus flexibles que les conditions classiques des banques. Parce que nous sommes un marché de proximité. On approche le salon de coiffure, on regarde est-ce que ça tourne, comment ça fonctionne, est-ce qu’elle a la volonté de rembourser la totalité du crédit. Il serait hypocrite de penser qu’on pourrait donner des crédits à tout va. Cela n’entraîne aujourd’hui que la faillite.

Propos recueillis par MK

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Numéro d'édition: 313

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