«La digitalisation a permis d’accroître le rendement au Nigeria; le digital a révolutionné la finance au Kenya et au Ghana».

Digitalisation en Afrique subsaharienne : Une opportunité de réduire la pauvreté

• Le Burkina Faso sur la bonne voie• Croissance: l’Afrique subsaharienne régresse

• La Banque mondiale projette un taux de 2,8% en 2019

Les indicateurs en matière de taux de croissance de l’Afrique subsaharienne sont au «rouge». Et pour cause, cette partie du continent, au lieu de progresser sur le plan de la croissance, ne fait que reculer d’année en année. C’est le constat de la Banque mondiale qui l’atteste à travers des données chiffrées.
En effet, la dernière édition du rapport Africa’s Pulse, publiée le lundi 8 avril 2019, est formelle, le taux de croissance des trois dernières années (2016, 2017 et 2018) est resté bloqué sous les 3%. De l’avis de l’économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique, Dr Albert Zeufack, cette régression est due à la fragilité des économies africaines et à la mauvaise gouvernance qui gangrène certains pays.
Cette fragilité a amené la Banque mondiale à revoir à la baisse la croissance des pays d’Afrique subsaharienne à 2,6% en 2018, contre 2,5% en 2017. Pour 2019, les économistes de la BM tablent sur un taux de croissance de 2,8%.
A la BM, on a conclut que pour la 4e année consécutive, l’économie progressait moins vite que l’accroissement démographique et ce, malgré des prévisions régionales plus favorables pour 2019, avec ce rebond à 2,8%. Albert Zeufack se désole de cette régression.

«L’Afrique doit prendre son destin en main»
Dans l’attente d’une reprise de la croissance, il note que cette baisse du taux de croissance trouve son origine dans des facteurs externes et internes. Pour ce qui est des facteurs externes, il cite, entre autres, la recrudescence des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine qui impacte négativement sur les activités économiques des pays africains et la volatilité des prix des matières premières. Pour ce qui est des causes internes, il s’agit essentiellement de l’instabilité macro-économique, liée, entre autres, à une mauvaise gestion de la dette, à l’inflation et aux déficits ; de l’instabilité politique et règlementaire, de la fragilité sociale (peu d’infrastructures socioéconomiques de base).

Face à cette situation que faire ?
Pour Albert Zeufack, il n’y a pas mille solutions. L’Afrique doit prendre son destin en main, car, dit-il, il est illusoire de croire que le développement viendra de l’extérieur. Il préconise un développement endogène en s’inspirant des modèles réussis dans le monde, et surtout oser entreprendre des réformes courageuses, audacieuses au profit de la population. En attendant que ces réformes soient entreprises, la BM a sorti de sa «besace» une proposition qui pourrait freiner la fragilité des économies africaines et par ricochet, relancer la croissance. Albert Zeufack et son équipe se disent convaincus que l’avenir de l’Afrique réside dans le digital. Pour eux, la révolution numérique est l’une des clés d’une croissance inclusive et de la création d’emplois en Afrique.
«La transformation numérique peut apporter à l’Afrique subsaharienne une hausse annuelle de la croissance de pratiquement 2% et permettre un recul de la pauvreté de quasiment 1% par an», indique l’économiste en chef de la BM pour l’Afrique. Et d’ajouter que: «C’est une révolution qui changera véritablement la donne en Afrique». Pour y arriver, il recommande la mise en place de certains préalables par les Etats africains.
Il s’agit de la mise en place d’une infrastructure digitale; d’une plateforme digitale; d’un cadre règlementaire qui va permettre cette inclusion digitale. Albert Zeufack a évoqué des exemples réussis de la digitalisation en Afrique.
«La digitalisation a permis d’accroître le rendement au Nigeria; le digital a révolutionné la finance au Kenya et au Ghana». Selon l’économiste principal de la BM au Burkina Faso, Dr Abdoul Ganiou Mijiyawa, le Burkina Faso est sur la bonne voie avec aujourd’hui, le lancement de la 4G par l’ensemble des réseaux de téléphonie mobile et la bancarisation digitale. Le 19e rapport Africa’s Pulse note que la fragilité d’un petit nombre de pays prive l’ensemble de l’Afrique subsaharienne de plus d’un demi point de pourcentage de croissance par an, l’équivalent de 2,6 points de pourcentage en 5 ans. «Les facteurs de fragilité ayant évolué dans le temps, les solutions pour y remédier doivent s’adapter, souligne César Calderon, économiste principal à la BM et auteur principal du rapport. Celui-ci a insisté sur le fait que « les pays ont plus que jamais la possibilité de tourner la page de la fragilité en coopérant entre eux pour lutter contre l’instabilité, les violences et le changement climatique». Il faut indiquer qu’en 2017, le Burkina Faso avait un taux de croissance de 6,3% contre 6% en 2018. Pour 2019, la Banque mondiale projette un taux de croissance de 6%.

Ambèternifa Crépin SOMDA


Nigeria, Afrique du Sud et Angola, les locomotives de l’Afrique subsaharienne

Au Nigeria, la croissance est ressortie à 1,9% en 2018, en hausse par rapport à 2017 (0,8%), à la faveur d’une légère reprise du secteur non pétrolier. L’Afrique du Sud est sortie de la récession au 3e trimestre 2018, mais la croissance est restée atone à 0,8%, tout au long de l’année, les incertitudes politiques décourageant les investissements. L’Angola, 3e économie de la région, est demeuré en récession, l’activité étant plombée par la faiblesse persistante de la production pétrolière. Dans certains pays riches en ressources, comme la RDC et le Niger, la croissance est repartie à la hausse, soutenue par le redressement de la production minière et du prix des matières premières, ainsi que par le rebond de la production agricole et des investissements publics d’infrastructures. Ailleurs, comme au Liberia et en Zambie, la croissance est restée modérée, les investisseurs restant méfiants face au niveau soutenu de l’inflation et de l’endettement. Dans les pays de la CEMAC, le redressement se poursuit, mais demeure fragile, les réformes destinées à réduire les déséquilibres budgétaires et extérieurs ayant marqué le pas dans certains pays. Enfin, les économies moins tributaires des ressources naturelles, comme le Kenya, l’Ouganda et le Rwanda ainsi que plusieurs pays de l’UEMOA, dont le Bénin et la Côte d’Ivoire ont affiché de solides performances en 2018.

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Numéro d'édition: 294

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