Selon Saïdou Zangré, président du Réseau des associations de l’économie informelle du Burkina (RAEI-BF), si les Chinois respectent les lois du marché burkinabè, il n’y aura aucun problème. (DR)

Vitalité du secteur informel: «L’argent ne circule plus» dixit Saïdou Zangré, président du RAEI

• Beaucoup de commerçants endettés

• Une ruée vers l’orpaillage

• Que l’Etat injecte l’argent dans le circuit !

Il n’est pas rare d’entendre la phrase «les affaires ne marchent pas» de la bouche de certains Burkinabè; singulièrement des acteurs du secteur informel. A cette morosité des affaires s’est ajoutée, depuis quelques mois, l’insécurité engendrée par les multiples attaques terroristes auxquelles le Burkina Faso fait désormais face. Pour mieux cerner les causes et les conséquences de ce ralentissement des affaires, qui mieux que le président du Réseau des associations de l’économie informelle du Burkina (RAEI- BF) pour nous en parler?. Il compte 50 associations professionnelles reparties sur l’ensemble du territoire national, et son président est Saïdou Zangré.

L’Economiste du Faso : Le Burkina Faso fait face à une situation d’insécurité sans précédent et à une économie morose. Alors, face à ces deux facteurs, quel est l’état de santé du secteur informel ?
Saïdou Zangré, président du RAEI-BF: D’abord, je voudrais profiter de votre canal pour présenter nos sincères condoléances aux forces de défense et de sécurité et aux civils dont des membres ont perdu la vie dans ces multiples attaques terroristes, et souhaiter prompt rétablissement aux blessés.
Vous savez, dans un pays, tant qu’il n’y a pas la paix, l’économie ne marche pas. Vous savez aussi bien que nous, acteurs de ce secteur dit «informel», sommes aujourd’hui dans une situation de précarité.
Même les hommes d’affaires de notre pays se plaignent du ralentissement de l’économie. Donc, nous les acteurs du secteur informel, nous pleurons.
Ainsi, la question de l’insécurité nous préoccupe tous et nous essayons d’accompagner le gouvernement en sa résolution, comme nous pouvons.
C’est vrai qu’il y a beaucoup d’efforts qui sont fournis par le gouvernement, mais au niveau de la relance de l’économie, nous constatons que les choses ne bougent pas comme on l’aurait souhaité.
Aujourd’hui, on entend dire que le gouvernement est en train de construire des infrastructures routières, éducatives, sanitaires… ; tout cela est bien, mais tant que l’argent ne circule pas, on ne peut pas dire que ça va.
Regardez, de nos jours, ce sont les commerçants qui partent prendre des crédits auprès des fonctionnaires; ce qui était l’inverse il y a quelques années. La relance économique nous préoccupe tous.
Or, chaque fois le gouvernement nous sort des chiffres du genre le taux de croissance, mais mangeons-nous des chiffres?
Pour vous donner une idée de notre calvaire; actuellement, beaucoup de commerçants sont endettés auprès des banques de la place et nous faisons face à de nombreuses charges. Cette situation est à l’origine de non-scolarisations des enfants cette année pour certains commerçants.
Beaucoup de commerçants, aujourd’hui, sont endettés jusqu’au cou, au point qu’ils n’arrivent pas à rembourser leurs dettes. Et la majeure partie des commerçants n’arrive plus à honorer les frais de location des boutiques; pire, ils n’arrivent même plus à payer les salaires de leurs employés (NDRL : Dans chaque boutique, il y a au moins 3 à 4 employés qui sont des pères de famille et qui attendent chaque soir de ramener une lueur d’espoir à la maison).

Vous venez d’évoquer une situation peu reluisante de votre secteur d’activités. Avez-vous des solutions à proposer pour sortir de ce gouffre ?
L’argent ne circule pas. C’est pour cela que tous les acteurs doivent revoir la copie pour que les choses aillent dans le bon sens. Il faut que le gouvernement fasse circuler l’argent; il faut que le gouvernement injecte de l’argent dans l’économie.
Mais, qu’on se comprenne, injecter de l’argent dans l’économie ne veut pas dire appeler les gens, les aligner et leur distribuer de l’argent. Non! Ce n’est pas cela. Il est question que l’Etat active des mécanismes pour dynamiser l’économique ; même si le gouvernement va prendre des prêts pour les injecter dans l’économie pour que les produits de première nécessité puissent être accessibles aux consommateurs.
Regardez l’affaire des boutiques témoins, le gouvernement dit que c’est pour les personnes nécessiteuses, mais, de nos jours, tout le monde est nécessiteux. Ne soyez pas étonnés que des commerçants aillent s’aligner devant ces boutiques témoins, tout simplement parce que leur situation n’est pas reluisante.
Je dis souvent que nous avons la chance ou la malchance d’avoir des dirigeants économistes à la tête de l’Etat (le président du Faso, le Premier ministre, le président de l’Assemblée nationale; tous des banquiers; le ministre d’Etat, le ministre des Finances). Il faut briser cette barrière.
Il ne faut pas seulement voir les chiffres au tableau; il faut qu’on sente que ça va! Si ça ne va pas, qu’est-ce qu’on doit faire?
Raison pour laquelle nous disons qu’il faut injecter de l’argent dans l’économie. Et si l’argent circule, vous verrez que la croissance dont on parle tant va se réaliser. Sinon, s’il faut rentrer la nuit te coucher et passer ton temps à compter les tôles pour difficilement mettre du carburant dans sa mobylette matin pour aller vendre au marché, vous voyez que ce n’est pas facile.
Des spécialistes en économie vous diront qu’il faut trouver un paramètre pour que l’argent circule. On écoute souvent certaines personnes dire que, sous l’ancien régime, c’est parce qu’il y avait de l’argent sale qui circulait que les affaires marchaient. Moi, je dis qu’il n’y a jamais de l’argent sale; parce que l’argent, c’est l’argent.
Les Burkinabè ont besoin qu’on injecte de l’argent dans l’économie pour que chacun puisse travailler, s’habiller et manger à sa faim. Il est organisé beaucoup de colloques et d’ateliers pour parler de relance économique.
On ne devait plus pourtant être à ce stade; on doit constater la relance de l’économie. Il est temps d’agir. Sinon, à parler chaque fois de relance, vous allez relancer quoi ?

Est-ce que votre réseau a approché le gouvernement dans le sens de vos propositions de relance économique ?
Nous avons eu la chance de participer aux différentes rencontres initiées par le gouvernement à travers la Chambre de commerce, le ministère de l’Economie et le ministère du Commerce pour parler chaque fois de l’économie.
A vrai dire, ce n’est pas que les gens n’évoquent pas la question de relance économique, mais le constat est que l’argent ne circule pas. Le problème est à ce niveau. Prenez une ville comme Ouagadougou, 80% de ces habitants sont dans le secteur informel. Allez-y demander à nos mamans qui vendent dans les marchés et yaars, elles vous diront que ça ne va pas. Ce n’est pas les 10% qui doivent dire que les affaires vont bien: ce taux doit atteindre les 60% ; c’est là qu’on peut dire que les affaires vont bien.
Dans cette relance de l’économie, il faut que le gouvernement travaille à une stabilité au niveau de l’administration, car les multiples grèves sont préjudiciables à la bonne marche de l’économie.
Si l’administration ne fonctionne pas, l’économie ne va jamais décoller. Aucun investisseur ne viendra injecter son argent dans un pays où chaque fois les fonctionnaires partent en grève.

Dites-nous, jusqu’à quel point vos membres sont affectés par la morosité économique ?
Là, vous me posez une question pertinente. Je connais des commerçants qui, aujourd’hui, ont déserté leurs boutiques pour aller travailler sur des sites aurifères. Beaucoup ont même quitté le Burkina Faso pour l’extérieur et, aujourd’hui, ils sont dans une situation de précarité. D’autres, à cause des crédits en banque, ont fermé boutique et sont assis à la maison. Pire, allez dans les kiosques PMU’B, vous trouverez 10 à 20 commerçants assis à tuer leur temps en ces lieux, dans l’espoir d’un mieux-être.
Cette situation de désespoir est très dangereuse pour un pays. Et l’Etat regarde cette situation sans y apporter une solution.

Vous voulez dire que, de nos jours, des commerçants ne peuvent plus aller à Dubaï ou en Chine pour importer des marchandises ?
Il y a des commerçants qui ne peuvent plus voyager. Admettons que tu prennes un crédit de 20 millions de FCFA pour aller à Dubaï ou en Chine pour payer des marchandises que tu ramènes au pays.
Si les petits revendeurs te prennent une commande de 200.000 à 300.000 FCFA et que ces derniers n’arrivent pas à te rembourser; toi, le commerçant-importateur, pourras-tu encore voyager ?
Et ces petits revendeurs, s’ils n’arrivent pas honorer leurs engagements, ne disparaitront-ils pas de la circulation te laissant dans le désarroi, puisque la banque attend son argent ?

Quel est le regard que vous portez sur l’orientation politique du gouvernement qui a décidé, dans sa relation politique et économique, de se tourner vers la Chine populaire au détriment de la Chine-Taïwan ?
Vous savez, chaque gouvernement à sa politique de développement. Si cette option du gouvernement est dans l’intérêt général, je ne trouve aucun inconvénient. Nous allons l’accompagner.
Maintenant, s’il faut amener une Chine qui va venir s’accaparer nos petites économies, c’est là qu’il y aura problème. Nous ne sommes pas pressés, nous attendons que les Chinois viennent.
Dès qu’ils vont commencer à vendre des beignets comme au Cameroun, vous allez nous entendre. Il y a actuellement un vide juridique au niveau de la législation en matière de vente en détail et en demi-gros.
S’ils veulent profiter de ce vide, ça ne marchera pas. S’ils veulent sous-traiter avec les nationaux, soit ils viennent pour dire qu’ils importent ou exportent dans le gros, et qu’ils paient pour ne pas détruire l’économie qui est déjà à terre. C’est cela notre inquiétude. Sinon, s’ils respectent les lois du marché burkinabè, il n’y aura aucun problème.

Un mot pour la fin.
Nous comprenons que ce n’est pas facile actuellement pour le gouvernement. Certes, des efforts sont faits, mais, dans notre jargon, on dit souvent que : c’est bon, mais ce n’est pas arrivé. Parce qu’on ne sent pas cette reprise économique. Il ne faut pas que les gens disent qu’il y a l’insécurité donc qu’il faut laisser certains volets de la vie en rade. Nous disons non ! Le pays doit continuer à fonctionner normalement.
Nous devons être derrière nos FDS pour combattre l’ennemi commun, prier tous les jours pour qu’il y ait la paix et que les politiciens laissent leurs divergences politiques pour qu’ensemble nous essayons de trouver des solutions aux difficultés que le pays rencontre.

Interview réalisée par Rachel DABIRE


 

«Certaines personnes s’attendaient à des mutations plus rapidement», selon Rémis Fulgance Dandjinou, ministre de la communication et des Relations avec le parlement, porte-parole du gouvernement

En mi-octobre, L’Economiste du Faso a demandé l’avis du ministre de la Communication et des Relations avec le parlement, porte-parole du gouvernement, Rémis Fulgance Dandjinou, sur le Faso pessimisme qui se développe.
Voici sa réponse: «Vous exprimez quelque chose de vrais. Mais pour moi, il y a différences raisons qui expliquent cet état des faits. Ceux qui le disent sont des citadins et certaines personnes s’attendaient à des mutations plus rapidement. J’écoutais le témoignage d’un camerounais sur RFI sur la gratuité de soins pour les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes. Depuis le début de la grossesse de sa femme jusqu’à l’accouchement, il n’a pas payé 5 FCFA. Il ne comprenait pas pourquoi au Cameroun on ne peut pas appliquer une telle mesure. Mais nous, Burkinabè, dénigrons cette mesure. Il y a forcément des limites, c’est vrai. Mais pour autant, c’est l’un des plus grands succès de ce gouvernement qui nous coûte près d’une trentaine de milliards par an. Tous les pays d’Afrique nous envient pour cette gratuité. Mais, lorsque certaines personnes parlent, on a l’impression que c’est un échec. Il faut qu’on accepte de regarder les choses en face. Il y a aussi des limites dans la communication gouvernementale, mais il y a aussi que les gens veulent avoir les choses plus rapidement. Certaines routes se détériorent parce que des entreprises ont mal fait le travail. Mais on a des zones, notamment dans la Boucle du Mouhoun, où il n’y avait jamais eu de routes bitumées. Ce n’est pas parce qu’il y a eu des problèmes sur une route que l’on doit généraliser.
Ce qui me plait, lorsque vous sortez hors de Ouagagougou, les populations ont l’impression que les choses ont changé. Elles ont de l’eau, des écoles et des centres de santé. ce n’est déjà pas mal. Pour les citadins, c’est difficile parce qu’il y a la question de l’argent qui ne circule pas de la même façon qu’avant. Nous améliorer notre communication, mais on ne pourra pas empêcher l’adversité politique, mais on pourra valoriser les réalisations qui sont actuellement mises en œuvre».

E K

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Numéro d'édition: 274

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