Convention collective des boulangers: les salaires augmenteront de 50%

Le secteur de la boulangerie fait parler de lui ces temps-ci, avec la signature de sa convention collective, mais aussi avec le réajustement du prix du pain. L’Economiste du Faso rencontré le président de l’Union des fondateurs de boulangeries au Faso, Rimon Hajjar, afin de mieux comprendre tous ces évènements.

L’Economiste du Faso: Quelles sont les raisons de la signature d’une convention collective dans le secteur de la boulangerie ?
Rimon Hajjar: Depuis un moment, le secteur de la boulangerie était secoué par de multiples grèves. Au-delà, c’était tout le tissu social qui était en ébullition. Dans notre secteur, nous avons décidé depuis 2011 de négocier une convention collective pour réglementer le secteur, car à ce niveau il y avait un certain vide. Nous avons dû travailler avec des textes épars pendant longtemps, mais avec cette convention, cela va réglementer l’ensemble du secteur. Plusieurs négociations ont eu lieu avant d’aboutir finalement à un projet de convention signé le 10 février 2017 en présence du ministre en charge du travail. Cette convention représentera pour les employeurs une augmentation d’environ 50% de la masse salariale. Les salaires de base augmenteront de 25%. En plus de ces salaires de base, il y aura d’autres primes et indemnités qui seront soit créées, soit améliorées. Au niveau des avancements, il y a aussi une amélioration dans le temps de passage des changements d’échelon et de catégories. Nous sommes allés à cette convention car, dans ce contexte de vie chère, il fallait accéder à la  requête légitime des travailleurs qui souhaitaient de meilleures conditions de vie et de travail.
C’est une convention collective de l’ensemble des boulangers et pâtissiers du pays qui sont regroupés dans les deux associations patronales que sont l’Union des fondateurs de boulangeries du Faso et la Fédération nationale des patrons de boulangeries, pâtisseries et confiseries du Faso. Mais ces deux associations représentent environ 80% de la production nationale. Une convention comme celle-là peut faire l’objet d’une extension une fois signée par le ministre en charge du travail et c’est ailleurs ce qui a été demandé, afin qu’elle s’étende à tous les acteurs du secteur de la boulangerie, y compris ceux qui n’ont pas été partie prenante de la signature de la convention.

Comment allez-vous financer les nouveaux salaires des travailleurs ?
Avant la signature de cette convention, les boulangers étaient déjà confrontés à des difficultés financières liées à la hausse continue des prix des matières premières et des équipements ou, d’une manière générale, des facteurs de production. Les salaires, le coup de l’électricité, les assurances, les hydrocarbures et l’eau. Ils demandaient depuis plus de 10 ans au gouvernement une solution à ces différents problèmes, soit en autorisant la hausse du prix du pain ou en trouvant d’autres solutions comme la baisse des impôts.
Maintenant que la convention est signée, il est clair qu’il faudra trouver de l’argent pour son financement. Comment financer ? Cette réponse sera trouvée à travers les démarches que nous entreprenons avec le gouvernement.

Dites-nous les difficultés auxquelles est confronté le secteur de la boulangerie ?
Les difficultés du secteur sont nombreuses. Nous n’avons pas de cadre spécifique pour le secteur. Il n’est pas réglementer. Certaines personnes viennent dans le métier sans pour autant avoir une connaissance du métier et des techniques de la boulangerie. Ces personnes se trouvent à un moment donné confrontées aux réalités du secteur et accusent les concurrents d’en être à la base.
Il n’y a pas de spécifications qui réglementent la création de boulangeries, tel que le respect des distances afin de permettre à chacun d’avoir sa clientèle. Il y a également la concurrence déloyale, car certains ne connaissent pas le coup réel du pain. Les non-boulangers qui ne connaissent pas la gestion arrivent parfois à faire des ristournes complètement inappropriées. Ainsi, il suffit que la farine subisse un coût supérieur à l’achat et ces boulangers se trouvent malgré eux à ne pas pouvoir honorer leurs ristournes. Nous nous devons de régler ces différents problèmes.

Aujourd’hui, quelles sont les perspectives du secteur ?
Le Burkina Faso n’est pas un très gros consommateur de farine. A titre de comparaison, la farine consommée au Burkina pendant un an est de l’ordre de 100.000 tonnes. Cette même quantité est consommée à Paris en une semaine. Toutefois, c’est un produit de première et de grande nécessité. Et aller dans la perspective en disant que le Burkina Faso à 18 millions d’habitants qui sont tous des potentiels consommateurs de pain est un espoir. En prévision à cela, il faut avoir un secteur qui soit bien régi et géré non seulement par les boulangers dans un cadre clair, mais aussi par le gouvernement et les départements ministériels qui semblent à ce jour se désintéresser des problèmes du secteur qui est pourtant un grand pourvoyeur d’emplois. Il est le secteur qui emploie le plus après l’Etat en termes d’emplois directs. Il est donc temps que tout le monde s’intéresse à ce secteur, mais de manière intelligente. En ce qui concerne la matière première, malheureusement nous ne pouvons pas la produire ici. Il y a quelques années nous avions tenté l’expérience de la culture du blé au Burkina Faso avec le ministère de l’agriculture. Ce projet a fonctionné très moyennement, et après il est tombé dans l’oubli car le rendement n’était pas bon. Cependant, ce sont des choses qui peuvent être réactivées. Tout dépend de la volonté politique, car il faut des semences adaptées au climat du pays et des professionnels qui s’occupent de la production du blé. Il faut savoir que nous ne sommes pas un pays climatiquement adapté à la culture du blé. Mais il existe parfois des semences qui peuvent s’adapter au pays. Pour le moment, ce n’est pas le cas.
L’autre volet qui freine l’expansion des boulangeries est lié aux équipements qu’il faut payer très cher et auxquels il faut ajouter les taxes de la douane. Nous avions demandé à l’époque à l’Etat que les équipements de boulangerie soient inscrits sans la douane. Aujourd’hui, la boulangerie a été retirée du code des investissements. Ce sont des choses qui doivent se faire en collaboration avec l’Etat, car c’est lui qui doit nous aider à réaliser ces choses.

Certaines céréales produites au Burkina ne pourraient-elles pas rentrer dans la fabrication du pain ?
Nous utilisons la farine de maïs pour améliorer la qualité gustative de nos produits. Nous avons reçu dans le cadre de nos recherches une céréale légumineuse appelée le mongbine. Nous sommes en train de faire des tests pour l’incorporer dans les gâteaux et dans le pain. Et si c’est concluant, cela viendra en soutien important au paysan de notre pays afin qu’ils développent cette culture.
C’est une céréale légumineuse importante à deux niveaux. d’abord pour son goût, puis sa lutte contre le diabète et l’hypertension artérielle. Nous sommes à une phase embryonnaire de tests pour le moment. Nous allons procéder à des tests approfondis et nous verrons ce que montre les résultats. Toutefois, un problème demeure. Supposons que nous arrivions à intégrer cette céréale à nos pains et gâteaux, les paysans pourront-ils assurer sa culture en quantité suffisante? Si, par exemple, nous mettons dans la production du pain 5% de cette céréale, il faudra environ 10.000 tonnes de mongbine chaque année pour la production nationale.
Comment allons-nous avoir ces 10.000 tonnes? Les paysans du Burkina Faso sont-ils capables de produire ces 10.000 tonnes ?
Là est la question. Supposons que nous arrivions à augmenter la quantité d’utilisation ce cette céréale jusqu’à 20% et que la croissance de la consommation va crescendo et que nous arrivons à une consommation nationale de 300.000 tonnes de farine par an comme c’est le cas au Mali, comment allons-nous assurer cette production afin que nous puissions en profiter ? Si c’est le cas, cela participera au développement de l’agriculture au Burkina, mais il faut pour cela un accompagnement du gouvernement pour booster les produits locaux. Nous à notre niveau, nous pouvons faire des recherches pour incorporer les produits locaux, mais comment se fera la suite ? Il faut une bonne volonté du gouvernement afin que nous puissions nous en sortir tous.

Germaine BIRBA


Une nouvelle convention

Le 10 février dernier, le secteur de la boulangerie a signé une convention collective permettant une augmentation de la masse salariale des boulangers. Cette convention négociée depuis 2011 a enfin vu le jour et permettra ainsi de réduire les nombreuses grèves dans le secteur de la boulangerie.
Toutefois, le problème demeure, car les patrons de boulangeries devront trouver de l’argent pour le financement de cette nouvelle grille salariale. Des négociations sont en cours avec le gouvernement afin de trouver des solutions pour que son application soit effective.


Nouveaux prix du pain: «Il ne s’agit pas d’une augmentation»

Depuis le 1er mars, le prix du pain est passé à 150 F CFA. La miche de 180 g fait ainsi place à une plus consistante de 200g. Le 27 février, l’Union des fondateurs de boulangeries et la Fédération des patrons de boulangeries, pâtisseries et confiserie ont décidé de la mise en application du décret signé par le ministère du Commerce en 2012 portant sur l’harmonisation du prix du pain.
Ce décret stipulait la suppression du pain de 130 FCFA au profit de celui de 150 FCFA. Selon les explications du patronat, cette décision qui n’est pas nouvelle a mis du temps à être validée, car beaucoup de boulangeries n’étaient pas prêtes.
Aujourd’hui, d’un commun accord, toutes les boulangeries liées à ces deux associations ont décidé de la mise en œuvre du décret. Il n’y a donc pas augmentation comme le dirait certains, nous rassure Mariam Ouédraogo, la conseillère de la Fédération: «les nouveaux prix du pain ne sont pas une augmentation. Nous avons juste mis en application un décret signé par le ministère du commerce depuis 2012».
Les nouveaux formats se présentent ainsi: la miche de 200g à 150 F CFA dans les grandes villes comme Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. Dans les autres villes du pays la miche pèsera moins (190g pour le même prix de 150 FCFA). Cette décision, selon Mariam Ouédraogo, permettra aux boulangers d’améliorer la qualité du pain et de donner aux consommateurs un pain plus consistant. Toutefois, une probable augmentation du prix à nouveau du pain n’est pas à exclure. En effet, depuis plusieurs années, les patrons de boulangeries sont en négociation avec le gouvernement afin d’obtenir une augmentation du prix du pain.
Selon eux, le secteur connait de nombreuses difficultés qui, à la longue, auront raison du métier. Mariam Ouédraogo explique que tous les produits entrant dans la fabrication du pain sont importés. Selon elle, le pain est certes une denrée très consommée, mais il est un produit de luxe car l’Etat n’apporte pas d’exonération sur la farine, la levure et bien d’autres composantes du pain. Seule l’eau est locale.
Avec la signature de la convention collective le 10 février dernier qui augmente la masse salariale des employés des boulangeries à près de 50%, les boulangeries sont donc confrontées à un autre souci: générer les ressources nécessaires pour respecter les termes de la convention. Une éventuelle augmentation du prix du pain n’est donc pas à exclure dans l’avenir. Et à Mariam Ouédraogo de s’en justifier: «la boulangerie ne nourrit pas son homme. Dans le long terme, il va falloir que le gouvernement prenne ses responsabilités en augmentant le prix du pain ou en trouvant d’autres solutions afin que nous puissions nous en sortir».
GB

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Numéro d'édition: 196

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