Accès à l’eau potable : Plus de 80% de Burkinabè en 2018. En 2018, ils sont 83,9% de Burkinabè à avoir accès à l’eau potable, soit une hausse de 5,5% par rapport à l’année 2015 (ENESI 2015). (DR)

Emploi, éducation, eau et assainissement…

• Des indicateurs satisfaisants

• Mais de nombreux efforts demeurent en matière d’emploi

• Selon une enquête de l’INSD (2015-2018)

En 2020, les Burkinabè repartiront dans les urnes pour élire leur président et les députés. Mais ces hommes et femmes qui seront désignés pour gérer la destinée de la nation devront s’attendre à répondre aux attentes fortes de la population en matière d’emploi, d’éducation, de santé, d’accès à l’eau potable et d’assainissement… Des efforts, certes, ont été faits dans ce sens, mais beaucoup de défis restent à faire, si on en croit aux dernières statistiques de l’Enquête régionale intégrée sur l’emploi et le secteur informel (ERI-ESI) menée par l’Institut national des statistiques et de la démographie (INSD). A l’instar du Burkina Faso, les 7 autres pays membres de l’UEMOA se sont prêtés à cet exercice. Cela a été rendu possible grâce à l’appui financier de l’UEMOA, a travers le Programme statistique régional (PSR 2015-2020) et à l’appui technique d’AFRISTAT. Depuis novembre 2019, ces données chiffrées qui doivent servir d’aide de décision aux décideurs burkinabè sont disponibles. Nous vous proposons une radioscopie de ces statistiques selon les secteurs prioritaires de développement.

Accès à l’eau potable : Plus de 80% de Burkinabè en 2018
En 2018, ils sont 83,9% de Burkinabè à avoir accès à l’eau potable, soit une hausse de 5,5% par rapport à l’année 2015 (ENESI 2015). Preuve tangible des efforts consentis par le gouvernement et ses partenaires techniques et financiers à rendre « l’or bleue » accessible à un grand nombre de ménages. Ces données chiffrées sont livrées par les dernières statistiques de l’Enquête régionale intégrée sur l’emploi et le secteur informel (ERI-ESI) menée par l’Institut national des statistiques et de la démographie (INSD) sur la période 2015-2018. Selon les résultats de l’enquête, la région du Centre est la plus pourvue en eau potable, avec un taux de (99%). Celle de la Boucle du Mouhoun, comme en 2015, reste la moins pourvue en eau potable. En effet, dans cette région, la proportion des ménages s’approvisionnant en eau potable est passée de 36,6% en 2015 à 60,1% en 2018. L’autre constat est qu’au Burkina Faso, le milieu urbain demeure le mieux approvisionné en eau potable (96,6%), soit une amélioration de 1,9% par rapport à 2015. Quant au milieu rural, on note une amélioration de 7,9%. L’enquête note que toutes les régions affichent des niveaux d’approvisionnement en eau potable au-dessus du niveau national, à l’exception des régions de la Boucle du Mouhoun (60,1%), du Nord (67,6%), du Centre-Ouest (77,2%) et des Hauts-Bassins (78,4%).

Assainissement : Pas reluisant avec 35,4% à l’échelle nationale
Si des efforts sont consentis dans l’accès à l’eau potable, il ressort de la même enquête que la question d’assainissement reste encore préoccupante. Et pour cause, le taux d’assainissement est estimé à 35,4% à l’échelle nationale. Autrement dit, 1/3 de la population a accès aux latrines améliorées. La région du Centre détient toujours la palme d’or avec un taux de 72,9%, suivie des Hauts-Bassins (52,8%), et des Cascades (39,0%).

Accès à l’électricité : 43,2% des ménages en bénéficient
En analysant la proportion des ménages ayant accès à l’électricité, il ressort qu’au Burkina Faso, 43,2% des ménages ont accès à l’électricité. La bonne nouvelle livrée par le document est que certaines régions sont au-delà du taux national. Il s’agit principalement de la région du Centre (76,2%), la région des Hauts-Bassins (67,6%) et la région des Cascades (65,3%). La région du Centre-Nord est la région où les ménages ont moins accès à l’électricité (23,2%). Le taux d’accès à l’électricité est plus élevé en milieu urbain où il atteint 74,7% qu’en milieu rural (32,2%). En d’autres termes, ¾ des ménages ont accès à l’électricité en milieu urbain, contre 1/3 en milieu rural.

Niveau d’instruction : La région de l’Est accuse un grand retard (73,5%)
Les résultats font ressortir quelques disparités entre les hommes et les femmes, quel que soit le niveau d’instruction. L’analyse selon la région montre que la région du Centre (31,3%), suivie de loin par les régions du Centre-Ouest (58,0%) et des Hauts-Bassins (58,5%) ont les plus faibles proportions d’individus sans niveau d’instruction. A l’opposée, la région de l’Est a la proportion de personnes non instruites la plus forte (73,5%). En milieu rural, deux tiers (67,3%) de la population est non instruite contre un tiers (31,3%) à Ouagadougou et 41,9% dans les autres milieux urbains.

Taux net de scolarisation : En 2018, 40,2% des enfants de 6 à 11 ans sont hors du système scolaire
Le taux net de scolarisation (TNS) en 2018 au primaire est de 59,8% et de 33,1% au secondaire. Pour le TNS au primaire et au secondaire, la région du Centre occupe la première place avec respectivemen, 88,1% et 54,4%. Le TNS au primaire est en nette progression de 2% par rapport à 2015, où l’ENESI donnait 57,7%. Même si on note une amélioration par rapport à 2015, il faut souligner que 40,2% des enfants de 6 à 11 ans sont hors du système scolaire. La région de l’Est a le plus faible TNS au primaire,

Taux net de scolarisation : En 2018, 40,2% des enfants de 6 à 11 ans sont hors du système scolaire. (DR)

avec 42,6%. On constate donc que le taux au primaire dans cette région est deux fois moins élevé, comparativement à celui du Centre. Le TNS au secondaire traduit le fait que 2/3 des individus ayant l’âge d’être au secondaire (12 -18 ans) n’y sont pas. La région de l’Est qui était en dernière position dans le TNS du primaire, arrive en avant dernière position. Cette situation peut laisser penser à une plus forte déperdition scolaire dans la région du Centre-Nord par rapport à celle de l’Est. L’enquête nationale sur le secteur de l’orpaillage réalisée en 2017 place la région du Centre-Nord comme ayant le plus de sites d’orpaillage ; ce qui peut justifier la déperdition scolaire dans cette région.
Sous-emploi : Les plus instruits peinent à trouver du travail
Au Burkina Faso, le taux du sous-emploi est estimé à 19,2% en 2018. Il est très élevé chez les personnes de niveau d’éducation supérieur à (36,5%) et les personnes vivant à Ouagadougou et décroît avec l’âge. Par ailleurs, le taux combiné du chômage et de la main d’œuvre potentielle est de (29,0%) et les jeunes de 15-24 ans (39,5%). Deux jeunes sur 5 âgés de 15-24 sont, soit dans la population de la main d’œuvre potentielle, soit au chômage. Le taux de sous-utilisation de la main d’œuvre est estimé à 35,6% en 2018. Il présente des disparités selon le sexe et le groupe d’âge. Il est de 41,9% chez les femmes et 47,6% chez les jeunes de 15-24 ans. Il est également élevé chez les personnes de niveau secondaire (36,5%) et supérieur (39,5%). Lorsqu’on considère la population au chômage, la répartition selon le groupe d’âge montre que 31% de la population au chômage se trouve dans la tranche 25-34 et 29% dans la tranche 35-64 ans. La répartition de la population féminine au chômage pour le groupe d’âge 15-24 ans et 25-34 ans est plus élevée que celle de la population masculine. En effet, dans la population féminine, la répartition des chômeurs montre que respectivement, 36% et 42% se trouvent dans les tranches d’âge 15-24 ans et 25-34. Ces proportions sont respectivement de 27% et 38% dans les tranches 15-24 ans et 25-34 ans dans la population masculine.

Emploi vulnérable : Les femmes les plus touchées
Au niveau national, ce taux est estimé à 72,5%. Selon le genre, l’emploi vulnérable touche plus les femmes que les hommes. En effet, 84,0% de femmes occupent un emploi vulnérable contre 63,0% chez les hommes. Il varie en fonction du niveau d’instruction des employés. L’emploi vulnérable concerne 8,3% des employés ayant un niveau supérieur, 39,3% des employés de niveau secondaire, 67,6% des employés de niveau primaire. Il est encore plus élevé chez les employés qui n’ont aucun niveau d’instruction (84,6%). D’après l’enquête, cela se justifie, dans la mesure où cette catégorie d’employés travaille en grande partie dans les unités de production. Ces employés sont souvent sans niveau ou d’un niveau d’instruction faible, tout au plus le niveau primaire. L’emploi vulnérable affecte plus les employés de la tranche d’âge de 65 ans et plus. Il concerne 90,6% des employés de 65 ans et plus, 76,6% des employés de 34 à 64 ans, 68,8% des employés de 24 à 35 ans et 64% de ceux de la tranche d’âge de 15 à 24 ans. Le taux d’emploi précaire est estimé à 33,2% au niveau national. Il décroît avec l’âge. En effet, l’emploi précaire touche plus les jeunes de 15-24 ans (59,5%). Il concerne 35,5% des employés de 25-34 ans, 23,3% des actifs occupés de 35-64 ans et 21,6% de ceux ayant plus de 65 ans. Concernant le niveau d’instruction, les actifs occupés de niveau primaire occupant un emploi précaire représentent 39,8%. En revanche, il est plus faible pour les actifs occupés de niveau supérieur, soit 19,3% de la population active occupée de niveau supérieur. Selon le genre, 35,4% d’hommes et 30,5% de femmes ont un emploi précaire.

Taux de salarisation : Les salaires varient en fonction du niveau d’instruction
Le taux de salarisation est défini comme le nombre d’emplois salariés sur le nombre total d’emplois. Les statistiques de l’enquête révèlent qu’au niveau national, ce taux est estimé à 25,1% et celui dans le secteur non agricole est estimé à 32,5%. Il ressort de l’analyse du taux de salarisation dans le secteur non agricole selon le sexe que les femmes occupent moins d’emplois salariés que les hommes. En effet, 18,2% de femmes ont un emploi salarié dans le secteur non agricole, contre 45,9% d’hommes. Le taux de salarisation augmente avec le niveau d’instruction. 93,4% d’actifs occupés de niveau supérieur dans le secteur non agricole ont un emploi salarié. En revanche, il est faible chez les actifs occupés qui sont sans niveau d’instruction (18,0%). Les emplois salariés du secteur non agricole ne concernent que 7,9% des actifs occupés de plus de 65 ans.

Etudes et salaire : Les cadres gagnent le plus
L’étude souligne qu’au Burkina Faso, les cadres supérieurs sont les agents qui réalisent un nombre d’années d’études plus élevé que les autres. Il ressort que ceux-ci enregistrent 17,2 ans comme durée d’études. Ils sont suivis des cadres moyens ou agents de maîtrise (13,4 ans), des employés ou ouvriers qualifiés (8,1 ans). L’analyse du revenu mensuel selon la catégorie socioprofessionnelle révèle également les mêmes tendances. Ce sont les cadres supérieurs qui ont le revenu mensuel le plus élevé avec 253 990 FCFA. Ils sont suivis des cadres moyens ou agents de maîtrise (177 076 FCFA), des employés ou ouvriers qualifiés (122 401 FCFA).

Ambèternifa Crépin SOMDA



Pauvreté : Elle a encore de beaux jours

Le constat sur le terrain fait par les enquêteurs dans le volet pauvreté est qu’elle a encore de beaux jours. Il ressort du rapport de synthèse que les régions de la Boucle du Mouhoun (20,9%), du Sud-Ouest (21,1%) et du Nord (25,2%) ont une proportion élevée de personnes les plus pauvres. La ville de Ouagadougou fait partie des villes où la pauvreté est prégnante. Elle se retrouve avec 8,7% des individus parmi les plus pauvres. Au-delà de Ouagadougou, toute la région du Centre a une frange de sa population qui baigne dans la pauvreté, à en croire les enquêteurs.


Migration: la principale raison demeure la recherche d’emploi

Les Burkinabè, à l’instar des autres nations africaines, ne sont pas épargnés par le phénomène migratoire. Les plus migrants sont issus de la région du Centre (25,6%), suivie des Hauts-Bassins (12,8%) et des Cascades (10,7%). A l’inverse, le phénomène est très faible dans la région du Centre-Nord (1,9%). La proportion de la population ayant migré est plus importante en milieu urbain (22,4%) qu’en milieu rural (4,0%). On note aussi une mobilité interne plus importante chez les hommes (6,4%) que chez les femmes (5,6%). Mais pourquoi les Burkinabè migrent ? Les enquêteurs ont déniché trois raisons essentielles. La première est le travail ou la recherche d’emploi (87,4%), suivie du regroupement familial (6,6%), des études (3,3%) et l’affectation de travail (1,8%).


Emploi: le talon d’Achille du gouvernement

A l’analyse des résultats, l’employabilité des jeunes demeure le talon d’Achille du gouvernement burkinabè. Le taux de chômage est plus élevé chez les jeunes de 15-24 ans et décroît selon le groupe d’âge. Les personnes au niveau d’éducation supérieur sont plus exposées au chômage (12,4%) ainsi que les personnes du milieu urbain (7,4%). Dans la capitale, ce taux est encore plus élevé et atteint 9,5%.


Education: 64,0% des femmes n’ont aucun niveau d’éducation en 2018

L’enquête révèle que plus de la moitié de la population burkinabè n’a aucun niveau d’instruction. En effet, 59,6% n’ont pas été à l’école ou n’ont pas atteint le niveau primaire. Ceux qui ont quitté l’école avec un niveau primaire représentent 26,9% et ceux qui ont atteint le niveau secondaire 12,0%. Concernant le supérieur, ce taux est relativement bas et se situe à seulement 1,5%. Par ailleurs, on note des disparités selon le genre. Malgré les diverses politiques de promotion de la scolarisation des filles, on constate, en 2018, que 64,0% des femmes n’ont aucun niveau d’éducation. Ce taux est supérieur à la proportion des hommes de 9%.

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Numéro d'édition: 320

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