Source: balance des paiements 2015, BCEAO On remarque dans ce schéma une aggravation de déficites des comptes de la balance des paiements, en l’occurrence dans les services et revenus primaires. Une tendance aux conséquences néfastes sur la viabilité des transactions du Burkina avec le reste du monde.

Investissements étrangers : Les risques potentiels

• Facteurs de développement

• Mais de gros risques d’évasion fiscale

• Le transfert de technologies pas toujours garanti

 

La contribution des Investissements directs étrangers (IDE) au développement d’un pays est ambiguë dans la littérature économique. En effet, les IDE sont un puissant facteur créateur d’emplois, de promotion des exportations et de transferts de technologies. Mais, ils peuvent être la source d’importantes sorties de ressources du pays, accentuant les déficits de la balance des paiements, notamment lorsque des dispositions ne sont pas prises pour les encadrer et limiter les risques potentiels y relatifs.
L’IDE est une catégorie d’investissement transnational dans laquelle un investisseur résident d’une économie effectue un investissement qui lui confère le contrôle ou une influence importante sur la gestion d’une entreprise résidente d’une autre économie. Le critère généralement retenu est une participation conférant 10% ou davantage des droits de vote dans l’entreprise d’investissement direct. Les IDE prennent plusieurs formes: participations (création d’entreprise ou achat d’actions), réinvestissements de bénéfices ou dettes entre structures apparentées. Le Burkina Faso a œuvré ces deux dernières décennies à l’amélioration de son environnement des affaires, afin d’attirer les investisseurs étrangers dans divers secteurs, notamment celui minier. Aussi, le Plan national de développement économique et social (PNDES), nouveau référentiel de développement, réaffirme le rôle majeur des investisseurs étrangers dans la transformation de l’économie nationale.
Cependant, les relations du Burkina Faso avec l’extérieur sont caractérisées ces dernières années par une aggravation des déficits des comptes de la balance des paiements, surtout pour ce qui est des services et du revenu primaire (rémunération des salariés et des investissements étrangers). Cela s’explique notamment par les niveaux de plus en plus élevés des prestations de services des partenaires étrangers, des rémunérations de salariés non-résidents et des paiements de dividendes aux investisseurs étrangers (NDLR voir illustration). Une telle tendance déficitaire n’est pas sans conséquence sur la viabilité des transactions du Burkina Faso avec le reste du monde. Lorsque les sorties sont plus importantes que les entrées sur un long terme, il va de soi que la soutenabilité et la compétitivité de l’économie ne soient pas assurées.
Les IDE peuvent ainsi fragiliser une économie naissante. Le contrôle de l’industrie nationale par des étrangers handicape la souveraineté de l’Etat. Une part importante des IDE dans le total des apports de capitaux entrants est synonyme d’un niveau de risque-pays élevé et de faiblesse de cette économie. Certains pays tels que l’Ethiopie et la Côte d’Ivoire sont cités comme exemple en matière de gestion des IDE. En effet, l’Ethiopie a interdit aux investisseurs étrangers, des secteurs tels que la grande distribution, afin de laisser émerger les opérateurs nationaux dans ces domaines.
En Côte d’Ivoire, une politique favorisant l’association entre investisseurs nationaux et investisseurs étrangers a été mise en place. La transformation structurelle de l’économie burkinabè voulue par le PNDES passe impérativement par un encadrement des IDE. Il est clair que les investissements étrangers jouent un rôle capital dans les économies en développement comme le Burkina Faso, mais des mesures doivent être prises pour accroître les avantages à tirer de ces entrées de capitaux. Il s’agit principalement :de mettre en place une politique nationale destinée à favoriser l’association entre investisseurs nationaux et investisseurs étrangers ; d’amener les investisseurs étrangers à privilégier le recours aux travailleurs qualifiés, aux fournisseurs et aux sous-traitants locaux; de réorienter l’enseignement et la formation vers la satisfaction des besoins du marché de l’emploi et de renforcer les capacités en la matière, des structures de collecte des recettes de l’Etat et des organes de contrôle financier. Au lendemain du succès de la conférence des partenaires du Burkina Faso pour le financement du PNDES, les autorités nationales devraient veiller à renforcer les politiques nationales visant la réduction du déficit des opérations courantes, en diversifiant la base des produits exportables, en assurant un réel transfert des technologies et en œuvrant à la maîtrise des sorties illicites et abusives de ressources.

KNM


 

Les insuffisances des IDE

Les IDE ont certes l’avantage de fournir du travail à la main-d’œuvre locale, contribuant ainsi à réduire le chômage de la jeunesse. Cependant, une promotion des IDE sans encadrement et libre de restrictions regorge de plusieurs insuffisances :
• les sociétés nationales détenues majoritairement par un capital étranger s’inscrivent généralement dans une optique d’optimisation fiscale avec des montages financiers complexes mal maîtrisés par les organes nationaux de contrôle. En effet, ces structures travaillent à dégager le minimum possible de résultat afin de payer moins d’impôts à la fin de chaque exercice comptable. Des «dividendes déguisés» sont siphonnés par le biais des prestations de services par la maison-mère ou des sociétés apparentées, des règlements de solutions informatiques ou de droits de propriété intellectuelle et des paiements de charges liées à la dette extérieure (avec souvent des taux d’intérêt nettement au-dessus de ceux pratiqués sur les marchés internationaux)
• du fait de la faible participation domestique au capital des entreprises d’investissement direct étranger (quand elle n’est pas nulle), le transfert de technologie, impératif au processus d’émergence économique, est inexistant. Toutes les décisions sont prises par l’extérieur et l’expertise est fournie par des partenaires étrangers. Cette situation se traduit également par une sortie massive des revenus de l’entreprise sous la forme d’achats de services ou de dividendes et seulement la portion congrue de ces ressources reste dans le pays. De ce fait, l’émergence de nouveaux opérateurs nationaux, surtout dans le secteur industriel, n’est pas au rendez-vous
• la main-d’œuvre locale employée par les entreprises d’investissement direct étranger est couramment peu qualifiée et faiblement rémunérée, les postes de haut niveau de qualification ou de management étant généralement attribués à des expatriés. Ce personnel non national rapatrie l’essentiel de son revenu. Cela s’explique soit par la stratégie de l’entreprise visant à donner la priorité à la main-d’œuvre qualifiée du pays d’origine, soit par l’inadéquation de la main-d’œuvre locale aux besoins de ces sociétés.

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Numéro d'édition: 190

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