L’école pour tous, prônée par l’Etat, est loin d’être une réalité à cause des frais de scolarité de plus en plus cher pour les parents d’élèves. (Ph.: Ivan Sama)

Scolarisation : l’école de plus en plus inaccessible

• Places très limitées dans le public

• Flambée de frais de scolarité dans le privé

• Des familles dans l’angoisse

 

La rentrée scolaire est là, avec son corollaire de soucis pour les parents d’élèves, comme chaque année : l’augmentation des frais de scolarité. Inscrire son enfant à l’école est un vrai casse-tête chinois. Ce n’est pas fortuit si certaines banques de la place mettent à la disposition des parents d’élèves des prêts scolaires pour pouvoir passer ce cap. De plus en plus, l’école coûte cher au Burkina Faso, du moins, l’école privée. Les parents d’élèves sont nombreux à se poser la question de savoir si l’école reste toujours accessible aux pauvres. Les places dans les lycées publics ne s’obtiennent que très difficilement et, face à cette réalité, des parents sont obligés de recourir aux établissements privés. Et le constat est que les frais de scolarité vont en s’augmentant, tandis que les revenus des parents demeurent stables. Le fait que les établissements privés poussent comme des champignons témoigne de la forte demande.
Si les critères de fixation des prix de la scolarité ne sont pas toujours bien connus des parents, tous sont unanimes quant au laxisme de l’Etat face à la situation. Ces dernières années, le gouvernement a mis l’accent sur la scolarisation des enfants. Toutefois, la construction des infrastructures scolaires ne suit pas encore le rythme de croissance des nouveaux élèves. Conséquence, les écoles publiques sont saturées. Près d’une centaine d’élèves parfois entassés dans les classes du primaire et plus d’une cinquante dans les collèges et lycées. Il est même difficile d’inscrire tous les enfants. Cette situation oblige de nombreux parents à inscrire leurs enfants dans les écoles privées pour espérer les voir à l’école ou tout simplement leur donner un meilleur cadre pour leur éducation. Cependant, le rêve de voir son enfant dans des conditions meilleures se heurte aux coûts de la scolarité qui, déjà dès la maternelle, sont assez onéreux. Dans les écoles privées, la scolarité à la maternelle varie entre 95.000 Fcfa et 350.000 FCFA contre 45.000 FCFA dans les maternelles publiques. En ce qui concerne le primaire, les prix fluctuent entre 50.000 FCFA à près d’un million de FCFA dans les écoles privées, contre 3.000 FCFA dans les écoles publiques. Au collège et au lycée, de 80.000 FCFA à plus de deux millions de FCFA parfois dans le privé et 10.000 à 15.000 FCFA au public.
A l’université, c’est toujours la même galère. Le prix de la scolarité varie entre 600.000 FCFA et de 3 millions parfois dans le privé contre 15 mille francs dans le public.
Malgré ces écarts importants, de nombreux parents font le choix de l’école privée car, selon eux, il y a moins de troubles contrairement à l’école publique qui, chaque année, fait face à de nombreuses difficultés. « Pour être sûr que ton enfant aura une année scolaire sans encombre, il faut faire le choix de l’inscrire à l’école privée. Au moins là-bas, il y a une certaine rigueur, contrairement à l’école publique où on a l’impression que l’Etat a démissionné», déclare un parent d’élèves. Toutefois, certains parents souffrent de la situation et ne s’en cachent pas. « Comment arriver à donner une éducation à tes enfants si tu en as 3 ou 4, à l’allure où vont les choses ? Nous n’allons tout de même pas prendre toutes nos économies pour scolariser les enfants. Et comment allons-nous les nourrir et les habiller ? Il faut que quelque chose soit fait, sinon beaucoup d’enfants n’iront pas à l’école par manque de moyens. Et c’est déjà le cas dans de nombreuses familles », s’alarme Seydou Dramé un parent d’élèves. Le coût de l’enseignement est un facteur amplificateur des inégalités sociales. Pour y remédier, certains proposent à l’Etat d’augmenter sa subvention des frais de scolarité, aussi bien dans le privé que dans le public. D’autres préconisent une politique visant à règlementer les prix dans les différents établissements ou encore de revoir le système éducatif du pays en construisant davantage d’écoles afin de faire de l’éducation pour tous une réalité au Burkina Faso.

Germaine Birba


Un problème mondial

Le coût de la scolarité est un problème dans de nombreux pays. Récemment, les étudiants en Afrique du Sud protestaient contre l’augmentation des frais de scolarité à plus de 10% à la rentrée scolaire 2016. Le même problème se pose en Europe et partout dans le monde. L’école devient de plus en plus un luxe. Certains parents font l’effort de les payer, mais ne sont pas pour autant rassurés quant à la qualité de l’enseignement. Malgré les difficultés à avoir de la place dans les écoles publiques et les conditions difficiles, certains parents d’élèves ne perdent pas foi quant aux méthodes de l’école publique. Selon eux, elles restent plus crédibles que les écoles privées qui sont plus dans le business.

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Numéro d'édition: 174

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