Pour Abou Ouattara de l’Action sociale, il faut plutôt favoriser le type de travail qui permette à l’enfant d’avoir une bonne sociabilité. (DR)

Jobs de vacances : Respecter les dispositions en matière de travail des enfants

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Depuis le 15 juillet 2015, les classes sont officiellement fermées au Burkina. Ce sont les vacances scolaires. La conjoncture économique et les besoins de plus en plus croissants et onéreux amènent les élèves burkinabè à se trouver un job durant les vacances.

C’est ainsi qu’il n’est plus rare de rencontrer des élèves, les filles en particulier, officiant comme serveuses dans les maquis, bars et dancings; des garçons se faire engager comme apprentis maçon, menuisier ou employé commercial dans les grands commerces, dans les agences de téléphonie mobile, etc. Si pour la plupart il s’agit de profiter des vacances pour se faire un peu de sous, d’autres par contre trouvent à travers ces jobs un passe-temps, un moyen pour éviter l’oisiveté.
Cathérine Kambiré, rencontrée dans un bar de la ville de Banfora, dit être élève en classe de 4e au Lycée provincial de Diébougou, au Sud-Ouest du pays.
C’est la deuxième année consécutive qu’elle se rend à Banfora pour le même job de vacances : serveuse dans un bar. «Je suis presque obligée de faire ce travail car ma scolarité l’année prochaine en dépend. Mon papa est très âgé. Il n’est plus productif. Mais comme je tiens à poursuivre ma scolarité, je me sens obligée de faire ce travail», confie-t-elle. Et loin du regard de la clientèle et de son «patron», Catherine avoue percevoir 15.000 F CFA par mois.
Au bout des trois mois de vacances, elle assure qu’elle obtiendra de quoi payer sa scolarité à la rentrée prochaine. «C’est ma manière de venir en aide à mon papa», a-t-elle soutenu.
Tout comme elle, Nouhoun Drabo, vendeur d’articles divers dont des torches, des porte-clés, du lotus et des porte-monnaie se dit élève en classe de 4e au Lycée municipal de Banfora. Toutefois, lui a plus de chance, car il ne s’occupe pas lui-même de sa scolarité. «Je tiens ce petit commerce pour assurer mon argent de poche à la rentrée prochaine», dit-il. Et de préciser que par jour, il gagne régulièrement 3.000 F CFA qu’il garde soigneusement auprès de sa maman.
De son côté, Aïcha Héma Ouattara est recrutée comme agent commercial à l’agence Telmob de Banfora. Son chef hiérarchique immédiat rassure qu’ils sont plus d’une dizaine comme elle à travailler dans la distribution des produits de Telmob. Pour Aïcha, c’est l’oisiveté qui l’a poussée à chercher ce boulot de vacances. « Rester à la maison est ennuyeux pour moi. Ce sont mes premiers jours de boulot et je ne me suis pas encore intéressée à ce qu’on me donnera comme paie. Dans tous les cas, nous avons un compte ici que j’entends utiliser pour gérer ma paie».
Pour Abou Ouattara, administrateur des services sociaux en poste à la Direction régionale de l’action sociale des Cascades, il y a deux types de travail des enfants: «Le travail socialisant qui s’entend par tout ce qu’on apprend à l’enfant pour lui permettre d’avoir une bonne sociabilité. C’est un travail qui concourt à l’éducation de l’enfant comme lorsqu’un père forgeron met son enfant au niveau des soufflets. C’est pour non seulement l’aider (lui le père), mais aussi et surtout pour apprendre à son fils le métier du fer qu’il pourra exercer plus tard. Si l’enfant n’apprend pas à cet âge, je ne sais pas à quel âge il le fera».
Selon ces dires, c’est dans le même souci de lui assurer une bonne sociabilité que la fillette apprend à faire la vaisselle, la lessive, car cela la prépare à son rôle de future mère. Mais à côté du travail sociabilisant, il y a le travail avilissant qui regroupe toutes les activités qui dégradent l’enfant. Il s’agit de travaux dangereux pour l’enfant.
C’est ainsi, dira Abou Ouattara, que les bars, dancings, les galeries des sites d’orpaillage ne sont vraiment pas la place des enfants. Ils peuvent y être soumis à des travaux qui dépassent leurs capacités ou être tentés de prendre des amphétamines. Dans les bars et sites aurifères, les fillettes peuvent être utilisées dans la prostitution.
Toujours selon lui, il y a plusieurs cas qui le confirment. Lorsque l’enfant s’habitue aux petits sous (argent) et à la vie de bar ou celle de site aurifère, il n’a plus envie de retourner à l’école. Pour ce faire, Abou Ouattara préconise: «De mon point de vue, les élèves peuvent mettre les vacances à profit pour exercer un job mais ils doivent, eux, leurs parents et ceux qui les emploient, se référer à tout ce qui est dit plus haut. Car, le plus souvent, les parents ont des revenus modestes et ont besoin que les enfants les aident. Mais il faut savoir faire la part des choses».

Sy Amir LOOKMAN


 

 

Bon à savoir L’âge minimum d’accès au travail est de 16 ans

Au titre de la convention de l’Oit, selon l’article 152, l’âge minimum d’accès à tout type d’emploi est de 16 ans conformément à la loi d’orientation de l’éducation nationale. Sauf en cas de dérogation, l’enfant doit rester à l’école jusqu’à l’âge de 16 ans.
Travaux dangereux
Sont réputés travaux dangereux et interdits aux enfants de l’un ou l’autre sexe, tout travail qui par sa nature ou les conditions dans lesquelles il s’exerce est de nature à nuire à la santé, à la sécurité ou à la moralité de l’enfant. Sont de ces travaux ceux qui exposent l’enfant et comportant des sévices physiques, psychologiques ou sexuels ou qui s’effectuent sous l’eau, sous terre, à des hauteurs dangereux et dans des espaces confinés; les travaux qui s’effectuent avec des machines ou outils dangereux, qui impliquent de manipuler ou transporter de lourdes charges.
Durée du travail
Il est interdit d’employer les enfants de l’un ou de l’autre sexe à un travail effectif de plus de 8 heures par jour. Cette durée journalière de travail doit être entrecoupée par plusieurs repos dont la durée total ne peut être inférieure à 2 heures.

 

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Numéro d'édition: 120

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