L’inventeur, Markus Weindartner de Niederglatt, à côté de Zurich, en Suisse, avec son système de fourniture d’électricité solaire. (Ph.: Urs Jaudas, Tages-Anzeiger)

Un jardin producteur d’électricité – Impact Journalim Day –

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Les panneaux solaires de toiture appartiendront bientôt au passé, pronostique Markus Weingartner. Ce Géo Trouvetou à temps partiel s’est donc lancé dans la fabrication de meubles solaires.

La table de jardin de cette famille de Niederglatt, non loin de Zurich, ressemble à première vue à n’importe quelle table de jardin : design épuré, acier chromé finition matte. La seule différence est qu’un des pieds cache un câble qui court sur le sol jusqu’à une prise électrique. Le plateau de la table est noir et se révèle être en verre, recouvrant un ensemble de panneaux solaires. «Je vous présente ma table solaire – un meuble producteur d’énergie», s’exclame Markus Weingartner, ingénieur, père de deux enfants, inventeur et créateur de mobilier à ses heures. La «table solaire» produit 280 kilowatts-heure par an, ce qui est assez pour couvrir 30 % de la consommation énergétique d’une personne ou permettre à un vélo électrique de parcourir 70 kilomètres par jour.
Longtemps, les autorités suisses ont vu le concept de Markus Weingartner d’un mauvais œil. Contrairement aux panneaux solaires de toiture, l’électricité produite par la table alimentait en effet le réseau privé via une prise de courant. Celle ne doit donc pas être vendue au réseau public puis rachetée, et peut être utilisée instantanément. «La plupart des gens ne savent même pas que c’est possible aujourd’hui», relève Markus Weingartner. Bien qu’elle ne se soit pas laissé convaincre facilement («Ça a été un bras de fer», reconnaît Markus), l’Inspection fédérale des installations à courant fort (ESTI) a fini par donner son feu vert, faisant ainsi de la Suisse le deuxième pays au monde – après les Pays-Bas – à autoriser ce type d’installation.

Une expérience dans les chemins de fer en Afrique du Sud
Longtemps, Markus Weingartner a nourri une passion pour les trains. Après des études d’électrotechnique, il entre chez ABB, le groupe énergétique helvético-suédois, où il commence par mettre au point des logiciels pour les chemins de fer. Il part en Afrique du Sud, où il travaille plusieurs années, aidant le pays à développer son réseau ferroviaire. A son retour en Suisse, en 2005, Markus Weingartner change d’orientation professionnelle et se forme au photovoltaïque («Je m’y intéressais depuis mes 18 ans», explique Markus, qui a aujourd’hui 49 ans). Il monte sa propre affaire d’installation de panneaux solaires, qui emploie cinq personnes. Il appelle cela son «boulot de routine». Une routine avec laquelle il rompt en 2013 en concevant sa table solaire, anticipant un changement à venir : «Dans dix ans, on ne verra plus beaucoup de panneaux solaires sur les petits toits.» Même si la technologie solaire est de moins en moins chère, analyse-t-il, les coûts d’installation restent élevés, tandis que les tarifs de rachat [de l’électricité] sont appelés à baisser. Pour les particuliers, l’installation de panneaux solaires en toiture sera de moins en moins rentable. «La tendance est aux installations de grande envergure et aux parcs solaires, qui ont un meilleur rapport coût-efficacité.»
Markus Weingartner, qui fabrique également des panneaux photovoltaïques pour pots de fleurs et tables basses, estime qu’il existe un créneau commercial pour son mobilier photovoltaïque : «Les personnes sensibles à l’écologie peuvent faire quelque chose pour l’environnement sans avoir besoin d’un permis de construire ou de mettre 30 000 francs (29 000 euros) dans une installation solaire.» La table, vendue 3 400 CHF (3 300 euros), répondrait-elle à une ‘mission’ qu’il s’est fixée ? «Possible», répond Markus, qui préfère néanmoins replacer les choses dans un contexte plus large, affirmant par exemple que «le soleil est une source d’énergie démocratique» ou encore que «le réseau électrique est l’’Internet de l’énergie’ [réseau de microacteurs qui vendent et achètent de l’électricité grâce aux technologies de l’information] d’aujourd’hui». N’importe qui peut alimenter le réseau et racheter l’électricité qui s’y trouve, l’électricité devenu un «marché libre». Si les producteurs d’énergie ont accaparé le marché avec leurs centrales électriques, le photovoltaïque offre aujourd’hui la possibilité à beaucoup de gens de devenir à leur tour des fournisseurs d’énergie. En résumé : pour Markus Weingartner, la table solaire est la première étape vers l’»autonomie énergétique» de sa petite famille.C’est en tout cas l’idée, ou son idéal. La réalité est que la table solaire peine à trouver preneur. Il en a vendu une trentaine jusqu’à présent, alors qu’il doit en écouler au moins 300 pour couvrir ses frais – plusieurs centaines de milliers de francs suisses. Ses meubles sont difficiles à trouver sur le Web, sans parler des réseaux sociaux. «Il reste des progrès à faire», concède-t-il. Aucune grande chaîne d’ameublement, comme IKEA [ou les chaînes helvétiques] Interio ou Micasa, n’ont ajouté son invention à leur catalogue. Markus sait pourquoi : «Les marges sont trop faibles.» Interrogé par le Tages-Anzeiger, le service consommateurs de Micasa répond : «Nous sommes à l’écoute des suggestions de notre clientèle et nous les examinons en fonction de l’offre et de la demande.»Restent les salons de l’ameublement et du jardinage. Week-end après week-end, Markus promène ses meubles solaires sur les routes de Suisse. Et les résultats ne sont guère encourageants : «Les gens s’arrêtent, regardent, disent : ‘ouah, c’est une idée géniale’, et poursuivent leur chemin.» Surestimerait-on l’envie des particuliers d’investir dans les énergies renouvelables ? A moins qu’il n’y ait chez eux une part d’hypocrisie ? Markus le formule autrement : «C’est ce que font les gens qui comptent, pas ce qu’ils disent.»
L’Inde, le marché rêvé
Florian Stahl est professeur de marketing à l’université de Mannheim, en Allemagne, et connaît les tenants et les aboutissants du lancement d’un produit innovant. «Il faut du temps pour commercialiser de nouvelles idées et des inventions», explique-t-il, parce que les gens sont attachés à leurs traditions et qu’il est difficile de leur vendre le changement. «Ce qui est important, c’est de communiquer.» Si les petites entreprises sont à la peine, poursuit-il, c’est parce qu’elles n’ont pas les ressources nécessaires pour lancer de grandes campagnes publicitaires.
Une option serait de faire du guerrilla marketing sur les réseaux sociaux ou d’essayer d’améliorer la distribution du produit – soit en optant pour la distribution directe au vendeur final («Ce qui serait plutôt difficile dans le cas présent», observe Florian Stahl), soit en optant pour des licences de production («Ce serait sans doute la meilleure solution ici.»). Markus Weingartner penche pour la licence, se considérant lui-même davantage comme un inventeur que comme un fabricant de meubles. «A l’avenir, nous proposerons aussi un table solaire à monter soi-même.»
L’inventeur a également un idéal à plus long terme : dans dix ans, il veut partir sillonner l’Inde et voir un peu partout des meubles raccordés à des prises de courant : «Ce jour-là, ce sera gagné !».o

Par Christian Zürcher, Tages-Anzeiger

Pour en savoir plus
Site web: http://energiemoebel.ch/

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Numéro d'édition: 115

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