En image, le camp de Goudébou, administré par le Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations-Unies (HCR). Goudébou, aux portes du Sahel, est fait de tentes en bâches et de bâtiments en dur, qui parsèment une vaste étendue désertique sur laquelle 10.000 Maliens – sur les 23.300 qui ont trouvé refuge au Burkina Faso – se sentent désormais en sécurité, à 150 kilomètres de la frontière de leur pays. (Ph: La Croix)

Région du Sahel: un refuge pour 23.000 Maliens

• Malgré les défis sécuritaires et développementaux

• Un flux additionnel de 2.700 demandeurs d’asile

• Un total de 24.091 réfugiés recensés en février 2018

Considérée comme une «zone à risque» par les observateurs européens, la région du Sahel ; au nord du Burkina; continue d’être un refuge pour les Maliens qui ont fui la guerre et la persécution dans leur pays. Selon les statistiques du HCR, le Burkina Faso accueille 24.091 réfugiés de diverses nationalités sur son territoire (statistiques du 28 février 2018), dont 23.000 Maliens dans la région du Sahel. Quel est l’état des lieux de l’espace d’asile dans le pays ? Et quelles sont les solutions déployées par le HCR pour promouvoir la cohabitation pacifique entre les réfugiés et les populations environnantes ? A l’occasion de la mise en œuvre du nouveau plan stratégique du HCR, L’Economiste du Faso a approché l’organisation pour en savoir davantage.

L’Economiste du Faso : Quel est l’état des lieux de l’espace d’asile au Burkina ?
Gogo Hukportie, représentante-résidente du Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR) au Burkina Faso: Le gouvernement du Burkina Faso se montre généreux et engagé dans l’accueil des réfugiés sur territoire burkinabè. Le pays des Hommes intègres a historiquement accueilli des dizaines de milliers de réfugiés, avant même la crise malienne de 2012. Malgré la situation prolongée d’asile des réfugiés dans le Nord et la situation sécuritaire difficile, le pays continue à leur garantir la protection internationale et à collaborer avec le HCR dans la mise en œuvre de solutions durables en leur faveur, dans un environnement sécurisé.

Gogo Hukportie, représentante-résidente du HCR au Burkina Faso. (DR)

Le gouvernement du Burkina Faso, à travers la Commission nationale pour les réfugiés (CONAREF) établie en 1988 et sous la tutelle du ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et des Burkinabè de l’extérieur, assure le suivi de l’encadrement juridique, appuyé de l’accompagnement sécuritaire, et la prise en charge des réfugiés maliens. A ce titre, la CONAREF est l’administrateur de l’ensemble des camps et zones d’accueil des réfugiés. La CONAREF travaille en étroite collaboration avec le HCR, d’autres agences des Nations-Unies et des organisations sur le terrain pour fournir une assistance vitale et protéger les droits fondamentaux d’individus qui ont cherché l’asile sur le territoire burkinabè. Le Burkina Faso a une architecture juridique et administrative bien établie et favorisant la protection des réfugiés et des demandeurs d’asile se trouvant sur son territoire. Il a adhéré à l’ensemble des conventions internationales et régionales relatives aux réfugiés. Une législation nationale sur les réfugiés a été adoptée depuis 2008. Cette loi N°042-2008/AN du 23 octobre 2008 portant statut des réfugiés maliens au Burkina Faso et son décret d’application N°2011-118/PRES/PM/MAECR du 10 mars 2011 ont permis au ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale d’établir une note verbale autorisant l’acquisition du statut de réfugié malien sur la base du prima facie.

De combien de réfugiés vous occupez-vous ?
Aujourd’hui, le Burkina Faso accueille 24.091 réfugiés de diverses nationalités sur son territoire (statistiques du 28 février 2018). Malgré les nombreux défis sécuritaires et développementaux auxquels elle fait face, la région du Sahel continue à être un refuge pour quelques 23.000 Maliens qui ont fui la guerre et la persécution dans leur pays depuis 2012. Ces réfugiés maliens sont principalement installés dans les camps consolidés, les villages et villes avoisinantes dans la région.

Est-ce que vous êtes consultés lors de rapatriements de réfugiés ?
Le HCR n’est pas toujours consulté quand il s’agit d’un retour spontané.
Le HCR fournit des informations aux réfugiés sur les conditions dans les zones d’origine/zones de retour.

Comment se font les rapatriements des réfugiés ?
Le HCR fournit un formulaire de rapatriement volontaire afin de faciliter la liberté des réfugiés de rentrer volontairement. L’UNHCR fournit un montant pour le transport. Cette assistance au transport constitue un moyen de protection afin d’éviter d’éventuels risques de protection auxquels les réfugiés pourraient être exposés. Lorsque le réfugié signe le Formulaire de rapatriement volontaire (FRV) et il perçoit son cash grant, il est clôturé dans la base de données. L’UNHCR au Burkina Faso partage avec l’UNHCR au Mali la liste électronique des réfugiés ayant bénéficié de cette solution, ainsi que les informations sur les itinéraires, les points de passage et les destinations, pour leur permettre d’en faire le suivi nécessaire auprès des autorités et des partenaires concernés. L’utilisation du Système de gestion de l’identité biométrique (BIMS) a pour but, entre autres, de faciliter la gestion des mouvements dans le pays d’asile (Burkina Faso), face à une population particulièrement nomade.

Depuis quelque temps, on constate des tensions entre réfugiés et communautés hôtes, spécifiquement au nord du Burkina. Votre nouveau plan stratégique inclut-il cette nouvelle donne ? Que prévoyez-vous pour promouvoir la cohabitation pacifique entre les deux camps ?
Depuis le début de l’opération au Burkina Faso, nous attachons beaucoup d’importance à la coexistence pacifique entre les réfugiés et les populations hôtes.
De nombreuses activités impliquant réfugiés et populations d’accueil ont été mises en œuvre par le HCR et ses partenaires. Les camps de réfugiés au Burkina Faso sont des espaces ouverts aux populations des villages et villes environnants. La population locale bénéficie de l’assistance et des projets de résilience mis en œuvre pour les réfugiés, comme la fréquentation des centres de santé et des écoles des camps, l’utilisation des forages à l’intérieur des camps, la création de 12 mini-laiteries qui sont opérationnelles, les scarifications des terres pour la production du fourrage pour bétail, l’électrification des camps et des villages autour des camps, etc. Par conséquent, la présence des agences des Nations-Unies et d’ONG a eu un impact positif sur le développement local. Les projets de résilience ont contribué à un renforcement des conditions économiques et sociales dans ces zones qui accueillent les réfugiés. De plus, les camps deviennent ainsi un pôle intéressant pour la population hôte.

Ne craignez-vous pas une arrivée de nouveaux réfugiés maliens, avec les attaques terroristes répétitives ?
En effet, depuis la détérioration de la situation sécuritaire au centre du Mali, nous assistons à un flux additionnel d’environ 2.700 nouveaux demandeurs d’asile dans la région du Nord. Il faut noter que tous les nouveaux arrivants n’ont pas pu être recensés, car certains se sont installés à la périphérie des villages et ne se sont pas présentés aux conseillers municipaux et aux conseillers villageois de développement pour leur recensement.

Propos recueillis par NK


Le Burkina est un pays d’accueil et de transit pour les migrants. Quel est le rôle du HCR Burkina auprès de ces migrants et dans la gestion du flux migratoire?

«Le HCR n’a pas un rôle vis-à-vis des migrants, mais s’occupe des réfugiés et des apatrides dans les flux migratoires mixtes. La migration irrégulière contemporaine est principalement mixte, c’est-à-dire qu’elle se compose de flux de personnes qui migrent pour différentes raisons, mais partagent les mêmes trajectoires, moyens de transport et embarcations. Ces flux mixtes peuvent inclure des réfugiés, des demandeurs d’asile et d’autres personnes présentant des besoins particuliers ; telles que des victimes de la traite des êtres humains, des apatrides et des enfants non accompagnés ou séparés de leurs familles, ainsi que d’autres migrants en situation irrégulière. La migration mixte n’est pas un nouveau phénomène. Toutefois, elle a évolué tant sur le plan de l’ampleur que de la complexité. Le HCR a constaté que 24% de Ouest-africains qui font partie des flux migratoires mixtes reçoivent un statut de réfugié, une protection subsidiaire ou un statut humanitaire une fois arrivés en Europe. Peu de gens qui fuient la guerre et la persécution sont informés que l’asile est possible dès qu’ils ont croisé une frontière internationale et que le Burkina peut aussi bien être un pays d’accueil. Notre priorité sera de leur fournir cette information», Gogo Hukportie, représentante-résidente du Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR) au Burkina Faso.


Plan stratégique à l’horizon 2019-2020

Le 27 mars 2018, le HCR Burkina a organisé un atelier pour discuter du plan stratégique de à l’horizon 2019-2020 pour l’ensemble des populations qui relèvent de son mandat.
En rappel, ces populations sont : les réfugiés, les demandeurs d’asile, les personnes ayant besoin de protection parmi les migrants et les apatrides ou personnes à risque d›apatridie.
Ce plan est axé, entre autres, sur :
– La préservation de l’espace d’asile
– L’autonomisation des réfugiés à travers des formations et des projets innovants et pérennes, et la responsabilisation des réfugiés
– Le plaidoyer pour la prise en compte des réfugiés dans les plans nationaux et locaux de développement
– La promotion continue de la cohabitation pacifique entre réfugiés et communautés hôtes à travers des projets impliquant davantage les deux communautés, l’ouverture des camps aux communautés hôtes pour favoriser le partage et renforcer la coexistence
– Renforcer la collaboration avec l’État burkinabè et les autres partenaires dans la gestion et la protection des réfugiés dans les flux migratoires mixtes
-Réaliser un état des lieux et une situation de l’apatridie au Burkina Faso
-Accompagner le gouvernement du Burkina dans le déroulement du plan d’actions national de lutte contre le phénomène dans le pays.

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Numéro d'édition: 248

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