Brafaso: Une affaire prometteuse

• Annoncée comme un maillon fort de l’économie

• Sa production destinée à un marché très ouvert

• Une aubaine pour les consommateurs

Selon le Coordonateur de la relance de Brafaso, l’Etat s’est engagé dans le sauvetage de l’usine pour trois raisons. «D’abord, sa politique de promouvoir le secteur privé, ensuite la sauvegarde des emplois et enfin sur demande expresse du promoteur. Toute autre raison, à notre sens, n’est que spéculation», assure Adama Zerbo. Le Coordonateur ajoute, cependant, que désormais l’Etat ne devrait plus se limiter aux critères sociaux. Les facteurs de rentabilité financière des entreprises doivent être également mis dans la balance. Visiblement, on en a tenu compte dans le cas de Brafaso.

«En termes d’emplois, l’ouverture de Brafaso permettra de récupérer la cinquantaine d’emplois générés par la section boissons gazeuses et eau et qui avaient été déflatés. Pour ce qui est de la section bière, l’unité pourra employer autour de 400 à 600 personnes, toute catégorie confondue en termes d’emplois directs», confie Adama Zerbo.
Dans le cadre du redémarrage de Brafaso, la production va tabler sur des produits très précis. «Pour la section limonaderie, il est envisagé la production de boissons gazeuses non alcoolisées, conditionnées en bouteilles Pet (polyéthylène) de 50 cl et sous divers saveur : mandarine, cola, tonic, cocktail et des boissons à base de produits locaux tels le bissap et le gingembre conditionnées en sachet. Pour la section brasserie, il sera produit deux types de bières : la bière standard et la bière de luxe, conditionnées en bouteilles de verre de 66 et 33 cl», selon le Coordonateur de la relance.
Par ailleurs, «dans ses perspectives d’évolution, l’entreprise envisage également le développement d’autres produits tels que l’eau minérale, les glaces alimentaires, etc.», ajoute-t-il.
Question cruciale cependant: qu’en est-il du potentiel du marché que compte exploiter Brafaso ? Le Coordonateur pour la relance de l’usine est confiant dans sa réponse. «En l’absence d’historique de production, il est impossible de donner une description de la segmentation du marché. Toutefois, l’analyse du marché potentiel, tel qu’elle résulte des données prospectives élaborées par Brafaso, est caractérisée par la dominance de la part domestique, avec une prépondérance du marché urbain. Plus de 60 à 70% du marché domestique. Nonobstant cette prépondérance du marché urbain, Brafaso envisage également de faire du marché rural et extérieur une part significative de son marché global. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a un marché intérieur non saturé», répond Adama Zerbo.
Sylvanus Traoré, Directeur du Bureau de restructuration et de mise à niveau (Brmn) qui a coordonné les réflexions techniques sur le dossier Brafaso, affiche le même optimisme. «L’optique, c’est de dire que nous avons un marché sur lequel il y a encore des marges de progression pour la bière et les sucreries. Le marché n’est pas saturé. Aujourd’hui, les gens sont demandeurs de nouveautés, de qualité. Tant qu’on va dans ce sens, il y a un marché. Il faut savoir où on se positionne», explique-t-il.
Il fait savoir en plus que ce qui est produit actuellement au Burkina ne suffit pas à couvrir des marchés potentiels au niveau des provinces. Des ruptures de stocks sont souvent constatées dans les caves. «D’ailleurs, le Burkina est pratiquement le seul pays, parmi ceux qui consomment la bière, où on a qu’une seule brasserie. La Côte d’Ivoire en a 2. Le Ghana en a au moins 3. Le Bénin 2. Dans les pays d’Afrique centrale, il y a souvent une dizaine de brasseries», fait remarquer Sylvanus Traoré.
On estime que les Burkinabè consomment 3 à 4 litres d’alcool en moyenne, par personne et par an. Dans les autres pays où la consommation de la bière est une tradition, cette quantité individuelle est au double. D’après le Directeur du Brmn, on est dans l’ordre de 7 à 8 litres/personne/an au Togo, au Ghana, en Côte d’Ivoire, au Bénin, dans les 2 Congo, au Cameroun, en Afrique du Sud.
Le point de vue de l’expert du dossier Brafaso est que l’arrivée d’une nouvelle brasserie pourrait être profitable aux consommateurs. «Ça va jouer sur les prix. En Côte d’Ivoire, le prix de la bière a baissé depuis qu’ils ont deux brasseries. Dans le domaine des sucreries, l’arrivée des produits Dafani a aussi fait baisser les prix des jus de fruits importés», relève-t-il.


 

Suppléer à l’importation grandissante des boissons

C’est l’expert en charge du dossier Brafaso qui le dit : le marché des boissons est ouvert en ce qui concerne la diversité. Il en veut pour preuve l’importation grandissante des bières en cannettes sur le marché burkinabè. En effet, on retrouve de plus en plus des bières originaires des pays voisins (Ghana, Togo, Côte d’Ivoire), mais aussi celles provenant d’origines plus lointaines. Les Burkinabè consomment des bières russes, belges, allemandes, indiennes, hollandaises et autres. Si certaines ont des garanties, on sait très peu de choses sur la qualité des autres. C’est le même constat avec les boissons sucrées importées, qui sont en train d’envahir le pays. Une grande quantité de boissons sucrées en Pet (polyéthylène), d’origine malienne, se retrouve au Burkina. Le Directeur du Brmn estime que 80% des boissons sucrées consommées dans la partie ouest du Burkina proviennent de La Nouvelle brasserie du Mali. L’importation se développe parce qu’il y a un vide. Ce créneau peut être exploité par la nouvelle Brafaso.

Karim GADIAGA

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Numéro d'édition: 96

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