Probable hausse du prix du transport: le gouvernement ne veut pas en entendre parler

• Les transporteurs évoquent d’énormes charges

• 6.000 FCFA par tonne pour le fret et 1.000 FCFA pour le transport passagers

• La situation du pays n’est pas propice

La dernière chose que le gouvernement transitaire du Lieutenant-Colonel, Paul Henri Sandaogo Damiba, redoute, qu’un partenaire social leur tienne à la gorge avec une doléance du type « augmentation de… ». Et pour cause, le contexte que le Burkina Faso traverse depuis le 24 janvier 2022, avec cette instabilité politique, n’est pas propice à répondre favorablement à une quelconque requête. En plus, le pays des Hommes intègres est confronté, depuis 2015, à une situation sécuritaire et humanitaire sans précédent. Des milliers d’écoles fermées, près de 2 millions de déplacés internes, plus de 2.000 personnes tuées. Les impacts de la Covid-19 sur l’économie nationale, etc.
Face à tous ces enjeux nationaux, le gouvernement de transition souhaite ne pas ouvrir d’autres brèches, mais plutôt privilégier le dialogue avec les partenaires. C’est ainsi que le ministre en charge des transports, Mahamoudou Zampaligré, et les techniciens du ministère en charge du commerce ont rencontré, le 29 avril 2022 à Ouagadougou, les faîtières des transporteurs et chauffeurs. A l’ordre du jour, la hausse des prix des hydrocarbures dans les pays de la sous-région, impactant les coûts du transport.

Les pays de la sous-région influent sur le Burkina Faso
Les transporteurs burkinabè brûlent d’impatience pour augmenter les prix du fret et du transport passagers. Cette impatience dure depuis 2016. La cause, selon le président de la Faîtière unique des transporteurs (FUTRB), Issoufou Maiga, la hausse des prix des hydrocarbures dans les pays de la sous-région, impactant les coûts du transport. Dans un exposé sur les coûts appliqués sur les différents corridors des pays de la sous-région fait au gouvernement, il ressort que c’est seulement le Burkina Faso qui n’a pas connu d’augmentation sur les prix des hydrocarbures. Pour remédier à cette situation, les faîtières des transporteurs et chauffeurs avaient fait la proposition de faire une augmentation de 6.000 FCFA par tonne pour le fret et 1.000 FCFA pour le transport passagers. Sur cette requête de 2016, le gouvernement a rassuré qu’elle était toujours en cours d’examen et qu’une suite serait donnée très bientôt.

D’autres arguments avancés…
Issoufou Maiga, contacté par le Journal, précise que cette hausse souhaitée n’est pas une exigence mais que c’est au regard des réalités rencontrées sur le terrain. Il note que les charges sont énormes à supporter. Il évoque le fait que des pays voisins comme le Togo, le Bénin et le Ghana sont passés de 500 FCFA sur le gas-oil à respectivement à 600 FCFA, 840 FCFA et 668 FCFA. Conséquence, en plus des marchandises à transporter, le carburant leur revient cher dans ces pays. Or, une fois au Burkina Faso, le prix de vente des articles ne change pas.
Pire, dit-il, les transporteurs des hydrocarbures font des pertes de 200% sur le corridor Ouaga-Bobo-Yamoussoukro. Il justifie cela par le fait que le trajet Ouaga-Bobo n’est pas pris en charge, les camions partent vides à Bobo et reviennent vides à Ouaga. Seul le trajet Bobo-Yamoussoukro est payé.
Pour les 1.000 FCFA qu’ils souhaitent appliquer aux voyageurs, il trouve sa source dans le fait que la plupart des cars sont aux standards internationaux. Les cars sont climatisés, mais pas que cela, Issoufou Maiga mentionne les nombreux ralentisseurs sur les voies qui leur font perdre beaucoup de carburant (freinage oblige). Il a été soutenu dans sa plaidoirie par le président de l’Union des chauffeurs routiers du Burkina (UCRB), Brahima Rabo, qui est revenu sur la disparité des prix du fret à destination du Burkina Faso. Des arguments auxquels les gouvernements successifs ont toujours opposé un niet catégorique depuis 2016. C’est justement pour trouver un équilibre entre les dépenses et leurs marges bénéficiaires, que les transporteurs demandent une attention particulière au secteur du transport qui constitue l’un des 21 produits sous contrôle par l’Etat. Selon Issoufou Maiga, les transporteurs seuls ne peuvent pas fixer les prix de façon unilatérale. D’où le fait qu’ils disent privilégier le dialogue et la concertation avec le gouvernement. Les prochaines rencontres seront décisives entre les deux parties. o
Ambèternifa Crépin SOMDA

 

Encadré

Le gouvernement burkinabè laisse la porte ouverte au dialogue

Selon un compte rendu de la Direction de la communication du ministère en charge des transports en date du 29 avril 2022, il ressort que la fixation des prix du coût des transports respecte un certain nombre de procédures et de normes en lien avec la règlementation en vigueur tant au niveau national que dans l’espace UEMOA. Aussi, le ministre en charge des transports a répondu que la question des prix était du ressort du ministère en charge du commerce. 

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Numéro d'édition: 438

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