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Arrêt de la mine de SOMITA: les conséquences prévisibles

Dans une note d’information publiée le 9 avril 2022, le Directeur général de la Société des Mines de Taparko (SOMITA) a annoncé l’arrêt des activités de la Société. SOMITA est située dans la région du Centre-Nord, dans la province du Namentenga. Le site minier est basé sur la route Kaya-Dori.
Dans sa note, le Directeur général informe que « la situation sécuritaire au Burkina Faso se dégrade de jour en jour avec des conséquences négatives incalculables. Toute la zone autour de nos sites d’exploitation, y compris la route Dori-Ouaga sont actuellement sous menaces terroristes. Aussi, comme vous le savez, l’une des valeurs fondamentales de SOMITA est la sécurité des travailleurs ».
Cette situation rend difficile l’accès au site. La vie du personnel serait en danger et la Société se retrouve donc dans une situation d’impossibilité absolue à poursuivre ses activités. Au regard donc de ce qui précède, SOMITA avise de l’arrêt de ses activités d’exploitation minière « pour cas de force majeure et pour des raisons sécuritaires », en attendant de préciser les modalités pratiques de cet arrêt.

Que représente SOMITA dans le secteur minier national ?
SOMITA a signé une convention d’investissement avec le Burkina Faso le 15 décembre 1995. A cette période, la recherche gélogique a permis de mettre en exergue le riche potentiel minier du Burkina Faso. Plusieurs sociétés commençaient à s’interesser au pays. Pour encadrer l’activité et encourager l’investissement privé, une série de textes a été adoptée, dont le Code des investissements en 1993. A l’époque, SOMITA était une propriété de la société High River Gold. Le permis a été par la suite vendu à la Société russe, Nordgold. L’Etat burkinabè est actionnaire dans cette société à hauteur de 10%.
L’octroi du permis minier de SOMITA est intervenu le 4 août 2004 selon le Décret N°2004-329/PRES/PM/MCE/MEF/MEDEV/MECV du 04/08/2004. La date d’expiration doit intervenir le 4 août 2024. SOMITA ferme donc ses portes avant l’expiration de son permis. Au départ, la Société disposait d’une réserve de 35 tonnes d’or avec une durée de vie de 8 ans. La découverte d’autres minerais a permis de prolonger la durée de vie jusqu’à cette année. Le nombre d’emplois, la contribution de la Société en termes d’impôts et taxes dans le budget de l’Etat et la quantité d’or produit ont évolué en dent de scie, selon les données collectées auprès du ministère des Mines et de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE).
En 2020, par exemple, la Société a produit 2,92 tonnes d’or contre 4,37 en 2019. Sa production 2020 représente 4,65% des 62,76 tonnes produites en 2020.
La vente de la quantité de 2020 a rapporté 94,48 milliards FCFA à la Société, selon le ministère des Mines et des Carrières. Cette vente a permis de verser dans le Budget national, 4,256 milliards FCFA en termes d’impôts et de taxes. Les recettes versées par SOMITA en 2020 représentent 1,45 % des 291,51 milliards FCFA de la contribution du secteur extractif en 2020 dans le Budget national.
Toujours en 2020, SOMITA comptait 701 emplois directs, contre 711 en 2019 et 698 en 2018.
En 2020, l’effectif de SOMITA a représenté 6,42% des 10.924 directs du secteur minier du Burkina Faso. Sur les 701 employés de 2020, on compte 674 hommes contre seulement 27 femmes.
Cet arrêt est une grave menace non seulement pour ces emplois directs, mais aussi les emplois indirects créés par les nombreux fournisseurs de la mine. La Société qui assure le transport du personnel entre Ouagadougou et le site, les sociétés qui transportent les travailleurs entre les villages et les différents sites ressentiront le coup.

Des fins de contrats sont inévitables
Elle a également versé 4,781 milliards FCFA dans le Fonds de réhabilitation des sites miniers.
Selon la note du Directeur général, dans un contexte de sécurité généralisée, SOMITA a été contrainte naturellement d’investir plus dans les moyens pour assurer la sécurité des biens et des personnes. « Malgré ces investissements coûteux sur le plan sécuritaire, la Société n’est toujours pas à l’abri des menaces chaque jour grandissantes contre les installations et contre le personnel », note le Directeur général. C’est la raison pour laquelle, la décision a été prise d’arrêter les activités.
Le Directeur général invite le personnel et les partenaires à rester calmes et suivre le plan d’évacuation et les instructions de la Direction.
Si cette fermeture a un manque à gagner pour le budget de l’Etat, les budgets des collectivités impactées comme Yalgo et Bouroum ressentiront le coup. La Société finance des investissements des plans communaux de développement de ces Communes. C’est grâce à SOMITA que la Commune de Bouroum a pu se doter d’un commissariat de police.
L’impact négatif de cete fermeture est incalculable. La réponse du gouvernement à cette annonce est très attendue.
Elie KABORE

 

Encadré

Nordgold exploite également Bissa Gold

Nordgold a des mines et des projets de développement, ainsi que des projets d’investissement dans 6 pays : Burkina Faso, Guinée, Russie, Kazakhstan, Guyane française et Canada. Au Burkina Faso, outre SOMITA, Nordgold détient d’autres permis dont celui de Bissa Gold. Autour de Bissa Gold, se sont développés les projets Bouli et Samtenga.

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