La 9e édition du FILEP qui a refermé ses portes le 13 novembre 2021, a vu la participation de 200 personnes venues de 21 pays (Ph. Yvan SAMA)

Covid-19 Des opportunités à saisir par les médias

• Repenser le modèle économique des médias

• Profiter des avantages des réseaux sociaux

• La 9e édition du FILEP en discute

La 9e édition du FILEP qui a refermé ses portes le 13 novembre 2021, a vu la participation de 200 personnes venues de 21 pays (Ph. Yvan SAMA)

Depuis son apparition en mars 2020 en Afrique, la pandémie du Coronavirus ne cesse de faire de nombreuses victimes. Pire, elle a été à l’origine de la fermeture de nombreuses entreprises, y compris de presse. Conséquence de cette situation : le licenciement d’employés et la réduction des salaires. Mais comme dans toute crise, l’homme avec « H » a su puiser dans ses réserves d’intelligence et d’anticipation pour circonscrire le mal en innovant. Cette résilience collective du continent africain a été auscultée au détour de la thématique suivante : « L’Afrique post Covid-19 : quel bilan et comment transformer la crise en opportunité ». Le thème a été débattu à la faveur de la 9e édition du Festival international de la liberté d’expression et de la presse (FILEP). D’entrée, la journaliste de la République démocratique du Congo, Marianne Mujing Yav Muland, a souligné que la Covid-19 avait permis aux Africains d’affronter l’adversité à travers des opportunités.

Les Africains ont libéré leur génie créateur
Sur le plan des affaires, le génie créateur des Africains a permis la fabrication des cache-nez pour se protéger et la confection des lave-mains, du gel hydro-alcoolique, de l’alcool, du savon, etc. Des innovations qui ont rehaussé le niveau de vie des artisans. La fermeture des frontières a amené les gens à revoir leur mode de consommation. Elle cite l’exemple de Katanga où elle exerce, elle révèle que les habitants, ne pouvant plus se procurer les produits agricoles comme la farine de maïs made in Zambie ou Afrique du Sud, ont été obligés de fabriquer la farine made in Katanga. Autrefois ville minière, elle est devenue avec la Covid-19, une ville agricole. Sur le volet médias, Marianne Mujing Yav Muland souligne qu’il y a eu de profondes mutations. La pandémie a réorienté le traitement journalistique. Les médias ont délaissé les desks traditionnels au profit des desks « santé », « économie »… Aussi, le mode de travail a changé avec le développement du télétravail, le webinaire et l’utilisation des réseaux sociaux (Facebook, WhatsApp, Twitter…).

Aller vers une unité de la presse
Son confrère du Ghana, Saeed Muheeb, a abondé dans le même sens. Il a rappelé que la Covid-19 avait impacté les médias sur le plan de la publicité, des investissements et des salaires du personnel. Pire, dit-il, les pouvoirs « forts » ont profité introduire de nouvelles lois coercitives sur la presse. Les opportunités, selon lui, ont été la prolifération des médias en ligne avec leur captation de la publicité en ligne. Cette course vers les réseaux sociaux a même amené les médias traditionnels à s’y incruster. Saeed Muheeb a exhorté les médias à unir leurs forces pour conquérir plus d’espace médiatique.

Gouvernants, ouvrez les frontières
Le Docteur Moumini Niaoné, spécialiste en santé sociale, communautaire et comportementale, a indiqué que la Covid-19 n’était pas que médicale, en ce sens qu’elle a affecté de nombreux secteurs socioéconomiques. Sur ce, il a salué la résilience du peuple africain. Pour lui, la première opportunité à saisir est celle de corriger les insuffisances de l’offre sanitaire. Il a aussi cité des opportunités à renforcer la collaboration entre les chercheurs du Sud et du Nord mais plus entre Africains dans la mobilisation de financements. Saisir les avantages des nouvelles technologies. Impliquer plus les sciences sociales dans la gestion des crises. Dr Moumini Niaoné a insisté sur le fait que les journalistes devraient plus travailler sur le « factcheking ». Les panélistes ont demandé aux autorités des Etats africains d’ouvrir les frontières pour sauver les populations confrontées à une paupérisation sans précédente. « La Covid-19 est entrée sur le continent africain par air, alors, pourquoi fermer les voies terrestres ? », se sont-ils indignés. Pire, ils révèlent que la fermeture des frontières a augmenté les rackets par les forces de sécurité sur les différents corridors. La cérémonie d’ouverture a connu la présence du ministre de la Communication, Ousséni Tamboura, et du représentant du parrain, vice-président de l’Assemblée nationale, Dramane Nignan.
Ambèternifa Crépin SOMDA

 

Encadré

Le paludisme bénéficie moins de visibilité médiatique que la Covid-19, selon Abdou Latif Coulibaly.

«Face aux crises multidimensionnelles et les mutations technologiques, quels médias pour l’Afrique », communication inaugurale de la 9e édition du FILEP. Elle a été développée par un journaliste pionnier de l’investigation en Afrique, Abdou Latif Coulibaly, aujourd’hui ministre, Secrétaire général du gouvernement sénégalais. Pour lui, un bon journaliste doit être fiable, crédible et professionnel. Celui qui recoupe toujours ses informations avant de les publier. Il souligne que la pérennité de la presse africaine repose sur l’acceptation à coopter des capitaux étrangers. Il dit en vouloir pour preuve, la pandémie de la Covid-19 qui a montré la fragilité des médias africains avec ces licenciements ou fermeture de journaux. S’il est vrai que les journalistes ont contribué à l’enracinement de la démocratie en Afrique, il reste, selon le communicateur, que la presse s’éloigne des sujets qui intéressent les Africains. Le paludisme, le Sida, la pauvreté, le changement climatique… sont moins mis en avant dans le traitement journalistique que la Covid-19. Abdou Latif Coulibaly dit être convaincu que si le paludisme qui tue plus les Africains que la Covid-19 avait eu le même matraquage médiatique à ce jour, on aurait réduit le mal.o

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Numéro d'édition: 414

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