Sérgio Pimenta, vice-président régional de la SFI pour l’Afrique; (DR)

Société financière internationale: « Le Burkina est le pays du Sahel où la SFI a son plus grand portefeuille », dixit Sérgio Pimenta, vice-président régional de la SFI pour l’Afrique.

Le 17 septembre dernier, le vice-président régional de la Société financière internationale (SFI) pour l’Afrique, Sérgio Pimenta, a été reçu par le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré. Sa visite au pays était la dernière étape d’une tournée dans les pays du Sahel. Objectif de son séjour : dérouler le programme Sahel aux autorités du pays, rencontrer les banquiers, le secteur privé, et les autres partenaires de développement.
Dans cette interview accordée à L’Economiste du Faso, M. Pimenta revient sur les actions de son institution au Burkina Faso, le partenariat avec les banques nationales et les grands projets en cours dans le pays.

Sérgio Pimenta, vice-président régional de la SFI pour l’Afrique; (DR)

L’Economiste du Faso : Le Burkina Faso a été la dernière étape de votre tournée dans les pays du Sahel. Pouvez-vous nous expliquer un peu l’esprit de ces visites ? Et qu’est-ce que vous en attendez pour votre institution ?
Sérgio Pimenta (vice-président régional de la SFI pour l’Afrique) : Ma visite au Burkina Faso est effectivement la troisième étape de mon voyage au Sahel. J’ai été en Mauritanie, ensuite au Niger, et je termine ici au Burkina Faso. Et donc les trois visites s’inscrivent vraiment dans notre approche, ce que nous voulons faire au niveau de cette région du G5 Sahel. Cette visite, je voulais la faire plus tôt, mais à cause de la Covid-19, j’ai dû reporter malheureusement. Donc je suis content de pouvoir être là aujourd’hui. La SFI a une stratégie pour la région du Sahel qui s’inscrit dans la stratégie du Groupe de la Banque mondiale. Cette stratégie est le fruit d’une profonde réflexion. Nous avons observé qu’un certain nombre de problématiques que le Burkina Faso rencontre sont communes à celles rencontrées par les autres pays de la sous-région. Nous avons, en tant qu’institution, mis en œuvre un certain nombre d’initiatives qui se font au niveau régional et qui permettent d’accroître les moyens que nous avons à notre disposition.

Il est très important de bien expliquer comment nous pouvons soutenir les petites entreprises. (DR)

Quelles sont les priorités de ce programme pour les pays du Sahel ?
La chaîne de valeur agro-pastorale compte parmi les plus pourvoyeuses d’emplois dans la région. Notre ambition est de soutenir l’intégration des différentes activités qui la constitue afin d’accroître sa contribution dans l’économie mondiale.
La deuxième priorité est l’accès à l’énergie qui est une question importante, quand on regarde la taille géographique des pays du Sahel. Ce sont des pays immenses avec des populations qui sont sur des territoires très distants. Pour répondre à cela, nous travaillons sur un certain nombre d’initiatives innovantes utilisant de nouvelles technologies, et les énergies renouvelables. Nous avons tout un programme conjoint avec la Banque mondiale pour soutenir l’accès à l’énergie à des prix accessibles et pour le plus grand nombre.
Le troisième volet de cette stratégie sur le Sahel, c’est la question de l’inclusion financière et du soutien à la création d’emplois, notamment, à travers le soutien aux Petites et moyennes entreprises (PME), aux Petites et moyennes industries (PMI) qui sont comme on le sait, un des plus importants moteurs de la création d’emplois. Donc, nous regardons là aussi comment les nouvelles technologies de l’économie numérique peuvent soutenir l’accès des petites et moyennes entreprises, ainsi que des petites et moyennes industries à plus de marchés, à plus d’opportunités.
Et donc, nos activités dans chacun des pays du Sahel s’inscrivent dans cette logique régionale.

Vous avez parlé de petites et moyennes entreprises, comment touchez- vous ces cibles ?
Les institutions internationales comme la nôtre sont souvent perçues comme des organismes qui se focalisent sur des entreprises de grandes tailles et il est donc très important de bien expliquer comment nous pouvons soutenir les petites entreprises. Il y a plusieurs axes. Il y a ce que nous avons déjà fait, ce que nous voulons faire et ce vers quoi nous nous orientons pour augmenter notre soutien à ces PME.
Ce que nous avons déjà fait s’articule autour de plusieurs dimensions.
D’abord, nous avons déjà mis en œuvre plusieurs lignes de financement à travers des banques et d’autres institutions financières (exemple : institutions de microfinance). Les banques ont donc des portefeuilles avec de grands engagements envers les entreprises de petite taille et nous les encourageons à aller plus loin pour augmenter ce portefeuille non seulement en taille, mais aussi en nombre pour des entreprises plus petites. N’oublions pas qu’il y a une notion de risque qui est différente. Quand on finance une entreprise de petite taille, il y a un élément de risque qui doit être pris en considération et nous mettons en place des instruments qui encouragent les banques à prendre ce risque supplémentaire. C’est ce que nous appelons un partage de risque : nous prenons une part de risque des banques, ce qui nous permet, nous SFI, de soutenir à travers elles, les PME.
Le deuxième volet important qui accompagne ce premier volet, c’est ce que nous appelons l’assistance technique. Cela veut dire qu’en plus du financement que nous pouvons fournir, nous pouvons également offrir des services de conseil à la fois aux banques pour qu’elles comprennent mieux comment le monde de la PME fonctionne mais également aux PME pour qu’elles puissent avoir un meilleur accès aux banques et, plus généralement, développer leurs propres capacités opérationnelles.
Souvent, une petite entreprise n’a pas forcément encore rempli tous les critères pour être une cliente de banque. Donc, ce que nous pouvons faire, c’est de les aider à travers les forums d’assistance technique, à améliorer leur comptabilité, leur système de fonctionnement de sorte qu’elles puissent travailler avec les banques. C’est un volet très important, parce qu’en tant qu’institution financière, nous faisons des prêts, nous investissons mais nous offrons aussi beaucoup de services de conseil, car nous pensons que cela permet d’avoir beaucoup d’impacts. Il s’agit non seulement d’apporter des financements, mais aussi d’aider les entreprises à une utilisation optimale du financement.
Le troisième volet qui est très important, c’est le volet du climat d’investissement et là-dessus, nous avons des équipes qui travaillent avec les gouvernements pour les aider à améliorer le climat d’investissement, le climat des affaires. Quand on parle souvent du climat des affaires, cela a l’air d’être un terme un peu stratosphérique. Mais en réalité, c’est vraiment aider les petites entreprises. C’est-à-dire simplifier les procédures, rendre le climat des affaires plus transparent, plus facile à naviguer, afin qu’un entrepreneur burkinabè qui décide de monter son affaire puisse enregistrer son entreprise, l’ouvrir, obtenir les permis qui sont nécessaires, accéder aux financements bancaires et donc démarrer une nouvelle entreprise. C’est un aspect qui a beaucoup d’impacts sur l’économie et sur lequel nous travaillons.

«Notre Directeur général a annoncé au mois de mai, une initiative d’un milliard de dollars américains pour les PME, y compris les TPE en Afrique». (DR)

Prévoyez-vous d’autres initiatives ?
D’abord, nous voulons augmenter tout ce que nous faisons déjà, c’est-à-dire augmenter en taille, en impact, mais nous voulons également aller plus loin. Notre Directeur général a annoncé au mois de mai, une initiative d’un milliard de dollars américains pour les PME, y compris les TPE en Afrique. Nous sommes en train de démarrer cette initiative avec un second guichet pour aller plus loin, notamment, en utilisant des méthodes non traditionnelles et l’économie numérique. Aujourd’hui, comme vous le savez, beaucoup d’entreprises peuvent avoir accès à des financements, à travers un téléphone, et ce sont des pratiques qui ne sont pas forcément très déployées dans tous les pays africains.
Donc, nous voulons travailler avec les entreprises qui fournissent ces genres de financements pour les aider à aller plus loin. Ainsi, un entrepreneur dans un milieu rural, qui n’a pas les moyens d’aller jusqu’à un guichet de banque parce que c’est trop loin, pourra accéder plus facilement à des instruments de finance, d’assurance, notamment, qui peuvent l’aider à vraiment développer son affaire.
On a l’ambition de faire plus. Nous avons ici au Burkina Faso, travaillé avec des banques justement sur toutes ces lignes de partage de risque. Lors de ma visite, j’ai rencontré également d’autres banques et je leur ai signalé que nous voulions en faire beaucoup plus avec elles. J’espère que nous allons pouvoir rapidement augmenter nos engagements à cet égard.

Concrètement, que faites-vous actuellement avec les institutions financières au Burkina ?
Ici au Burkina, nous avons déjà mis en place les lignes de financement, les lignes de partage de risques avec les banques. Nous avons également notre programme d’assistance technique et j’en profite également pour mentionner que le Burkina est le pays du Sahel où la SFI a son plus grand portefeuille. Quand on regarde le nombre d’activités, le nombre de projets que nous avons faits, le volume de financement que nous avons fourni, le Burkina est le pays du Sahel où nous avons le plus fait jusqu’à présent, malgré les circonstances défavorables avec la Covid-19 et les questions d’insécurité.

Votre drapeau est invisible sur ce que vous faites, par exemple, sur les financements, on voit plus la Banque mondiale.
Nous faisons partie du Groupe de la Banque mondiale et cette dernière a des opérations très importantes ici au Burkina Faso, donc c’est tout à fait normal que nous entendions parler de grands projets, de projets avec de grands impacts et nous tous dans le Groupe, sommes fiers des activités que fait la Banque mondiale. Nous, nous travaillons au niveau des entreprises privées, donc ce sont des opérations qui sont en lien avec le secteur privé. Ce qui nous intéresse, c’est l’impact sur le terrain.
Ce qu’on veut, c’est que les agriculteurs ou les agricultrices burkinabè qui bénéficient d’un impact de nos projets puissent améliorer leur vie ; que cela leur donne les moyens de créer de l’emploi, d’avoir des revenus accrus pour qu’ils puissent soutenir leurs familles, payer la scolarité de leurs enfants et prendre soin de leur santé. Il est important pour nous que les entreprises burkinabè sachent que nous sommes là et que nous sommes là pour les aider et c’est pourquoi, nous avons ouvert ici à Ouagadougou, un bureau avec un représentant sur place ; il est là pour accroître la visibilité de la SFI au Burkina Faso.

Quel est votre dernier projet ou investissement en cours au Burkina Faso ?
Nous avons évidemment plusieurs projets très intéressants ici. A la suite de cet entretien, je vais aller rencontrer une entreprise qui s’appelle Marina Market que nous avons soutenue financièrement. Et pour moi, c’est un bon exemple de ce que nous pouvons faire, parce que vous avez une entreprise qui s’est lancée dans le commerce formalisé à travers des supermarchés, et nous avons donc apporté un financement à long terme parce que vous le savez, quand on fait des investissements de cette ampleur, les fonds vont prendre du temps à revenir. Donc, il est important d’avoir un financier qui est patient et c’est ce que nous avons fait. Ce qui est intéressant avec le commerce formel, c’est que c’est une sorte de pôle de développement en soi. Autour du supermarché, tout comme en son sein, que financez-vous ?
Des murs, une infrastructure, etc. Mais autour, vous avez un grand nombre d’autres entreprises qui viennent s’installer. Que font-elles ? Elles gèrent leurs quotidiens, elles vendent des produits, elles emploient des gens, donc cela permet au consommateur de trouver des produits de qualité dans des conditions hygiéniques irréprochables et faciles d’accès. Cela permet aux entreprises autour du supermarché de créer de l’emploi, de travailler dans des conditions très positives.
Ce volet est important : tout ce que ces entreprises vendent provient de quelque part. Elles vont s’approvisionner sur les marchés locaux, dans les entreprises locales et cela est un aspect très important pour nous. Dans un supermarché, les entreprises vendent-elles des produits fabriqués à l’étranger ou des produits locaux ?
Nous, nous encourageons, à travers le plan d’assistance technique, ces supermarchés à acquérir des produits locaux. Donc, vous avez toute une chaîne de valeurs qui se crée. Ainsi, l’effet démultiplicateur sur la création d’emplois est considérable.
Nous faisons des investissements dans des murs mais derrière cela, vous avez toute une activité économique qui se déploie. Une fois que le supermarché fonctionne bien, il crée de l’emploi. Nous encourageons ce genre d’initiatives à aller dans d’autres villes secondaires. C’est ce genre de développement qui nous intéresse.
Entretien réalisé par AT et NK

 

encadré

COVID-19 et soutien aux entreprises : quel mécanisme adopté ?

«Comme vous l’avez dit, la pandémie a non seulement un impact sanitaire, mais aussi un impact économique majeur sur le monde, et le Burkina Faso n’y a pas échappé. Tous les pays ont été soumis à cette crise mais le Burkina Faso a réussi à obtenir une croissance économique positive en 2020, ce qui est le cas de très peu de pays au monde. Il y a quand même une résilience au niveau du peuple burkinabè, qui a su dans un contexte difficile, maintenir le dynamisme de ses activités économiques malgré la situation sanitaire et le fait que beaucoup de chaînes d’approvisionnement ont été interrompues et les marchés sont devenus très incertains. Donc, nous avons discuté avec le gouvernement de l’importance d’avoir des instruments mais que ces instruments soient à la hauteur de la relance. Quand on regarde la réaction que nous avons par rapport à la pandémie de Covid-19, nous avons une approche en trois étapes :
la première étape consistait à très rapidement injecter la liquidité dans les entreprises pour les aider à faire face aux chocs. Quand on veut fermer une usine ou un commerce parce qu’il y a un confinement, il n’y a aucune liquidité qui passe. Il est important d’avoir un soutien pour permettre aux entreprises de maintenir leurs activités.
Une fois que les activités reprennent, nous avons une deuxième phase qui est celle de stabilisation. Nous avons aidé les entreprises à s’adapter aux changements. Par exemple, nous intervenons beaucoup dans le secteur du tourisme. Nous finançons des hôtels et avec la Covid-19, la fréquentation de ces lieux a beaucoup baissé. Ainsi, il faut penser à une perspective de restructuration à long terme. C’est ce qui a constitué notre deuxième phase.
Maintenant, la troisième phase, c’est de reconstruire mieux, c’est-à-dire, de façon plus solide en termes de questions environnementales et avoir une nouvelle économie qui va être plus verte, plus inclusive, plus durable. Là-dessus, plusieurs gouvernements ont mis en place des fonds de garantie, de soutien pour les PME. De notre côté, nous sommes tout à fait partants pour soutenir certaines de ces initiatives et nous regardons comment nous pouvons le faire », a expliqué Sérgio Pimenta, vice-président régional de la Société financière internationale pour l’Afrique.

 

Encadré 2

Les lignes mises à la disposition des banques sont utilisées

Au Burkina Faso, la SFI travaille avec plusieurs banques afin de financer les PME et PMI. Selon Sérgio Pimenta, son institution est également ouverte aux acteurs du numérique et aux institutions financières bancaires. Comment se fait le partenariat avec ces institutions financières bancaires ou non ? L’argent arrive-t-il vraiment dans les mains de ces PME/ PMI qui en ont le plus besoin ? Eléments de réponse avec le vice-président de la SFI.

Comment évaluer les banques qui ont accès au financement que vous mettez à leur disposition pour que cela puisse bénéficier aux entreprises ?
Quel que soit le financement que nous apportons, que ce soit à une institution financière bancaire ou à une entreprise, nous avons un suivi très soutenu. Avant de financer une banque, avant de donner une ligne de partage de risques, nous nous mettons d’accord avec elle sur le fait qu’elle nous tiendra au courant de façon régulière sur un certain nombre de dimensions. Par exemple, quand nous ouvrons les lignes de partage qui sont mises en place au bénéfice des PME, les banques nous fournissent de façon très régulière la liste des fonds qui ont été utilisés, le nombre d’entreprises qui ont été financées, le montant qui a été débloqué, si ces entreprises sont tenues par des hommes ou des femmes. Nous cherchons à connaitre l’entreprise, son secteur d’activité, sa taille. Nous les suivons de très près pour nous assurer que les fonds que nous mettons à la disposition des institutions financières sont effectivement utilisés pour financer les PME.

Et s’il arrive que les lignes de financement ne soient pas épuisées ?
Quand on finance une banque, elle ne peut pas utiliser le fonds pour financer n’importe quoi, parce qu’il y a des critères à suivre et seules les entreprises qui remplissent ces critères, notamment, celui de la taille, peuvent bénéficier du financement. Si nous calibrons les critères de façon juste et de façon équilibrée par rapport à la demande, les lignes sont utilisées. Je suis très heureux de vous dire qu’ici au Burkina Faso, les lignes que nous avons mises à la disposition des banques sont utilisées et ceci est pour nous un signe qu’elles sont adaptées aux besoins. o
AT/NK

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Numéro d'édition: 407

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