La question de la qualité des huiles alimentaires sur le marché national est une réalité. Difficile de ne pas le comprendre quand on voit des tricycles sortir des petites unités d’huiles, chargés de barriques remplies d’une mixture noirâtre comme du goudron. « C’est le fond des cuves d’où est extraite l’huile embouteillée »…

Unité de production d’huile alimentaire: les défis du secteur

• Entre disponibilité des graines de coton

• Et la nécessaire démarche qualité

• Les règlementations qui régissent l’ouverture d’une usine

La question de la qualité des huiles alimentaires sur le marché national est une réalité. Difficile de ne pas le comprendre quand on voit des tricycles sortir des petites unités d’huiles, chargés de barriques remplies d’une mixture noirâtre comme du goudron. « C’est le fond des cuves d’où est extraite l’huile embouteillée »…

La ville de Bobo-Dioulasso est la ville industrielle par excellence du pays. Dans le domaine de la production d’huile, elles sont plus d’une centaine d’huileries qui s’y sont installées. La plus grande étant bien sûr la SN-Citec, qu’une équipe de L’Economiste du Faso a visitée. Nous avons tenté d’approcher les moins grandes, et les toutes petites afin de comprendre les difficultés rencontrées par les promoteurs d’huiles alimentaires.

Des tentatives qui sont restées vaines, la réponse commune étant que les usines sont en arrêt de traitement. Les propriétaires d’usines évoquent le manque de graine de coton et la mauvaise répartition des volumes disponibles entre les petites et les grandes huileries. La disponibilité des cotons graines est sur toutes les lèvres.  Que ce soit à la SN-Citec ou à l’usine Céleste, les patrons des usines sont inquiets pour l’avenir. La SN-Citec en voudrait plus, face à ses capacités de stockage et de traitement, la productrice d’huile Savor se place comme le principal et plus important client de la Sofitex, et réclame à juste raison, un volume important de coton graine.

« Nous payons par avance le montant réclamé par la Sofitex pour notre produit de base et elle nous le livre en fonction de la disponibilité. Pour cette année, nous n’avons pas encore reçu l’entièreté de notre commande, nous attendons », a affirmé le patron de SN-Citec, lors de notre passage dans son usine.  Une situation que traverse l’usine Céleste du Burkina. Des indiscrétions au niveau de la Grappe huilerie de Bobo-Dioulasso, certaines usines sont contraintes d’importer les graines de coton afin de produire leur huile.

De la qualité des huiles alimentaires

Si cette indisponibilité du produit de base est l’une des raisons pour laquelle les petites unités ont refusé de nous ouvrir leur porte, il faut dire qu’une autre raison beaucoup plus triste les en empêche. Durant notre séjour dans la capitale économique du pays, une équipe de l’ABMAQ y était en mission. Objectif, inculquer la démarche qualité aux promoteurs d’huilerie. Car certaines n’ont d’unité que de nom. Aucune procédure hygiénique n’y est respectée, pire, aucun contrôle n’y est effectué avant que la production soit mise sur le marché.

Un tour sur la zone industrielle route de Orodara nous permet d’en prendre la pleine mesure. La question de la qualité des huiles alimentaires sur le marché national est une réalité. Difficile de ne pas le comprendre quand on voit des tricycles sortir des petites unités d’huiles, chargés de barriques remplies d’une mixture noirâtre comme du goudron. « C’est le fond des cuves d’où est extraite l’huile embouteillée », nous confirme notre guide du jour, commis par l’ABMAQ.

Ces fûts ou barriques en métal sont le récipient dans lequel les graines de coton moulu rendent leurs huiles. Chauffée au feu de bois, souvent au détriment de toute condition hygiénique, cette huile une fois refroidie est embouteillée et les résidus sont prélevés du site pour d’autre usage.

L’huile alimentaire, faut-il le rappeler, est une denrée de grande consommation qui provient aussi bien de l’importation que de la production nationale. En effet, environ 100.000 tonnes d’huiles sont annuellement consommées au Burkina Faso, dont environ 50.000 tonnes produites localement, selon les données du ministère du Commerce. Ces petites unités de plus en plus nombreuses sont encadrées par deux grandes propositions d’assainissement du secteur de l’huilerie (NDLR : lire encadré).

Ces mesures ont permis, en fin 2018, la fermeture de 44 unités clandestines de production d’huile alimentaire, le démantèlement de 6 presses artisanales et de 10 unités.

Cependant, comme notre visite dans les zones industrielles de Bobo-Dioulasso le révèle, des unités de production d’huile sont encore irrégulièrement installées.

NK

Encadré

La règlementation sur la qualité des huiles

Il s’agit de :

– l’arrêté conjoint n°2011-264/MICA/MEF/MS/MEED/MFPTSS du 09 décembre 2011, portant sur les conditions générales d’installation et de production des huiles alimentaires produites au Burkina Faso ;

– l’arrêté n°2011-0265/MICA/MS/MEF, du 09 décembre 2011, portant sur la qualité des huiles alimentaires destinées à la consommation au Burkina Faso.

Ces dispositions permettent de mieux organiser le processus d’octroi des autorisations d’implantation, de production et de mise à la consommation d’unités de production d’huile. Elles permettent également d’améliorer la qualité des huiles et prévoient l’inspection régulière de ces unités.  Désormais, il faut une « Décision d’autorisation d’implantation » et le promoteur doit faire une « demande de constat de réalisation physique », après la réalisation de son projet d’investissement. Le constat de réalisation physique du projet est effectué par une « Commission interministérielle » qui s’assure que l’unité réalisée comporte non seulement l’ensemble des équipements et aménagements de la chaîne complète de production d’huiles alimentaires, mais aussi remplit les conditions d’hygiène et de protection de l’environnement. Le constat donne lieu à une « Décision d’autorisation de production ».

La législation dans notre pays prescrit que les produits et les services doivent, dans des conditions normales d’utilisation ou dans d’autres conditions raisonnablement prévisibles par le professionnel, présenter la sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre et ne pas porter atteinte à la santé des personnes. Elle prescrit que le responsable de la première mise sur le marché d’un produit est tenu de vérifier que celui-ci est conforme aux prescriptions en vigueur. Il s’agit donc là d’une obligation d’autocontrôle de leurs produits qui pèse sur le fabricant.

Chaque année, après l’audit de ce dispositif d’autocontrôle et des essais en laboratoire, une autorisation de mise à la consommation est délivrée par l’ABNORM, permettant au promoteur de vendre son produit sur le marché national. o

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Numéro d'édition: 402

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