Conseil national du patronat: le syndicat des patrons en quête de ressources

• Selon son président actuel, Apollinaire Compaoré

• Des pourparlers entamés pour renflouer les Caisses

• Les activités exécutées à 57%

Apollinaire Compaoré, président du CNPB. (Ph: Yvan SAMA)

Le taux d’exécution des activités de 2020 au niveau du Conseil national du patronat burkinabè (CNPB) tourne autour de 57%. Une moyenne pour ce syndicat des patrons. Quelles en sont les causes et comment le président actuel envisage la dernière phase de son mandat en tant que patron des patrons ? L’Economiste du Faso a approché Apollinaire Compaoré, 67 ans, propriétaire du groupe Planor Afrique (Banque, Télécoms, assurances, distribution, etc.) Une sorte d’interview bilan au cours de laquelle l’homme d’affaires évoque l’enquête de OCCRP qui l’implique dans une affaire de trafic de cigarette. Voir L’Evennement N°441 du 10 mars 2021.

L’Economiste du FASO : Comment se porte le patronat ?

Apollinaire Compaoré, président du CNPB : Depuis que le patronat existe, la structure a toujours été liée à la Chambre de commerce et d’industrie. Et comme tout le monde se doute, la Chambre de commerce dispose des ressources financières pour faire tourner les affaires. Avant ma présidence du CNPB, c’était la même personne (Ndlr: Oumarou Kanazoé a dirigé la CCI jusqu’à son décès en 2011) qui gérait les deux entités. Cela a donné plus d’importance et de poids à la Chambre au qui a des fonds de roulement au détriment du Patronat. Nous nous en sommes rendu compte après l’élection. En réalité, le patronat n’existe que de nom.

Notre première mission à sa tête est de conduire des pourparlers pour sa reconstruction. Et pour ce faire, le CNPB avec à sa tête son président que je suis, demande l’aide des autorités pour sa relance. Nous avons effectué des voyages d’études à Abidjan, à Bamako, au Togo, en France pour nous inspirer du fonctionnement du patronat de ces pays. Nous allons maintenant demander le soutien de l’Etat pour la mise en place d’un vrai patronat, doté de moyens conséquents pour son rayonnement institutionnel au profit des employeurs.

Donc vous nous dites que le Conseil national du patronat burkinabè manque de ressources. Comment comptez-vous y remédier ?

Bien sûr que le Patronat est en manque de ressources. N’oubliez pas que nous sommes le syndicat des patrons. Et que nous avons comme tous les autres syndicats besoin de fonds pour fonctionner. Notre tâche est de recueillir ces fonds. Dans nos discussions, l’on envisage une sorte de cotisation des membres.

Plus de deux ans après votre élection, où en êtes-vous avec la relecture des textes, votre promesse de campagne?

S’agissant de la question de la relecture des textes, je dois préciser qu’il s’agit du règlement intérieur et des statuts, de la mise en place de Conseils régionaux du patronat et de l’organisation de la nuit de l’employeur. Nous sommes toujours en pleine relecture et les choses avancent bien dans ce sens.

En parlant des acquis, nous pouvons vous citer par exemple la constitution des dossiers. Mais aussi notre programme d’insertion de 4.000 jeunes et 4.000 filles. Mais comme je vous l’ai dit plus haut, ce n’est pas facile. Nous avons besoin d’argent pour réaliser ce vaste projet. C’est l’argent qui fait tout.

Le RIPAQUE (Renforcer l’insertion professionnelle des apprentissages de qualité dans les entreprises du BTP) dans les textes est financé par l’UE et le patronat est partie prenante au consortium chargé de l’exécution du projet « Environnement favorable au climat des affaires pour les jeunes et femmes entrepreneurs au Burkina Faso ». Il doit être financé par la coopération néerlandaise. Pour ce projet spécifiquement, l’Etat burkinabè et Génève nous apportent leur aide.

Il faut trouver les moyens pour combler le gap du portefeuille, une étape obligatoire pour pouvoir lever plus de fonds.

La Covid- 19 a bouleversé l’économie mondiale.  Comment l’avez-vous ressentie et quelle est votre appréciation sur la réponse du gouvernement pour aider à sortir de la crise ?

La situation sécuritaire et la pandémie du Coronavirus ont impacté négativement nos affaires. Voyez vous-mêmes, le patronat n’a pas de siège à lui dédié, pourtant la construction de ce cadre fait partie des grandes priorités du patronat.

Avez-vous bénéficié du soutien du gouvernement ?

Nous avons entendu parler du soutien de l’Etat pour les entreprises impactées par la Covid-19. Mais jusqu’à présent, aucune mesure ne nous a directement touché, en tout cas, nous n’avons rien vu qui y ressemble.  Pourtant, dans les pays développés, l’on constate que ce sont les opérateurs économiques qui ont reçu de l’aide.

Pour notre part, ici au patronat, la situation est critique et on n’arrive pas à faire des recettes comme avant. Il faut que l’Etat nous aide, même si cette aide va être orientée vers des prêts à long terme.o

Propos recueillis par JB

 

Encadré

Zoom sur le Groupe Planor

Il y a deux ans que vous avez lancé Wendkuni bank International. Aujourd’hui, comment va la banque ?

C’était un véritable pari et ce n’était pas facile, vous avez sûrement suivi le feuilleton de l’octroi de l’agrément. Aujourd’hui, on remercie Dieu, parce que nous avons déjà commencé à engranger des bénéfices. Tout ce que l’on demande à Dieu c’est la force pour réussir notre mission, d’ailleurs, l’appellation de la banque ’Wendkuni’’ sinifie en langue mooré «Dieu a donné». Donc c’est Dieu qui a donné la banque. Si Dieu le veut, elle prospèrera. Nous prévoyons d’ouvrir d’autres agences à travers le pays.

Au lancement de la banque, elle était vue comme une banque des commerçants. Est-ce toujours le cas ?

Il est vrai que nous sommes commerçants mais une banque n’a pas de clients types. Nous sommes une banque ouverte et nous ne faisons pas de discrimination. C’est une banque pour tout le monde, pour financer l’économie du pays. D’ailleurs, nous travaillons avec beaucoup d’entreprises comme SOFITEX et SONABHY. Nous approchons tous ceux qui veulent travailler avec nous.

Telecel vient d’acquérir la 4G. Vous êtes en retard sur la concurrence. Y a-t-il  une stratégie qui sera déployée pour rattraper le retard, surtout en termes  de clients ?

Oui, nous sommes en retard. Je le concède. La téléphonie nécessite beaucoup d’investissement. D’ailleurs, la licence est devenue encore plus chère. Mais nous comptons rattraper le retard. Notre réseau est prisé par les clients, car nous pratiquons des prix cassés. Nous mobiliserons bientôt des financements. En parlant de perspectives, je peux déjà vous dire que nous voulons nous placer sur le marché du mobile money et du mobile Internet.

Assurance, banque, téléphonie mobile, hydrocarbures, Burkina motor, vous avez bâti un empire financier. Que pèse le groupe en terme d’impôts, d’emplois créés?

Le Groupe Planor paye chaque année un peu plus de 30 milliards de fcfa par an et nous employons environ 2.000 collaborateurs. o

Propos recueillis par JB

 

Encadré

« Apollinaire Compaoré, l’allié avisé »

Beaucoup de vos entreprises ont fait l’objet de procès. On a l’impression que vous perdez rarement les procès. Et l’on dit de vous que vous êtes « entrepreneur féroce en affaires »

Apollinaire Compaoré, patron du groupe Planor : Rires. Je ne sais pas si je suis féroce en affaires mais j’ai constaté que les Africains ne se font pas confiance. Par exemple, à la création de l’Union des assurances du Burkina (UAB), c’était l’Union des opérateurs burkinabè. L’idée était que les opérateurs se réunissent et travaillent ensemble pour défendre leurs intérêts. Malheureusement, nous avions un mauvais Directeur général qui faisait des malversations financières. L’affaire a été portée au tribunal. Et vous connaissez la suite, j’ai pu par le truchement des textes, devenir actionnaire de référence.

A mes débuts à Telecel, je travaillais avec un associé. Il était chargé de la gestion et moi du contrôle. Mes contrôles ont révélé un manque de 4 milliards 500 millions. J’ai demandé un audit judiciaire au tribunal pour confirmer mes résultats de contrôle. L’expertise de la Justice a confirmé le manque des 4,5 milliards. L’affaire est allée au tribunal. Il a gagné au premier procès. J’ai fait appel et le jugement a été invalidé.

Avez-vous déjà perdu des procès sur une affaire ?

On ne peut pas gagner tous les procès. Ça arrive mais c’est rare. Ce qu’il faut savoir c’est que je ne poursuis pas au hasard. Si je poursuis, c’est que j’ai de bons motifs et surtout de bons conseils.o

Propos recueillis par JB

 

Encadré

Vente de cigarettes: « Ça fait 3 ans que j’ai arrêté ce business »

Comment ne pas évoquer la dernière enquête de L’Evènement indexant Apollinaire Compaoré, surtout si par miracle il nous a ouvert les portes de son bureau, sis au 2e étage de Wendkuni Bank. Nous avons saisi la balle au bond, et l’homme d’affaires burkinabè a donné sa version de l’histoire.

L’Economiste du Faso : Vous êtes importateur de cigarette et vous êtes accusé de contrebande, de trafic de cigarette et même de financer le terrorisme. Il s’agit d’accusations graves que l’on vous porte, même si votre Avocat a vite fait de démentir. Qu’en est-il exactement ?

Apollinaire Compaoré : Je dénonce ces propos et allégations infondées rapportés par ce journal dont vous êtes faites. Je ne suis ni près, ni de loin mêlé à une quelconque contrebande, à des activités illicites avec des jihadistes. Mon partenariat avec le cigarettier

Phillip Morris remonte en 1996 quand ses dirigeants d’alors m’ont nommé comme leur représentant en Afrique de l’Ouest. J’ai alors créé une société au Niger. C’est à partir de là-bas qu’on exportait la cigarette en Libye ou en Algérie. On payait au départ 12% d’impôts sur la valeur déclarée de la marchandise. En 2000, le Niger a augmenté son taux de prélèvement à 20%. J’en ai informé la société Morris qui m’a signifié en retour que l’on ne pouvait pas payer les 20% pour transiter les marchandises. Il fallait trouver une autre voie d’exportation à partir du Burkina au lieu de passer par le Niger.

C’est pourquoi j’ai construit un entrepôt à Markoye après avoir obtenu toutes les autorisations réglementaires. Je ne gère pas directement l’entrepôt, nos cigarettes sont escortées par les douanes depuis la frontière du Togo ou du Ghana jusqu’à l’entrepôt de Markoye où elle assure la surveillance du site. Lorsque nous avons une commande, l’enlèvement se fait sous contrôle douanes. Mes partenaires de vente étaient d’autres nationalités et n’approvisionnaient pas le Burkina, ni le Mali ni le Niger avec leurs marchandises. J’avais créé 2 sociétés, SODICOM et SOBUREX. Les cigarettes de SODICOM étaient destinées au Burkina, avec la mention vente au Burkina. Cette dernière existe encore. Quant aux cigarettes de SOBUREX, destinées à l’exportation, l’insécurité au Sahel m’a contraint à stopper cette activité. Cela fait maintenant 3 ans que j’ai arrêté l’exportation des cigarettes, car les terroristes tuent mes clients en cours de route. Je n’ai jamais connu un terroriste à plus forte raison travailler avec lui », a affirmé M. Compaoré. o

Propos recueillis par JB

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Numéro d'édition: 385

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