Le Secrétaire général du ministère en charge des transports, Bernard BEBA. (Ph: Wakatsera)

Bon de chargement: l’arrêté a été pris dans l’intérêt des acteurs

• Les transporteurs divisés

• Problème de représentation à Lomé

Le Secrétaire général du ministère en charge des transports, Bernard BEBA. (Ph: Wakatsera)

L’écosystème  des  transports routiers est marqué ces derniers temps par des bisbilles entre les organisations qui y exercent.  Quand ce ne sont  pas les associations de transporteurs  qui s’entredéchirent, ce sont les chauffeurs routiers qui tirent à boulet rouge sur tout le monde. La dernière graine de discorde entre la tutelle, le ministère en charge des transports, et les organisations professionnelles de transporteurs tourne autour du bon de chargement institué il y a quelques mois et dont le processus de délivrance divise. Les transporteurs n’ont pas encore réglé la question de leur représentation et chargent le ministère.

L’Economiste du Faso a rencontré le Secrétaire général du ministère en charge des transports, Bernard BEBA

Il était assisté du Directeur général du Conseil burkinabé des chargeurs (CBC), structure chargée de la délivrance du sésame. Ils nous ont expliqué comment le gouvernement en est arrivé à mettre en place ce système de bon de chargement et pourquoi il est nécessaire que les acteurs s’entendent pour faciliter l’évacuation du fret en provenance et à destination du Burkina Faso.

L’Economiste du Faso : Des acteurs des transports routiers du fret ont une fois de plus donné de la voix ces dernières semaines contre le processus de délivrance du bon de chargement.  Notamment, au port de Lomé. Quel est le fond du problème ?

Bernard Beba (Secrétaire générale du ministère en charge des transports) : La dynamique dans laquelle nous sommes n’est pas partie du néant. Le Burkina Faso est un pays enclavé. Un pays enclavé fait face à beaucoup de difficultés. Comment approvisionner le pays, comment écouler les productions des populations ? C’est une problématique qui s’est toujours posée aux gouvernants. Nous avons toujours travaillé à développer des canaux de circulation des produits. Il y en a 3, à savoir : la route, les airs, à travers les deux aéroports principaux (Ouagadougou et Bobo-Dioulasso) et les rails. Après une comparaison de ces canaux de circulation, il ressort que….

Comme vous le savez, la route est le principal canal d’approvisionnement de notre pays. Pour faciliter  l’écoulement des produits, nous avons noué des partenariats avec des pays côtiers voisins. Dans le cadre de l’UEMOA et de la CEDEAO, nous  avons des conventions à respecter. Ces conventions permettent d’appliquer les mêmes règles pour minimiser les discriminations lorsqu’on passe d’un pays à un autre.

La plupart des produits du Burkina passent par la route. Ils  transitent principalement par 3 ports, à savoir le port d’Abidjan (Côte d’Ivoire), le port de Tema (Ghana) et le port de Lomé (Togo) qui enregistrent plus de la moitié des transactions. Dans une moindre mesure, nous avons aussi le port de Cotonou (Bénin). Nous comprenons pourquoi tous les acteurs et les cristallisations sont portés sur le port de Lomé, car la plupart des intervenants y agissent. Un problème à ce niveau se répercute automatiquement sur tout le pays.

Depuis des années, le Burkina n’avait pas de textes opérationnels encadrant de manière concrète les conventions signées avec les pays côtiers. Il est vrai que la loi d’orientation du secteur des transports a été adoptée en 2008. Mais une loi s’accompagne de textes d’application. Depuis l’adoption de cette loi, les choses n’ont pas évolué comme voulu. La prise d’un certain nombre de textes a pris du temps. Avec l’arrivée du ministre Dabilgou, il a voulu rattraper ce retard pour dynamiser le secteur du transport en favorisant  l’organisation et la professionnalisation des acteurs pour mieux approvisionner le pays. Il est difficile de comprendre que le secteur du transport d’autres pays enclavés comme le Mali et le Niger marche mieux. Ces pays ne rencontrent pas de grandes difficultés. Leur secteur des transports est bien structuré. Un diagnostic nous a permis de comprendre que le problème du Burkina est dû au manque d’encadrement.

Le bon de chargement est le document que le Conseil burkinabè des chargeurs (CBC) délivre gratuitement aux transporteurs pour prendre les chargements au port ou même dans les magasins. (DR)

Face à cette situation, l’Etat a décidé de jouer  son rôle. C’est pourquoi, depuis les années 2016, 2017 et 2018, nous avons travaillé à bénéficier de l’accompagnement d’un certain nombre de partenaires, principalement la Banque mondiale, pour nous accompagner dans le travail de professionnalisation et d’organisation des acteurs afin que ce secteur puisse apporter plus à l’économie nationale. Pour un pays de l’hinterland, si le transport ne marche pas, toute l’économie prendra un coup. Si les acteurs ne sont pas bien organisés, ils ne connaissent pas leur rôle. Cela favorise les transporteurs de l’extérieur qui viennent prendre le dessus. Ils sont bien structurés.

Notre mission est  de permettre aux Burkinabè exerçant dans le secteur du transport de ne pas être surplombés par leurs concurrents des autres pays. En réalité, c’est pour les transporteurs burkinabè que nous nous battons.

Voici les enjeux qui se posent à nous. Assurer l’approvisionnement du pays et permettre aux acteurs de l’économie de tirer la meilleure partie de leurs activités. Ce sont  les objectifs que  nous voulons atteindre. La pluralité des acteurs et la divergence des intérêts rendent quelquefois difficiles leurs atteintes.

Il y a quelques temps, le gouvernement a pris la mise en œuvre du bon de chargement. Qu’est-ce que le bon de chargement ? Quel problème résout-il ?

Le ministère définit la politique générale en matière de transport. Le Conseil burkinabè des chargeurs (CBC) est chargé de l’application et de la mise en œuvre de ces différents textes et de cette politique générale adoptée par le gouvernement.

Le CBC est une institution étatique qui a pour principale mission la contribution à l’approvisionnement régulier du Burkina Faso et à l’exportation des produits du pays dans de bonnes conditions. Il intervient dans le transport international et dans l’approvisionnement du pays. Il assure l’opérationnalisation et le bon fonctionnement des différents corridors pour le bonheur de notre économie.

Mais dans le contexte actuel du pays, le CBC est mandaté pour la gestion du fret généré par notre commerce extérieur.

Le fret est l’importation ou l’exportation des marchandises par les chargeurs dans le cadre de leurs opérations commerciales. Donc toute marchandise à destination ou en provenance du Burkina est gérée par le CBC.

Le CBC a été créé pour  résoudre les problèmes et les tracasseries au niveau des ports. Il est dans pratiquement tous les ports. Son activité principale est plutôt au niveau des ports et non au Burkina. Dans le pays, il n’assure que la coordination.

Avant, il n’y avait pas de problème dans la gestion du fret. Le CBC gérait intégralement le fret. Au port, il enregistrait toutes les marchandises destinées au Burkina. Si le chargeur a des problèmes, le CBC l’aide pour que le transit de sa marchandise se passe dans de meilleures conditions. Mais si la marchandise n’est pas prise en charge par le CBC, ça crée des problèmes. C’est ce problème qui se pose depuis quelques années. Beaucoup de chargeurs ne se référaient plus au CBC pour le chargement de leur marchandise. Ils font des affrètements de camions selon leur volonté. Alors que les conventions obligent qu’il y ait des relations entre les Burkinabè et les pays de transit. Quand le CBC avait la gestion intégrale du fret, les opérateurs qui se sont organisés, notamment, l’OTRAF, ont pris en charge les volets commerciaux du fret des ports. On a ensuite taxé les agents du CBC de corrompus et certains acteurs ont   demandé à être intégrés dans le processus d’affrètement des camions. Le CBC s’était retiré et ne s’occupait que des aspects administratifs.

Mais aujourd’hui, ils rencontrent des difficultés. Les chargements et les affrètements se font à leur détriment. Pour résoudre ce problème, ils ont demandé au gouvernement d’intervenir. Un texte a été élaboré à cet effet et un arrêté  a été pris récemment par le ministre en charge des transports. Ce texte permet au CBC de maîtriser l’ensemble du fret. Il oblige la déclaration de tout fret au départ et à destination du Burkina.

C’est dans ce cadre que le bon de chargement a été institué. C’est le document que le CBC délivre gratuitement aux transporteurs pour prendre les chargements au port ou même dans les magasins. Le processus a changé. Les enregistrements de frets au port se font maintenant auprès du CBC. Ce n’est plus auprès des organisations de transporteurs comme UCRB. Des bureaux ont été créés pour s’occuper de  l’enregistrement des camions par ordre chronologique. Il y a aussi un service qui s’occupe de la déclaration de frets. Ce processus concerne les transporteurs publics, ceux qui s’enregistrent auprès du CBC.

Il y a aussi d’autres volets d’accès au port. Des transporteurs qui ont des contrats de fidélité avec le ministère et les grands groupes qui disposent de leurs propres moyens de transport. Ce volet sera bientôt règlementé par le ministère pour que le transport public ne meure pas. Mais pour le moment, le problème est au niveau de l’enregistrement des camions, la délivrance et les tarifs des transporteurs publics.  Il faut dialoguer pour trouver une solution à ces problèmes afin de ne pas déporter ces antagonismes à l’extérieur.

D’où vient la discrimination dont parlent certains transporteurs par rapport aux bons de chargement ?

De par le passé, c’est le CBC qui assurait toutes activités en matière de gestion de fret. Cela veut dire que c’est l’Etat qui fixait le prix. Mais avec la création de l’OTRAF, les opérateurs ont demandé leur implication dans la gestion du fret. Le CBC s’est donc désengagé au fur et à mesure de certaines tâches, notamment, la fixation des prix au profit des transporteurs. Par la suite, ils ont eu des malentendus entre eux-mêmes. D’autres estimaient qu’il y avait du favoritisme. L’idée de la faîtière est née pour aider les transporteurs à s’organiser, à avoir un interlocuteur unique pour discuter des problèmes du secteur avec le gouvernement. Les transporteurs ne se sont pas entendus sur la personne qui doit diriger la faîtière à cause d’une crise de confiance. L’autorité a dû prendre une décision en espérant que les autres vont se rallier. Mais malheureusement, ces derniers ont créé aussi leur faîtière. De nos jours, il existe deux faîtières reconnues par l’Etat. Etant une administration républicaine, nous travaillons avec les deux. Nous les considérons sur le même pied d’égalité. Ce sont les tractations entre ces faîtières qui ont amené le CBC à reprendre la gestion d’ici qu’elles s’entendent. C’est ainsi que le décret encadrant la gestion du fret et donnant mandat au CBC de reprendre la gestion du fret a été pris. Il faut que les acteurs prennent conscience que la balle est dans leur camp. L’arrêté et le décret sont pris en  faveur des acteurs et de l’intérêt du pays. o

Par FW

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Numéro d'édition: 380

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