Aïcha Tiendrébeogo décroche sa thèse en analysant les effets du secteur informel

• Une introspection du secteur informel dans la croissance économique de l’UEMOA

• Des outils méthodologiques appropriés et de qualité

• Mention très honorable

Aïcha Tiendrébeogo s’est présentée devant le jury de thèse le 11 janvier 2021 à l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, pour la soutenance en vue de  l’obtention du diplôme de Doctorat unique en Sciences économiques. Ses travaux de recherches ont porté sur le thème « Déterminants du secteur informel et ses effets sur la croissance économique dans les pays de l’UEMOA ». Idrissa Mohamed Ouédraogo, professeur titulaire en Sciences économiques à l’Université Thomas Sankara (Burkina Faso), a dirigé la thèse de la doctorante. Le jury était présidé de Nafiou Malam Maman, professeur titulaire en Sciences économiques à l’Université de Niamey (Niger),  avec comme rapporteurs Mahamadou Diarra, Maître de conférences agrégé en Sciences économiques à  l’Université Norbert Zongo de Koudougou (Burkina Faso),  et Boukary Ouédraogo, Maître de conférences en Sciences économiques à l’Université Thomas Sankara (Burkina Faso). Pazisnewende François Kaboré, Maître de conférences agrégé en Sciences économiques de Kosyam Jesuit University of sciences (Burkina Faso), en a été l’examinateur.

Après l’introduction de la séance, le président du jury, le Professeur Nafiou Malam Maman, a donné la parole à l’impétrante  Aïcha Tiendrébeogo pour faire l’économie de sa thèse en une vingtaine de minutes. Celle-ci souligne que les pays en développement, particulièrement ceux de l’UEMOA, font face à une « informalisation » croissante de leurs économies et une faiblesse de la croissance économique dans ces pays. Il existe une théorie selon laquelle le secteur informel est une entrave à la croissance économique. Certaines études ont apporté une validation empirique de cette hypothèse. Par contre, les résultats d’autres études la réfutent. C’est dans cette optique que cette thèse s’est donné pour objectif d’analyser la contribution du secteur informel à la croissance économique des pays de l’UEMOA. Précisément, la thèse a d’abord cherché les déterminants de la taille du secteur informel sur la période 1996 à 2017, à l’aide de l’estimateur des Pooled Mean Group (PMG). Elle a ensuite analysé les effets du secteur informel sur la croissance économique à l’aide également de l’estimateur des Pooled Mean Group (PMG). Elle a enfin étudié à l’aide d’un modèle à changement de régime (PTR), les seuils des recettes fiscales et des institutions susceptibles d’influencer les effets du secteur informel sur la croissance économique. Les résultats montrent que la bonne qualité des institutions empêche le développement du secteur informel. Il en résulte également que le développement du secteur informel est une entrave à la croissance économique des pays de la zone. Cette thèse met enfin en évidence à la fois l’existence d’un seuil optimal de la qualité des institutions et celle d’un seuil optimal des recettes fiscales qui annulent les effets négatifs du secteur informel sur la croissance économique.

Un thème pertinent et bien traité

Les membres du jury ont jugé le thème pertinent et d’actualité, au regard du contexte des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, caractérisés par une prépondérance du secteur informel. La thèse comporte tous les éléments requis et aboutit à des résultats pertinents tout en abordant bien le sujet. Toutefois, le jury souligne un léger déséquilibre entre les différents chapitres et quelques fautes d’orthographe qui restent à corriger. Il suggère également la prise en compte de certains éléments qui pourraient permettre d’améliorer la qualité du document. L’impétrante a apporté des réponses précises et satisfaisantes aux questions posées, et a rassuré le jury pour la prise en compte des observations.

Le jury a tenu à avoir l’avis de l’impétrante sur deux questions principales : le meilleur indicateur de mesure de la taille du secteur informel et les arguments forts pour expliquer l’effet négatif du secteur informel sur la croissance économique. Comme réponse à la première interrogation, l’impétrante propose la taille du secteur informel exprimée en pourcentage du PIB, soulignant également que c’est l’indicateur privilégié par les institutions internationales.

Le canal de la fiscalité illustre bien l’impact du secteur informel sur la croissance économique.  En effet, les pouvoirs publics éprouvent des difficultés à taxer ce secteur, ce qui constitue un manque à gagner et limite la capacité des Etats à engager des investissements d’envergure. Le jury a souligné également que l’exploration des aspects liés à la vulnérabilité des populations pourrait fournir une autre compréhension de cette relation. Ce dernier point fait, notamment, partie des perspectives de recherche évoquées par l’impétrante.

Le jury, après avoir délibéré, estime que le thème est pertinent et la problématique est d’actualité. Il estime que l’impétrante a mobilisé des outils méthodologiques appropriés et de qualité qui ont permis d’aboutir à des résultats et de dégager des implications de politiques économiques intéressantes.

Le jury relève néanmoins que la thèse comporte encore certaines insuffisances de forme et de fond  auxquelles il demande instamment de remédier dans la version finale. Pour toutes ces raisons, et après en avoir délibéré, le jury a décidé de lui décerner le grade de Docteur en Sciences économiques de l’Université Thomas Sankara, avec la mention très honorable.o

Martin Sama

 

Encadré

Quid du secteur informel

Le secteur informel est l’un des traits caractéristiques majeurs des économies en développement. Le concept d’emploi informel fut découvert par le Bureau international au Kenya, au début des années 70, et Keith Hart au Ghana en 1972. Hart faisait référence aux opportunités de revenus informels alors que le Bureau international se référait dès l’origine aux entreprises informelles. Le terme fut internationalement adopté en 1993, en référence à la définition du Bureau international. En fonction de ces différents termes, le secteur peut regrouper les activités (monétaires ou non monétaires) légales ou illégales. Ce secteur désigne une partie de l’économie qui n’est pas détectée par les autorités fiscales. Bien que de nombreux États exigent que les résidents paient des taxes de vente sur les produits achetés en ligne, peu d’entre eux ont les moyens de les appliquer. Cette partie de l’économie comprend également des situations où des personnes sont obligées de travailler comme esclaves sans rémunération ou lorsque le travail est effectué en échange de choses autres que de l’argent. o

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Numéro d'édition: 378

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