Le 15 janvier dernier, des équipes de la direction générale du contrôle économique et de la répression des fraudes ont effectué un contrôle sur la disponibilité du gaz à Ouagadougou. Longues files d’attente dès 6h du matin, hausse du prix des bouteilles de 6kg et de 12,5kg et manque de bouteilles pleines dans les lieux de distribution ont été le constat fait par ces équipes. (Le Quotidien)

Arnaque sur le gaz: Le double jeu des revendeurs

• Des prix en hausse à cause des spéculations

• Créer l’illusion de la pénurie pour surenchérir

• Le marché parallèle désavantage les clients

La tension sur le marché du gaz a donné lieu à un nouveau business pour certains revendeurs. Quand ils n’augmentent pas le prix des bouteilles de gaz ce sont des spéculations qu’ils font sur les bouteilles elles-mêmes. «Rupture de gaz, revenez à 5h». «Arrivage de gaz, ce lundi à 20h». Ce sont souvent les messages que laissent les revendeurs de bouteilles de gaz devant leurs boutiques. Messages qui poussent certains clients, les plus en manque de gaz, à faire de la consignation de bouteilles. Du coup, le prix des bouteilles de gaz grimpe, pour le bonheur de ces revendeurs. Habitués maintenant à cette surenchère sur le gaz, les revendeurs, tel un seul homme, ont fait monter les prix des bouteilles. D’un point A à un autre de la ville de Ouagadougou, les prix des bouteilles de 6kg et de 12,5kg varient entre 500 et 1.000 FCFA. La situation est devenue quasiment la norme dans la plupart des points de vente de gaz. Et quand les clients se plaignent, ces commerçants ont une réponse toute faite, «le prix est, partout, pareil. Si vous voulez, allez voir ailleurs».

Et quand les clients les plus téméraires se décident à arpenter la ville à la recherche de bouteilles de gaz à acheter au prix officiel, ils sont confrontés à une autre situation encore pire. Le gaz est devenu une denrée rare. Difficile de trouver un dépôt agréé de vente de gaz où il ne faut pas faire la queue, pendant plusieurs heures, avant d’être servi.
Chose curieuse, les petits revendeurs de bouteilles de gaz au bord des routes ont toujours des bouteilles pleines à revendre. Comment cela se fait-il ? Où s’approvisionnent-ils ? Pour le savoir, il faut juste suivre certains taxis de la capitale. Ce sont eux qui déposent les bouteilles chargées auprès de ces vendeurs et récupèrent les bouteilles vides pour les charger.
Sur ce marché parallèle, la bouteille de gaz de 6 kg est rechargée à 2.500 FCFA en lieu et place des 2.000 FCFA proposés par le Comité interministériel de détermination des prix des hydrocarbures (Cidph). On comprend mieux pourquoi certains distributeurs préfèrent vendre leur gaz sur ce marché en lieu et place de leurs boutiques. Situation qui prive ainsi les quelques millions de consommateurs de gaz. Face à cette situation qui crée une illusion de pénurie, les sociétés de distribution, d’un commun accord avec le Gouvernement, luttent contre cette pratique. Les consommateurs sont invités à rester vigilants face à cette forme d’arnaque.
Les prix des bouteilles de 6 kg et 12,5 kg de gaz sont fixés à 2.000 et 5.000 F CFA, et parfois plus selon les localités, rappellent les sociétés de distribution. Et d’ajouter que la situation actuelle n’influe en rien sur les prix des bouteilles. «Les revendeurs n’ont donc pas le droit de demander un surplus. Tout comportement allant dans ce sens devra être signalé afin que des mesures idoines soient prises», ont-ils déclaré.
Cependant, cette situation n’est pas nouvelle. Chaque année à cette même periode, les consommateurs font face à ces mêmes difficultés sans que des solutions idoines soient trouvées. Et même si la Société nationale des hydrocarbures (Sonabhy) se défend d’avoir du gaz en stock, rien ne change. Elle assure avoir pris toutes les dispositions depuis 2014 pour que les Burkinabè ne manquent pas de gaz.
Le ministre du Commerce et le directeur général de la Sonabhy, constamment interpellés par ce manque de disponibilité du gaz, ont tenu, le 12 janvier dernier, un conseil de cabinet afin de trouver des solutions au problème. Ce sont 150 tonnes de gaz, environ, qui sont mises en bouteilles chaque jour, soit près de 12.000 bouteilles de 12,5 kg. La consommation de gaz a sensiblement augmenté ces dernières années. En 2010, la consommation de gaz était estimée à 28.000 tonnes par an.
Elle est passée à 58.000 tonnes en 2014. Les prévisions de 2015 tablent sur 65.000 tonnes. Ce qui représente 15% de la population qui utilise le gaz butane. Un chiffre dérisoire par rapport au potentiel du marché. Si dans quelques années des mesures vigoureuses ne sont pas prises pour anticiper le problème, le marché sera encore plus tendu.

 


 

Les actions menées par la Sonabhy

La direction de la Sonabhy reconnaît que des efforts restent encore à faire: «Nous avons pris différentes mesures afin de régler le problème du gaz. De 3, nous sommes passés à 4 équipes qui se relaient nuit et jour afin de remplir les bouteilles».
Longtemps, la faute a été imputée aux distributeurs qu’on accusait de ne pas avoir suffisamment de bouteilles. Ceux-ci s’en défendent, rejetant plutôt la faute à la Sonabhy qui serait lente dans l’emplissage des bouteilles.
La Sonabhy a déjà annoncé la construction d’un second centre emplisseur comme solution pour améliorer la distribution du gaz et un autre à l’Ouest du pays pour desservir les régions. 20 milliards de FCFA sont prévus pour ces investissements. Aboubacar Nacro, lors du conseil de cabinet, promettait encore la réalisation du centre emplisseur de Bingo dans 6 à 8 mois. Il n’exclut pas la possibilité d’associer les structures privées dans la réalisation des centres emplisseurs.
Ces mêmes promesses ayant été faites l’année dernière, les distributeurs de gaz et la population restent sceptiques. Exaspérés, certains menacent même de recourir aux vieilles méthodes, comme l’explique Aminata Salogo, une consommatrice. «Chaque année la situation est la même. Nous avons l’impression que la direction de la Sonabhy est toujours surprise de ce qui arrive à cette période. Et pourtant, le problème ne date pas d’aujourd’hui. Le Gouvernement nous a demandé de ne plus utiliser le bois. Mais si nous devons chaque fois passer des nuits blanches à attendre le gaz, je crois que nous allons retourner à nos vieilles méthodes. Au moins, nous ne souffrirons pas pour nous approvisionner», déclare-t-elle.

Germaine BIRBA

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Numéro d'édition: 94

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