Conseil burkinabè de l’anacarde: « Apporter des solutions durables à l’essor de la filière»

Le Conseil burkinabè de l’anacarde (CBA) est opérationnel sur le terrain depuis le 30 octobre.  Les membres des organes dirigeants ont été nommés le 16 octobre 2019. Sous l’impulsion de Joseph Zerbo, son Directeur général. Il a la lourde mission de conduire les premiers pas de ce cadre institutionnel chargé d’organiser la filière, de la faire rayonner au profit de tous les acteurs. Avec lui, faisons ample connaissance avec le CBA, ses missions et ses ambitions

L’Economiste du Faso : Comment est-on arrivé à la mise en place d’une telle structure de régulation et en quoi consiste la régulation ?

Joseph Zerbo, Directeur général de CBA : La création du CBA intervient dans un souci pour le gouvernement d’apporter des solutions durables à des difficultés récurrentes qui entravent l’essor de la filière anacarde. Ces difficultés sont principalement :

– le faible niveau de rendement des vergers ;

– le faible niveau de transformation du fruit de l’anacardier ;

  le faible niveau d’organisation  et de régulation du marché intérieur ;

– l’insuffisance des financements dans la filière.

Comme je le disais tantôt, la régulation consiste en la réalisation d’actions visant à créer un environnement économique favorable et un marché concurrentiel, compétitif et respectueux des règles pour l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur de la filière anacarde. Il s’agira, par exemple, d’assurer le respect des règles de la concurrence, de mettre en place un mécanisme de fixation de prix rémunérateurs pour les producteurs, d’anticiper et de contenir les chocs exogènes sur le fonctionnement du marché intérieur en y apportant des réponses résilientes et d’assurer l’approvisionnement régulier des unités locales de transformation en matières premières.

   

Un an d’activité déjà, quel bilan peut-on faire, la machine est- elle lancée ?

Après un an d’opérationnalisation, le CBA a engrangé quelques résultats encourageants :

L’organisation  de la 3e session du Conseil des ministres du Conseil international consultatif du cajou à Ouagadougou, du 17 au 20 décembre 2019. A l’issue de cette rencontre de haut niveau qui a réuni des ministres et représentants de onze (11) pays, le Burkina Faso a été désigné comme pays assurant la présidence en exercice du CICC ;

L’organisation de la participation du Burkina Faso au forum mondial du cajou du 12 au 14 février 2020 à Abidjan, en République de Côte d’Ivoire. La participation du Burkina a permis à notre pays de nouer des partenariats divers à travers, notamment, des rencontres B2B, G2B et G2G.

La mise à disposition des quatre (04) faîtières de la filière anacarde des ressources financières à travers la signature d’une convention de subvention en février 2020. Cette subvention finance, notamment, le fonctionnement des secrétariats permanents des faîtières, l’organisation de la campagne de commercialisation 2020 et le renforcement de leurs capacités respectives ;

la signature, le 12 août 2020, d’une convention de partenariat pour la réalisation d’activités de recherche sur la filière anacarde entre le CBA et l’INERA au titre de l’année 2020 ;

la formulation d’une initiative de mise à niveau des unités de transformation existantes d’un coût global prévisionnel de près de deux milliards (2 000 000 000) FCFA  sur une période de 3 ans. L’adoption et la mise en œuvre de cette initiative devrait permettre d’accroître la compétitivité des unités de transformation existantes ; toute chose qui permettra de consolider des emplois existants et d’en créer de nouveaux ;

la mobilisation des investisseurs privés  autour du projet de mise en place d’une usine école de transformation de la noix brute de cajou d’une capacité de 30 000 tonnes dont l’installation devrait, à terme, créer environ 1 500 emplois ;

l’organisation du 03 au 09 octobre 2020 de tournées régionales d’information et de sensibilisation sur les mécanismes de financement public au profit des acteurs de la filière anacarde dans les Cascades, les Hauts-Bassins, le Centre-Ouest et le Sud-Ouest, afin que ceux-ci puissent bénéficier des Fonds de relance économique de la COVID-19;

– la signature, le 13 novembre 2020, d’une convention avec l’Agence de financement et de promotion des petites et moyennes entreprises (AFP-PME), pour la mise en œuvre de l’Initiative de renforcement du capital productif des entreprises  de la filière anacarde au Burkina Faso (IRCP-Anacarde BF).  D’un coût global prévisionnel d’environ 550 millions sur une période de 2 ans, l’IRCP-Anacarde BF consistera, notamment, à :

– renforcer les capacités productives de micros, petites et moyennes entreprises de transformation dans la filière anacarde  sous forme de subvention en équipements;

– faciliter l’accès des petites et moyennes entreprises de transformation dans la filière anacarde, au financement du besoin en fonds de roulement à un taux d’intérêt bonifié ; 

– l’élaboration et l’adoption d’un manuel de procédure administratif, comptable et financier  du CBA.

Quels sont actuellement les points de satisfaction et les goulots d’étranglement à lever pour un meilleur développement du secteur ?

Les points de satisfaction sont la volonté politique autour de la filière marquée par un soutien sans faille des plus hautes autorités aux initiatives de développement de la filière, les financements rendus possibles par le truchement de prélèvements sur les exportations et les réexportations de noix brutes de cajou et l’intérêt de plus en plus croissant du secteur privé national à investir dans la production et la transformation des produits de l’anacardier.

Cependant, il reste encore d’énormes défis à relever dans les domaines de la production, de la transformation, de l’organisation et de la régulation de la filière.

Au niveau de la production, il s’agira de :

Promouvoir la recherche sur le matériel végétal performant ainsi que sa vulgarisation en vue d’accroître les rendements des vergers qui sont encore faibles ;

Vulgariser les bonnes pratiques agricoles et de post-récolte.

Au niveau de la transformation :

Mettre en place une usine école de formation sur les métiers en lien avec la transformation du fruit de l’anacardier ;

Promouvoir la création d’entreprises à travers la mise en œuvre de l’Initiative Anacarde qui vise à atteindre un taux de transformation de 45% d’ici 2024, à travers l’accompagnement à la création de 24 unités de transformation de la noix et de la pomme de cajou dans les quatre principales régions de production ;

Procéder à la mise à niveau des unités de transformation existantes ;

Valoriser les coproduits de l’anacarde (coque et pomme) par leur promotion auprès des investisseurs privés.

En matière d’organisation et de régulation, les actions phares à réaliser consisteront à :

Mettre en place un mécanisme de fixation des prix ;

Mettre en place des agréments en qualité d’acheteur et exportateur de noix de cajou ;

Renforcer les capacités des acteurs directs de la filière afin qu’ils jouent pleinement leur rôle.o

Propos recueillis par JB

 

Encadré 1

Attributions

Les membres des organes dirigeants ont été nommés le 16 octobre 2019 (administrateurs,  président du Conseil d’administration et  Directeur général.

Ses attributions sont :

En matière de régulation :

– Contribuer à la mise en place d’un mécanisme de fixation de prix bord champ minimum garanti aux producteurs et veiller au respect de l’application de ces prix ;

– Élaborer et faire respecter des codes de bonne conduite au sein de la filière anacarde ;

– Instruire les demandes d’agréments des acteurs de la filière ;

– Veiller au respect des principes et règles régissant les activités de la filière, notamment, en matière de commercialisation des produits de la filière.

En matière de suivi :

– Faire procéder à l’audit et au suivi des services concédés au sein de la filière anacarde ;

– Suivre les demandes d’agréments des acteurs de la filière ;

– Collecter et gérer les informations techniques, agronomiques, économiques ou financières relatives à la filière anacarde.

En matière de développement des activités de la filière :

– Contribuer à fournir l’appui-conseil dans le domaine de la production, de la transformation, de la commercialisation et de la promotion de l’anacarde;

– Contribuer à la formulation de la politique et de la stratégie de l’industrie en matière de production, de traitement, de commercialisation, de recherche et de formation des acteurs de l’anacarde ;

– Participer à l’élaboration, à la validation et au suivi du respect des normes de qualité en collaboration avec les structures compétentes.

 

Encadré 2

Les partenaires clés

S’agissant des partenaires du CBA, ils sont de deux ordres. Le premier groupe est constitué des acteurs directs de la filière organisés en interprofession. Il s’agit du Comité interprofessionnel de l’anacarde du Burkina Faso (CIAB) regroupant les faîtières des trois maillons de la filière, à savoir l’Union nationale des producteurs d’anacarde du Burkina (UNPA-BF), l’Association nationale des transformateurs d’anacarde du Burkina Faso (ANTA-BF) et l’Union nationale des commerçants et exportateurs d’anacarde du Burkina (UNCEA-BF). En rappel, ce sont ces quatre faîtières qui représentent les acteurs directs au sein du Conseil d’administration.

Le deuxième groupe de partenaires est constitué de structures publiques, en l’occurrence les départements ministériels intervenant dans la filière, à savoir le ministère en charge du commerce, le ministère en charge de l’agriculture, le ministère en charge de l’environnement, le ministère en charge de la recherche scientifique, les instituts de recherche, les institutions internationales comme le Conseil international consultatif du cajou (CICC), l’Alliance du cajou africain (ACA), Com Cashew, etc.

 

Encadré 3

Les organes dirigeants

A

u titre des organes dirigeants, nous avons le Conseil d’administration fort de 9 administrateurs, dont quatre représentants des acteurs directs, 4 représentants de l’administration centrale et un représentant du personnel.

C’est donc un Conseil d’administration équilibré pour que tout ce qui se décide comme action puisse se faire de façon participative et inclusive. C’est cette instance qui donne les orientations sur ce que la Direction générale doit faire. Le programme d’activités est adopté par le Conseil d’administration et est soumis aux deux ministres de tutelle qui le valident en dernier ressort.

Après le Conseil d’administration, il y a la Direction générale qui est chargée de la gestion courante de la structure et ce, conformément aux orientations du Conseil d’administration et des ministères de tutelle. Elle comprend les Directions techniques et les structures d’appui.

Pour ce qui est du mode de financement, les ressources du Conseil burkinabè de l’anacarde sont constituées notamment des retenues consenties sur les prélèvements sur les volumes à l’exportation et à la réexportation de noix brutes de cajou.o

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Numéro d'édition: 370

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