Sécurité et défense: la grande muette parle aux candidats

Les questions de  sécurité et la défense du territoire  se sont invitées naturellement dans les programmes des candidats à cette élection présidentielle. Chacun y va de son diagnostic et de ses propositions afin de contenir et de repousser l’insécurité dans laquelle le pays et les populations sont plongés depuis 2016, date du début du mandat du président sortant, Roch marc Christian Kaboré .Ce dernier a pris le pouvoir dans un contexte de démantèlement du  célèbre Régiment de sécurité présidentielle ( RSP) et d’attaques terroristes  de grande envergure ( Capuccino, Istanbul Café, Arbinda, etc). Il a fallu réorganiser le système de défense et de sécurité pour parer au plus pressé avec les résultats que l’on connait aujourd’hui. C’est sur ce bilan que le candidat propose un nouveau contrat avec les Burkinabè, tandis que les insuffisances de ce bilan sont montées en épingle par les autres candidats pour proposer une nouvelle approche dans la gestion  de la sécurité nationale.

Morceaux choisis dans les programmes politiques

Le candidat président veut  consolider ses acquis

Roch M.C. Kaboré s’engage, s’il est à nouveau élu, de « gagner le pari de la sécurité et de la stabilité du pays »

Pour ce faire, il entend augmenter les effectifs des armées et les outiller à travers le renforcement de leurs moyens matériels et leurs compétences afin d’accroître leurs capacités opérationnelles.

La restructuration de la Défense nationale pour disposer d’une Armée républicaine, bien entraînée, bien équipée et apte à défendre l’intégrité du territoire national et à assurer la protection va se poursuivre.  Il compte poursuivre la restructuration des forces de défense et de sécurité.

Le président candidat s’engage également, « particulièrement », à la mise en œuvre de la loi de programmation militaire, à la formation et au  déploiement des volontaires pour la défense de la patrie (VDP)  dans les actions de sécurisation du pays.

Le candidat Yacouba Isaac Zida (MPS) compte corriger les dysfonctionnements du système actuel

« Après la dissolution du RSP en 2015 par le gouvernement de la Transition, le pays s’est retrouvé presque sans défense, avec une armée qui n’avait aucune expérience des opérations ni en vrai ni même en exercice. Le commandement militaire n’était nullement accoutumé à la gestion de crises et à la prise d’initiatives. Le résultat sur le terrain, c’est que non seulement les FDS sont incapables de défendre de manière efficace la population, mais elles sont elles-mêmes presque quotidiennement massacrées par les terroristes qui contrôlent quasiment la partie Nord et Est du territoire national. Pour ce faire,  il propose dans son programme «  Bâtir ensemble un Burkina meilleur », des réformes dans plusieurs directions. Il  s’agit d’une réforme globale du secteur de la sécurité. Avec pour objectif, entre autres,  de :

• Corriger tous les dysfonctionnements pour rendre les organismes de sécurité aptes à œuvrer dans un cadre de gouvernance démocratique, sans discrimination et dans le plein respect des droits de la personne et de l’État de droit.

• Mettre en œuvre une approche globale de la réforme, laquelle concernera toutes les institutions de la sécurité (forces armées, gendarmerie, police, services de renseignement, Douane, services des eaux et forêts, garde de sécurité pénitentiaire, services de sécurité privés et communautaires, les ministères, le Parlement, les Commissions des droits de l’Homme, les organisations de la société civile)

• Adopter et mettre en œuvre spécifiquement la question de l’équipement, une loi de programmation budgétaire d’urgence pour mettre à la disposition des FDS les équipements modernes nécessaires à une lutte efficace contre le terrorisme.

Tahirou Barry du MCR et les 1.000 milliards

Son  manifeste pour un Burkina uni et fort propose 30 mesures fortes  qui découlent de deux axes stratégiques de son programme : refonder les institutions et moderniser l’Administration, et transformer le système éducatif afin de créer un Burkinabè nouveau. Sur le volet sécuritaire, le candidat du MCR veut réviser la loi portant programmation militaire pour porter le budget à mille (1000) milliards et soumettre une autre loi de programmation sécuritaire de 1000 milliards afin de soutenir l’efficacité et l’efficience des Forces de défense et de sécurité (FDS) face au terrorisme. Au niveau de la gestion des hommes, son postulat est de responsabiliser à la tête des structures sécuritaires et militaires des chefs crédibles, compétents et proches des troupes. Côté infrastructures et financement, le candidat Barry propose de « construire des garnisons militaires en dehors des villes et de transformer ceux des villes en hôpitaux militaires spécialisés ».

Me Noël Gilbert Ouédraogo est plus prolixe et documenté sur le sujet.

Il résume le défi en ces termes : « La défense du territoire national consiste à sécuriser nos frontières et à assurer ainsi notre souveraineté. Or, avec le défi terroriste, cette mission est mise à rude épreuve, et cette problématique s’impose comme une priorité nationale ».  C’est ainsi qu’il propose plusieurs actions d’envergure pour le relever. Ces actions reposent sur deux piliers : la prévention et l’opérationnel : « La prévention consiste à consolider notre système de renseignement à travers une dotation conséquente en moyens, mais aussi une collaboration étroite avec les populations et les Etats partenaires tels que ceux de l’espace CEDEAO. L’opérationnel consiste  à répondre efficacement aux défis sécuritaires à travers également une dotation conséquente en ressources humaines, matérielles et financières ». Cependant, le candidat de l’ADF-RDA voit la question de la sécurité et de la défense d’une façon holistique, à travers le lancement d’un plan de développement harmonieux des régions, la mobilisation des couches sociales dans la prévention et la gestion de l’insécurité et le renforcement des services de renseignement. Naturellement, il entend augmenter le budget des armées, relire la loi de programmation militaire pour prendre en compte les pupilles de la Nation et mettre en œuvre diligemment  le plan stratégique des réformes des forces armées adoptées en 2017 et opérationnaliser le Centre national d’études stratégiques (CNES).

Eddie Komboïgo (CDP) : l’homme de la réconciliation d’abord

Le patron de l’ex-parti au pouvoir reste dans sa logique de rien ne peut se construire durablement sans la réconciliation des Burkinabè  Elle demeure la réponse qui correspond le mieux aux attentes du peuple burkinabè. Elle devient, au fil du temps et des évènements, la condition sine qua non de l’aboutissement des efforts de restauration de la paix sociale et de la sécurité nationale, voire le préalable indispensable à toute œuvre de développement socioéconomique véritable. Il propose donc de : – organiser des concertations nationales à l’intérieur et à l’extérieur du pays afin de jeter les bases de la réconciliation nationale ; – organiser un forum de réconciliation nationale dont le comité de pilotage sera assuré par des personnalités morales et des autorités coutumières et religieuse et  mettre en place une Commission vérité, justice, réparation et réconciliation. Au regard du contexte national  actuel, Eddie Komboïgo propose  de revoir l’architecture des Forces de défense et de sécurité afin de répondre aux impératifs immédiats et ceux à venir. Il propose  des  réformes des ministères de la Défense et de la Sécurité ;  la création d’un Centre national de surveillance du territoire ; la reconquête des zones de notre pays occupées par les terroristes ; la dotation en matériel adéquat des Forces de défense et de sécurité ; la stabilisation des zones récupérées (présence sécuritaire, réhabilitation des infrastructures, retour des institutions représentant l’Etat) ;  le retour des déplacés. L’homme n’exclut pas la possibilité de négocier avec les groupes rebelles en vue de parvenir à leur désarmement et à leur réinsertion dans la société.

Do Pascal Sessouma (Vision Burkina): garantir la paix et démilitariser

Une position aux antipodes des autres candidats. Il prône le pacifisme, la dissolution de l’armée et la reconversion des soldats.  Son premier engagement est  le rétablissement de la paix et la démilitarisation du Burkina Faso. C’est le second segment de cet engagement qui a eu plus d’écho que le premier qui prône d’abord le rétablissement de la paix, ensuite, seulement la démilitarisation du pays. Son programme donne des indications sur le processus de  démilitarisation, la première étape, c’est la négociation avec « qui de droit,   pour arrêter cette guerre.  Le Burkina Faso n’as pas de pétrole, le Burkina Faso n’a pas à subir les conséquences collatérales désastreuses d’une guerre du pétrole ». Et Vision Burkina croit savoir que « qui de droit » se trouve au Proche et Moyen-Orient.

La démilitarisation interviendra après le rétablissement de la paix. Il va consister en des départs volontaires assortis d’indemnisations, de reversement dans d’autres corps comme la gendarmerie, les sapeurs-pompiers ou des bataillons de la paix comme « le bataillon Laafi » qui, lui, sera maintenu comme contribution du Burkina aux opérations de maintien de la paix.  « D’autres seront reversés dans les corps  para militaires en conservant tous leurs avantages. Et certains iront renforcer le secteur de la Douane, pour mieux sécuriser les agents qui risquent leur vie jour et nuit dans la chasse aux fraudeurs et aux trafiquants. Vous l’aurez compris, dans cette vaste opération de réforme de l’Armée nationale, certains corps seront préservés et renforcés en termes de moyens techniques et financiers ». 

Mais l’élément important de son programme sur la mise en œuvre de ce premier engagement est  assorti de deux conditions. Une consultation nationale pour avoir l’adhésion du peuple et l’autre au sein de l’armée afin de s’assurer que tout le monde est d’accord avec son projet. L’enjeu de ces deux (02) consultations est capital : « Si les deux conditions ne sont pas réunies, il n’y aura pas de réforme de l’armée, donc si le candidat de Vision Burkina est élu à la Présidence du Faso, lui qui aura fait de la démilitarisation du Burkina le socle de son programme de gouvernement et de son projet de société,  il devra en tirer toutes les conséquences, et présenter sa démission. »

Monique Yeri Kam: impliquer le génie militaire dans le développement du pays

Elle est l’unique femme en lice  pour la présidentielle. Son cheval de bataille c’est l’éducation, mais sur la question de sécurité et de défense, son programme n’est pas muet : 

« Notre défense doit s’inscrire dans une logique visant à surmonter les clivages et les replis identitaires de toutes sortes et sous toutes les formes, et à enraciner de façon durable l’esprit républicain, et l’attachement à la paix et à la démocratie dans notre pays. C’est l’un des objectifs majeurs de la construction nationale ». Elle envisage de faire jouer le renforcement des capacités civiles  et militaires  tout en misant sur la coopération régionale et  internationale pour le renseignement.

Au titre de l’l’amélioration de l’image des Forces de défense et de sécurité,  la Yennenga de l’éducation travaillera à « une implication accrue et déterminante du Génie militaire dans les plans de développement des campagnes ; une élimination des mauvaises pratiques dans les rangs des éléments de la Police nationale au profit des contrôles plus respectueux et plus responsables des usagers. Pour ce faire, une étude sera menée sur les conditions de vie des Forces  de défense et de sécurité dans le but de leur assurer la sécurité dans l’emploi, en mettant un accent sur :  le casernement et le logement adéquat des militaires et des personnels de la sûreté nationale,  un monument dans chaque chef-lieu de région où des honneurs seront localement rendus lors des grands évènements nationaux aux soldats morts pour la Patrie ; la création d’une structure en charge des pupilles de la Nation.

Kadré, Désiré Ouédraogo (Mouvement Agir ensemble) veut jouer sur les causes de l’insécurité

Dans son programme, le candidat KDO a énoncé 100 priorités nationales, regroupées en cinq grands axes. Il part du postulat que rien ne peut se  construire dans l’insécurité, la peur et la division. Aussi, pour restaurer la paix, ses objectifs en matière d’insécurité et de radicalisation sont les suivants  :  assécher les sources de recrutement des mouvements extrémistes en installant dans les zones les plus touchées, des activités génératrices de revenus significatifs ; recruter et former plus de militaires pour désamorcer la menace terroriste ; créer un plan de rattrapage pour les enfants déplacés n’ayant pas suivi de cours pendant plusieurs mois ;  former les déplacés internes à des métiers leur permettant de générer des revenus dans les localités où ils se sont réfugiés. Il propose également de créer le Conseil de sécurité nationale burkinabè (CSNB). Cette institution est spécifiquement chargée de conseiller le président du Faso sur l’intégration des politiques internes, étrangères et militaires liées à la sécurité nationale. Elle est également  chargée d’élaborer des politiques coordonnées d’anticipation des menaces (par le renseignement) et d’actions dans tous les domaines civils et militaires pouvant affecter la sécurité du Burkina Faso.

Pr Abdoulaye Soma (Soleil d’Avenir) : service militaire obligatoire

Le candidat Soma voit la question de  sécurité et de  défense d’abord sous l’angle de la réconciliation nationale  dans un pays qui est comme un moteur en panne. Pour lui, il faut de nouveaux acteurs : «  Il faut trouver un nouvel acteur, neutre et extérieur au problème, qui peut s’interposer, séparer, réconcilier, unifier et sécuriser ». La réconciliation dont il parle devrait être  complétée par la stabilisation de la situation sécuritaire. C’est ainsi qu’il propose les mesures suivantes : «  Un service militaire obligatoire d’un an au moins dans les différents corps des FDS pour les jeunes de 20 à 35 ans sera institué. Chaque année, 1 million de jeunes sont autorisés ou appelés à faire leur service militaire obligatoire dans les différents corps des FDS pendant un an, cette durée étant fractionnable au maximum 4 fois. Cela permettra d’avoir une sorte de ressources humaines massives à la disposition des FDS, un grand apport pour la sécurité personnelle et institutionnelle. La formation suivie, ainsi que le déploiement des appelés dans les différents corps des FDS vont accroître la discipline sociale, le civisme et le maintien de l’ordre. Un investissement conséquent sera fait pour augmenter et moderniser la logistique d’opération des différents corps et services des FDS ».

Zéphirin Diabré veut faire du Faso une puissance sous-régionale

Pour cela, il compte s’appuyer sur 5 axes stratégiques : (1) leadership stratégique au sommet de l’Etat ; (2) architecture de la sécurité nationale ; (3) renforcement des capacités et réorganisation de nos FDS (3); (4) mobilisation et résilience des Burkinabè ; (5) coopération en matière de défense et de sécurité, afin de relever le défi sécuritaire, l’Etat burkinabè avec, et préparer le futur de la sécurité pour les générations à venir.

Contre le terrorisme, il envisage de mettre en œuvre le concept « Bugum saga » : sa doctrine de sécurité nationale. «  Avec cette doctrine, nous entendons faire pleuvoir le feu sur ceux qui nous attaquent ou planifient de le faire. C’est notre concept de dissuasion cumulative que nous appelons aussi dissuasion totale. C’est la mise en commun des ressources de la Nation et leur utilisation pour causer une force létale disproportionnée, mais responsable, au niveau opérationnel, afin de dissuader, repousser ou anéantir l’ennemi de façon dynamique ». Derrière ce concept, se cachent des objectifs stratégiques suivants :

1- Détruire les groupes armés terroristes (GATs) et passer d’une situation de guerre à une situation de dissuasion. Cela est le problème militaire principal à résoudre ;

2- Restaurer la sécurité des populations de façon durable dans les territoires sous menaces GATs ;

3- Renforcer et consolider la légitimité de l’Etat.

Me Ambroise Farama : la souveraineté ne se marchande pas

Dans le programme politique de Me Ambroise Farama, tout le chapitre 1 est consacré à la question de la sécurité et de la défense du territoire. Il en fait sa première priorité s’il est élu. Celle de  «  mettre en œuvre un système de sécurité et de défense performant, en vue d’assurer l’intégrité du territoire national ainsi que le retour de l’Administration sur l’ensemble du territoire, et celui des populations à leurs lieux de travail et de résidence d’origine.  Cela passe par un  meilleur maillage du territoire. Aussi, il compte augmenter la part du  budget affecté à ce secteur de 14% à 20%.  Doter les Forces de défense et de sécurité de moyens matériels et humains  nécessaires à leur mission. En outre, il compte doter chacune des 13 régions territoriales d’une Région militaire, d’un Groupement de gendarmerie et d’une Direction régionale de la Police ». L’OPA-BF est contre la présence des forces étrangères sur le territoire national. A cet effet, le candidat demandera le retrait des bases militaires étrangères du Burkina.

Docteur Jean claude  Tassembedo, candidat indépendant : une force spéciale

Il propose un gouvernement restreint avec un ministère de la Défense dont il énonce les spécificités :

•Mettre en place une politique de défense et de sécurité républicaine et débarrassée du spectacle;

Créer et/ou renforcer l’armée par une force de défense spécialisée, rompue aux missions particulièrement délicates;

•Mettre en place un Comité de guerre où siègent des vétérans de guerre, et des militaires reconnus pour leurs compétences. Leurs rôles est de faire des propositions pour l’équipement et les stratégies militaires;

•Faire des coopérations militaires gagnant-gagnant pour le renseignement, pour les opérations tactiques en appui à nos FDS; et aussi le recyclage et le renforcement des capacités de nos FDS;

•Mettre en œuvre une politique de nouvelles technologies comme les drones armés au profit des FDS.o

Synthèse de FW

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Numéro d'édition: 368

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