Barbara Ky, économiste à l’UEMOA, demande de réduire le temps des femmes en mettant à leur disposition, des ouvrages hydrauliques, l’énergie solaire, du gaz…afin qu’elles aient plus de temps à mener des activités génératrices de revenus. (Ph. LeFaso.net)

Travaux domestiques 5 heures par jour pour les femmes

• Contre 1 heure pour leurs partenaires masculins

• Selon une étude du Dr Barbara Ky

• Le travail non rémunéré impacte sur le PIB national

Les travaux domestiques sont essentiellement assurés par les femmes. Aller chercher le bois de chauffe, puiser l’eau, aller au marché, laver les enfants, préparer à manger…autant de corvées que les femmes exécutent chaque jour. L’autre moitié du ciel consacre beaucoup de son temps à ces travaux, mais, malheureusement pas rémunérés et pas comptabilisés dans le Produit intérieur brut (PIB). Toute chose qui biaise les indicateurs macroéconomiques.
Deux économistes et expertes en genre se sont intéressées à ce qu’elles qualifient de « travail non rémunéré ». Il s’agit du Docteur Barbara Ky, économiste à l’UEMOA, et de Mariamé Ouattara, économiste, experte en genre.
Elles ont partagé leur expérience à la faveur du traditionnel rendez-vous de l’Institut Free Afrik, autour du thème : « Le travail non rémunéré et la condition de la femme au Burkina Faso », le 5 mars 2020 à Ouagadougou.
D’entrée, l’économiste Barbara Ky note que lorsque l’on parle de travail non rémunéré, l’idée qui émerge souvent, est que l’on veut revendiquer une rémunération pour ce travail. Cette conception est fausse, selon celle qui définit le travail non rémunéré comme l’ensemble des services et de certains biens que les ménages fournissent pour leur propre consommation. Il s’agit simplement d’un vocable de comptabilité nationale par opposition au travail de l’économie marchande, dit-elle.
Barbara Ky ajoute que c’est parce que ce travail ne donne pas lieu à des flux monétaires qu’il est appelé ainsi. Sur la base de son livre intitulé « Le travail non rémunéré, enjeu pour le développement ».
Elle dit constater que les femmes ont plus d’heures de travail que les hommes, mais paradoxalement, elles sont les plus pauvres. Autre constat est que dans les pays en voie de développement, les femmes mènent trop d’activités, mais curieusement, leur travail n’est pas comptabilisé dans les statistiques. Partant de ces deux constats, Barbara Ky souligne qu’il y a un problème d’analyse.

Le travail non rémunéré n’est pas l’apanage des femmes.
Elle a rappelé que la production était définie dans le Système de comptabilité national (SCN). Le SCN est le référentiel qui sert à calculer le PIB d’un pays, lister les activités avec une certaine nomenclature. Le travail c’est toute activité qui concourt à la production (marchande, non marchande) et les ménages.
En 1993, le SCN a connu une évolution majeure en élargissant la production à celle des ménages pour leur autoconsommation. Malgré tout, Barbara Ky fait remarquer que c’est une partie de la production des ménages qui est comptabilisée dans le PIB. La partie qui est comptabilisée dans le PIB (les biens : battage des céréales, collecte du bois de chauffe, puiser l’eau, les travaux agricoles de subsistance…).
Et ce qui est exclu du PIB (les services : femme de ménage, garde des enfants, faire la cuisine, faire le ménage, l’ensemble des activités de reproduction). Elle a tenu à faire remarquer que le travail non rémunéré n’est pas l’apanage des femmes.

Les recommandations
« Si le travail non rémunéré appauvrissait les femmes ? », s’est-elle demandé.  Elle poursuit que la pauvreté n’est pas que monétaire mais aussi un manque de choix. Le travail non rémunéré est une des causes fondamentales de l’ensemble des inégalités. Pour remédier à cette situation, elle préconise d’appliquer la règle des 3 R. C’est-à-dire « le reconnaitre », « le réduire » et « le redistribuer ».
Barbara Ky demande aussi de revoir les agrégats économiques et travailler davantage sur la macroéconomique. Mettre en place la budgétisation sensible au genre. C’est-à-dire réduire le temps des femmes en mettant à leur disposition, des ouvrages hydrauliques, l’énergie solaire, du gaz…afin qu’elles aient plus de temps à mener des activités génératrices de revenus. Revoir le contenu des curricula.

Ambèternifa Crépin SOMDA


L’équivalent de 65% du PIB

Le travail non rémunéré qui n’est pas comptabilisé au Burkina Faso est l’équivalent de 65% du PIB, selon l’enquête réalisée en 2009. Les politiques économiques que nous bâtissons, c’est à partir des agrégats, et l’un des agrégats majeurs est le PIB. Si le travail non rémunéré n’est pas pris en compte, ce que le PIB établit n’est pas bon. Elle recommande que l’autre partie du travail non rémunéré qui n’est pas comptabilisé dans le PIB le soit, sur ce, elle attire l’attention du gouvernement.
Le travail non rémunéré est une des insuffisances majeures du PIB qu’il faudra corriger pour améliorer les indicateurs du Burkina Faso. Des politiques publiques qui puissent permettre de réduire ce facteur temps qui empêche la femme de s’épanouir et d’être autonome. Il faut quantifier le travail non rémunéré pour capter cette partie qui n’est pas dans le PIB.


Lecture des journaux: 25 minutes pour la femme et 41 minutes pour l’homme

Car le travail non rémunéré est une variable macroéconomique très importante. Se basant sur une étude qu’elle a réalisée en 2009 sur le budget temps, il ressort que les hommes ont plus de temps d’étude que les femmes, le temps de lecture (médias), les hommes y consacrent 41 minutes et les femmes 25 minutes ; le repos, les hommes consacrent plus de temps que les femmes ; l’activité économique de marché, les hommes (4heures) et les femmes (3heures), et l’activité domestique, les femmes 4heures 56 minutes et les hommes, 59 minutes. La majeure partie de la production des hommes est comptabilisée à 90% dans le PIB, ce qui n’est pas le cas des femmes. Ces statistiques concernent tous les âges, de 6 à 65 ans. L’enquête n’a pas pris en compte les activités simultanées (faire la cuisine tout en surveillant les enfants).

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Numéro d'édition: 336

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