Source : Rapport 2018 de l’ARCEP Entre 2014 et 2018, le nombre d’emplois directs créés dans le secteur de la télécommunication a baissé de 317 personnes. Une des raisons est le recours à l’externalisation de certains emplois.

Externalisation des emplois :des retenues inexpliquées sur les salaires

• Sécurité privée, banques, mines, télécoms, les secteurs les plus prisés

• Réduire les charges et éviter les conflits de travail, le prétexte

Le nombre d’emplois directs créés dans le secteur de la télécommunication baisse d’année en année. Il est passé de 1.512 à 1.195 entre 2014 et 2018, soit une diminution de 317 personnes. 

Pour le rapport 2018 de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) qui révèle cette information : « Cette réduction de l’effectif total s’explique principalement, par la baisse du nombre des employés de l’ONATEL (notamment, des départs à la retraite non remplacés) et à l’externalisation de certaines fonctions par les opérateurs (Ndlr : ils sont 3 opérateurs) ».
Toutefois, poursuit le rapport : « Cette réduction est compensée par les emplois indirects qui se créent autour des activités de communications électroniques (vente de cartes de recharge, réparateurs de terminaux, gérants de shops, vente d’appareils terminaux et accessoires) ».
L’externalisation des emplois est devenue une mode dans certains secteurs dont celui des télécommunications. Le secteur minier, celui des banques, des stations-services, la sécurité privée, etc. font recours à l’externalisation pour certains postes.
Pour une source au niveau de l’Agence nationale de la promotion de l’emploi (ANPE), les recrutements et les placements des travailleurs étaient réservés à l’ANPE. « Mais depuis la libéralisation du marché de l’emploi dans les années 90, l’ANPE a perdu le monopole des recrutements et des placements ». Cette libéralisation a permis l’ouverture de bureaux ou offices privés de placement.
Salamé Zongo, Inspecteur du travail en service à la Direction général du Travail, clarifie les concepts. Pour lui, on parle de « bureau privé de placement » et « d’entreprise de travail temporaire ». Chacun exerce un travail spécifique, même si l’entreprise joue sur les deux tableaux souvent.
Le placement, c’est le fait de mettre en relation un travailleur avec un employeur contre une commission. Le bureau de placement n’interfère pas dans le contrat que ce travailleur signe avec son employeur.
On parle de travail temporaire lorsqu’une entreprise recrute un travailleur et le met à la disposition d’une autre entreprise qui en exprime le besoin pour exercer un travail temporaire. Le plus souvent, ce travail est ponctuel avec une durée limitée, pour remplacer soit une femme en congé de maternité, soit un malade ou pour pallier le surplus de travail dans l’entreprise. L’entreprise de travail temporaire peut disposer d’un registre des emplois et fait appel à une personne en fonction du profil ou lance un recrutement ouvert. L’exercice des 2 activités requiert un agrément d’une validité de 5 ans renouvelable, délivré par le ministère en charge du travail. Le dossier est déposé à la Direction générale du Travail qui traite le dossier.

Mais des dérives sont constatées
Selon le constat de la Direction générale du Travail, plusieurs entreprises exercent ces activités sans le moindre agrément par ignorance. Ce constat a amené la Direction à entreprendre une activité de communication en novembre 2019, pour les interpeller. L’activité a eu un impact, puisque la Direction a enregistré de nouvelles demandes juste après. Une étude en cours de finalisation de la même Direction évoque aussi la réduction des charges comme une des raisons qui poussent les entreprises à faire recours à l’externalisation du travail. Pourtant, cette pratique peut s’avérer plus onéreuse pour l’entreprise utilisatrice.
En effet, le cahier des charges exige la signature d’un contrat de travail entre le travailleur et l’entreprise utilisatrice. Ce contrat doit préciser qu’il s’agit d’un travail temporaire. La nature du travail et la durée du travail doivent être clairement précisées. Le salaire servi et les charges de sécurité sociale servis à ce travailleur doivent être conformes à ceux servis aux travailleurs de l’entreprise utilisatrice. L’entreprise de placement perçoit une commission qu’elle négocie avec l’entreprise utilisatrice.
Cette commission n’a rien à voir avec le salaire du travailleur. Pourtant, des entreprises de placement opèrent des retenues sur les salaires des travailleurs, ce qui est contraire à la loi qui interdit que le travailleur supporte cette commission. Pour certaines entreprises, le recours à l’externalisation est une manière d’éviter la gestion des conflits de travail en ne gérant pas directement les travailleurs.
Il se trouve des situations où les travailleurs temporaires perçoivent des salaires moindres que ceux de l’entreprise pour le même poste. Un ancien employé d’une société de téléphonie confirme. Au service juridique, il percevait le double du salaire de son collègue travailleur temporaire qui perçoit son salaire mensuel en retard, s’il ne traîne pas d’arriérés de salaire. Pourtant, la société utilisatrice versait régulièrement son salaire à l’entreprise de placement.
Toutes ces dérives sont liées au non-respect du cahier des charges, selon la Direction générale du Travail qui invite les médias qui publient les avis de recrutement de ces bureaux de placement ou entreprises de travail temporaire à exiger le numéro de l’agrément de la société avant toute publication.

Elie KABORE

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Numéro d'édition: 334

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