L’ancien administrateur de la Banque mondiale, le Burkinabè Seydou Bouda, note que ses compatriotes «veulent une chose et son contraire : le développement et en même temps faire beaucoup de grève». (Ph. DR)

Industrialisation du secteur coton : Les facteurs handicapants, selon Seydou Bouda (ancien administrateur de la Banque mondiale)

• Coût élevé des facteurs de production

• Grèves et sit-in: «Les investisseurs n’aiment pas le bruit»

• Créer un Fonds pour l’industrialisation

Le problème majeur de la filière coton-textile du Burkina Faso demeure le faible niveau de transformation locale de la fibre et de la valorisation des sous-produits. Le pays produit annuellement 250.000 tonnes de fibres, malheureusement, moins de 2% du coton produit est transformé. Conséquence, le pays achète chaque année, des produits textiles finis pour environ 70 milliards FCFA.
Comment freiner cette saignée financière et permettre aux 4 millions de personnes de vivre des dividendes de cette rente? Mais surtout comment le pays des Hommes intègres peut-il asseoir son développement économique et social sur la production et la commercialisation de cette culture de rente?
Toute chose qui permettra au pays de retrouver sa première place de producteur de coton d’Afrique de l’Ouest. Selon Seydou Bouda, ancien ministre, ancien Ambassadeur, et ancien administrateur au Conseil d’administration de la Banque mondiale, le Burkina Faso dispose de tous les atouts pour industrialiser son coton. Il cite le potentiel de la matière première (le coton produit) et la main d’œuvre existante. Mais foi de cet économiste planificateur, ces deux variables ne suffisent pas.
Le pays doit lever d’autres goulots d’étranglement qui ne sont pas insurmontables, selon lui, mais cela requiert un sacrifice collectif et surtout de la volonté politique. Il a donné ces pistes de solutions lors du panel sur le thème inaugurale de la 2e édition du Salon international du coton et du textile (SICOT): «Production et transformation du coton: moteurs d’industrialisation et de croissance économique pour les Etats africains». Seydou Bouda a énuméré trois principaux facteurs qui empêchent le Burkina Faso d’aller à une industrialisation du textile. Ce sont: le rôle de l’Etat ; le rôle de l’entrepreneur et les coûts des facteurs.

L’industrialisation du textile au Burkina Faso est possible, à condition que le pays lève les trois goulots d’étranglements que sont : volonté politique affichée ; entrepreneur qui aime le goût du risque et les coûts de facteurs de production. (Ph. DR)

Rôle de l’Etat
«L’Etat doit-il se réinvestir dans le réarmement industriel du pays ?» Oui, répond-il. Pour lui, il n’y a pas à tergiverser, l’Etat, dans son rôle régalien, doit jouer toute la plénitude de ce rôle en étant aux avant-gardes de l’industrialisation du textile. Pour y arriver, il préconise que l’Etat puisse dénicher les potentiels investisseurs, les convaincre, les rassurer que le «retour sur investissement» est gagnant-gagnant.
Aussi, le gouvernement doit organiser la filière textile, organiser les acteurs et se doter d’une volonté claire de la transformation du textile. Créer un Fonds pour l’industrialisation et utiliser à bon escient les avantages des technologies de l’information et de la communication, en faisant en sorte qu’en 2 heures de temps, un investisseur puisse, à partir d’une plateforme sécurisée, créer son entreprise. Le gouvernement doit être surtout convaincu et animé d’une volonté sans faille que l’industrialisation est, certes, une nouveauté, mais est aujourd’hui le processus par lequel il faut parvenir pour amorcer le décollage économique.

Rôle de l’entrepreneur
A côté de l’Etat, le privé doit prendre toute sa place dans l’industrialisation du textile. « Il nous faut des entrepreneurs et des capitaines d’entreprises nouveaux », a souligné l’ancien ministre de la Santé du Burkina Faso. Il exhorte ceux-ci à oser prendre le risque d’investir dans la filière textile. Car, dit-il, c’est un secteur porteur.

Les coûts de facteurs
Sur ce volet, il a confessé ses regrets de constater que l’énergie coûte encore très cher au Burkina Faso. Pour lui, ce facteur est un véritable frein à convaincre un potentiel investisseur à financer un projet industriel. A cela s’ajoute le transport (1.000 km des corridors maritimes).
Il a aussi dénoncé la sous-qualification de la main d’œuvre au Burkina Faso (pas assez d’écoles ou instituts de formation orientés vers les métiers techniques). Sa grosse colère est venue du constat fait sur le nombre de grèves et de sit-in observé ces dernières années au Burkina Faso. Il s’appuie sur cette étude de l’Institut Free Afrik qui a révélé qu’en 2017, le pays des Hommes intègres a enregistré 68 grèves et sit-in en 2017, 41 grèves et sit-in en 2016, 16 en 2015 et 2014. «Avec autant d’arrêts de travail, aucun investisseur ne viendra investir et cela constitue un manque à gagner pour les recettes de l’Etat et des emplois perdus», s’indigne-t-il.

Ambèternifa Crépin SOMDA


La ZLECAF une opportunité à saisir

La filière textile au Burkina Faso doit être compétitive, créatrice de valeur ajoutée et créatrice d’emplois. Mais pour y arriver, les experts et professionnels de la filière recommandent une approche holistique de la problématique, le développement du secteur privé à travers le renforcement des capacités des PME/PMI.
Selon les experts, la zone de libre-échange africaine (ZLECAF) est une opportunité que le pays devrait saisir. D’après l’Organisation mondiale du coton (OMC), il faut mettre l’accent sur les sous-produits du coton pour récolter des revenus supplémentaires et cela va permettre de contribuer à l’essor industriel et lutter ainsi contre la pauvreté.

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Numéro d'édition: 332

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