Situation humanitaire : Plus de 600.000 déplacés internes

• Ce nombre pourrait atteindre un million en avril 2020

• Pendant ce temps, le budget du ministère de l’Action sociale est en baisse

• Les ONG déplorent le manque de coordination

La situation sécuritaire au Burkina Faso se dégrade de jour en jour. Ce qui a entraîné un déplacement massif de populations, créant une situation humanitaire sans précédent.
Quelle est l’ampleur de la situation ?
Selon United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (UN-OCHA), au 9 décembre 2019, on a dénombré 560.000 personnes déplacées. Ce nombre a augmenté de 500% entre janvier et début décembre 2019. En effet, en janvier 2019, ce nombre était de 87.000 personnes. Les régions les plus touchées sont celles du Centre-Nord et du Sahel.
Tout dernièrement, le 05 janvier 2020, un groupe armé non identifié a fait une irruption dans le village de la Commune de Gorgadji dans la région du Sahel. 3.000 personnes provenant de 428 ménages ont fui pour s’installer à Yalgo, rapporte OCHA. Ces groupes armés auraient procédé à des pillages de cheptels et de commerces. Toutefois, la région du Nord connaît également une augmentation importante du nombre de personnes déplacées enregistrées au cours des derniers mois.
Le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays est aujourd’hui 6 fois plus élevé qu’en janvier 2019, passant de 90.000 à 560.033 en décembre 2019, selon l’UNICEF.
Pour cette organisation, 3,3 millions de personnes ont besoin d’une assistance alimentaire immédiate dans le Sahel actuellement. Elle prévoit que près de 4,8 millions de personnes dans le Sahel central seront exposées à l’insécurité alimentaire pendant la période de soudure (juin-août 2020).
Jan Egeland, Secrétaire général du Conseil norvégien pour les réfugiés (CNR), lors de son séjour au Burkina en fin janvier 2020, a indiqué que le nombre de personnes déplacées a été multiplié par 10 pour atteindre 600.000 et pourrait atteindre près d’un million d’ici fin avril 2020.
La prise en charge de ces personnes déplacées nécessite beaucoup de ressources. C’est dans ce contexte que le budget 2020 du ministère de la Femme, de la Solidarité nationale, de la Famille et de l’Action humanitaire, le ministère qui est en première ligne dans l’action humanitaire, connaît une baisse par rapport à 2019.


La loi de finances 2020 a été adoptée par l’Assemblée nationale le 5 décembre 2019, en pleine crise humanitaire.
La loi de finances 2020 indique que le budget de ce ministère est passé de 22,398 milliards FCFA en 2019 à 18,191 milliards FCFA en 2020, soit une baisse de 4,207 milliards FCFA. Le budget 2020 de ce ministère n’atteint pas le niveau de 2018 où il était fixé à 21,125 milliards FCFA et celui de 2017 (20,519 milliards FCFA). Pourtant, le budget 2019 a été élaboré dans un contexte d’insécurité et de déplacement de personnes.
Ce ministère dispose de 04 programmes budgétaires. La baisse du budget est constatée au niveau du programme « Femme et genre ». Il passe de 3,459 milliards FCFA en 2019 à 2,677 milliards FCFA en 2020. Le budget du programme « Enfant et famille » passe de 6,787 milliards FCFA en 2019 à 4,707 milliards FCFA en 2020. La baisse concerne aussi le programme « Solidarité nationale et gestion des catastrophes » dont le budget passe de 9,592 milliards FCFA en 2019 à 8,275 milliards FCFA en 2020. Le budget du programme « Pilotage et soutien des services du ministre » stagne. De 2,559 milliards FCFA en 2019, il est de 2,596 milliards FCFA en 2020.
Comment faire face de manière efficace à la situation humanitaire ? Le gouvernement compte-t-il sur les nombreuses ONG humanitaires qui interviennent sur le terrain et les bonnes volontés pour combler les insuffisances ?
Dans le compte rendu du Conseil des ministres du 05 février 2020, le gouvernement a été informé de la remise par la communauté́ musulmane de Pouytenga, de vivres et de produits de première nécessité́ le 1er février 2020, d’une valeur de plus de 47 millions F CFA et destinéś aux populations déplacées. Depuis juillet 2019, le nombre de personnes bénéficiant de l’assistance alimentaire de OCHA a doublé, atteignant près de 650.000 personnes à la fin octobre 2019.
Cette ONG déplore le sous-financement de son plan de réponse humanitaire révisé. Au 13 décembre 2019, seuls 46% des 187 millions de dollars nécessaires pour répondre aux besoins des personnes les plus vulnérables ont été reçus.
Fillipe Grandi, Haut-Commissaire des réfugiés (HCR), en déplacement à Ouagadougou, a déclaré, au cours d’une conférence de presse organisée le 4 février 2020, qu’il avait été « choqué par l’ampleur de la situation d’urgence, car pratiquement devant nos yeux, les gens affluaient de plusieurs autres Communes vers Kaya à cause des violences ».
Le HCR compte revoir à la hausse son budget d’intervention à environ 300 millions de dollars.
Le Secrétaire général du Conseil norvégien pour les réfugiés, tout comme les autres intervenants, déplorent le manque de coordination de la prise en charge. « Le gouvernement dit vouloir coordonner les choses, mais il est peu visible sur place, et ce que l’on voit donc ce sont des organisations humanitaires totalement débordées, comme nous, et qui n’ont pas assez de financement pour répondre aux besoins de tous les gens qui arrivent », a-t-il déclaré sur RFI le 20 janvier 2020.

Elie KABORE


94 centres de santé restent fermés

L’insécurité affecte l’accès aux services sociaux de base qui ne cessent de se détériorer, en particulier, l’accès aux soins de santé. Au 20 janvier 2020, 94 centres de santé restent fermés, 139 autres fonctionnent au minima et 184 centres de santé abritent des personnes déplacées. Une situation qui prive 1,281 millions de personnes de soins de santé.

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Numéro d'édition: 331

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