Mahamadi Sebogo, journaliste et juriste, est auteur de l’étude sur l’intelligence économique au Burkina faso. (DR)

Pratique de l’intelligence économique  : Pas une priorité pour des entrepreneurs burkinabè

• Ils privilégient la technologie et l’argent

• Pourtant, des Burkinabè parmi les pionniers de l’IE en Afrique

A la première Semaine burkinabè de l’intelligence économique (SBIE), les pays qui appliquent déjà l’IE soulignent que « c’est un incontournable outil de développement des entreprises et des nations; elle participe à la formation d’un avantage concurrentiel dans un monde globalisé marqué par le  durcissement des affrontements économiques, où la compétition économique permanente et impitoyable est devenue la norme ». Mais qu’en est-il au Burkina Faso 60 ans après son indépendance? L’IE est-elle connue et pratiquée par les acteurs économiques burkinabè ? La réponse à ces questions est que la situation n’est pas reluisante. Et pour cause, il ressort d’une étude menée en 2016 par le journaliste et juriste Mahamadi Sebogo, que peu d’entrepreneurs ont une connaissance exacte de l’intelligence économique.
L’étude qui a porté sur « Intelligence économique dans les PME agro-alimentaires: état des lieux et perspectives » révèle que « 12 responsables de PME sur 32 ont déclaré avoir déjà entendu parler de l’IE, 5 par les médias, 4 par la CCI-BF, 1 par l’Internet et 2 lors des formations ». L’enquêteur souligne que le choix porté au développement des PME dans le domaine agro-alimentaire n’est pas anodin. Dans la mesure où le Burkina Faso est un pays essentiellement agricole, avec plus de 80% de sa population vivant de l’agriculture. Sur ce, dit- il, il n’est un secret pour personne que le secteur de la transformation agro-alimentaire est vital pour le Burkina Faso aux multiples plans économique, social, de la sécurité alimentaire et nutritionnelle.
Pour lui, fort de ce grand potentiel, il est important d’introduire l’IE afin de contribuer à rendre dynamique, compétitif le secteur. Ce faible taux de connaissance sur la pratique de l’IE, les enquêtés l’expliquent par le fait que l’IE n’est pas une priorité dans le management de leurs entreprises. Pour eux, la ressource informationnelle n’est pas l’élément déterminant mais plutôt les moyens technologiques et financiers. S’agissant des pratiques informationnelles des entreprises, l’étude montre que sur les 32 PME, 5 font de l’IE, 6 de la veille stratégique et 21 ne pratiquent ni de l’IE ni de la veille stratégique.

L’enquêteur confondu à un espion
Dans son enquête, le journaliste au desk économique à Sidwaya fait d’étonnants constats sur le secteur privé burkinabè. Il dit avoir observé que la quasi-totalité des entreprises visitées sont d’accès facile, on y accède comme Rood-woko. Le deuxième est que sur les 32 responsables de PME, 7 ont pris le soin de s’assurer que l’enquêteur n’est pas un espion à la solde d’un concurrent et les 25 autres ont répondu aux questions sans autre forme de procès. Si l’étude montre le peu d’intérêt des hommes d’affaires burkinabè à l’IE, il demeure que des particuliers s’illustrent comme des pionniers de l’IE en Afrique. Et l’enquêteur de citer l’actuel Secrétaire général du ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Boubacar Traoré, de l’actuel Directeur général de la Chambre de commerce du Burkina, Issaka Kargougou.
A côté de ces pionniers, il mentionne que d’autres Burkinabè sont en train de se spécialiser ou font de la recherche sur la question. On peut citer, entre autres, le ministre du Commerce, qui fait une thèse sur l’IE, le Commandant Alain Sara qui a publié un livre sur l’IE au Burkina Faso, Kietyeta Honoré, représentant national de CAVIE, Dabiré Timothée, Directeur des études stratégiques de la CCI-BF.
S’il est vrai que les entrepreneurs burkinabè ne sont pas des bons élèves de la pratique de l’IE, il y a surtout qu’ils ne sont pas soutenus par l’Etat qui lui-même se révèle être un mauvais maître. Mahamadi Sebogo dit avoir constaté sur le terrain, que c’est à partir de 2010 que le concept d’IE est apparu dans le discours politique, notamment dans le programme présidentiel (2010-2015) du Président Blaise Compaoré. Par la suite, l’on retrouvera l’IE dans la SCADD où on lui a consacré un paragraphe.
Ce qui n’est pas le cas pour le nouveau référentiel national de développement, le PNDES, où l’IE ne figure pas expressément. C’est ce retard que tente de combler la maison faîtière des hommes d’affaires qu’est la Chambre de commerce du Burkina, avec l’organisation de la SBIE.

Ambèternifa Crépin SOMDA


Pratique de l’IE: un brin d’espoir à l’horizon

Dans le gouvernement actuel, on retrouve des ministres très avertis de la question, des lignes devraient, en principe, bouger;
Il y a des initiatives en cours au niveau du MINEFID, notamment au Bureau d’analyses et d’études stratégiques (BAES).
Il faut noter qu’au Burkina Faso, la CCI-BF est pratiquement la seule institution qui œuvre concrètement dans la promotion de l’IE et cela s’observe à travers un certain nombre d’activités:
la mise en place d’une Direction de l’intelligence économique au sein de la CCI-BF ; avec la réorganisation, ces attributions sont dévolues à la DES;
le lancement du « projet pilote Réseau intelligence collective, RIC, en 2011, avec pour objectifs:
la diffusion de la culture de l’intelligence économique au travers d’activités collectives de sensibilisation/formation et de veille au profit des membres du réseau ;
l’accompagnement des entreprises dans la mise en place des réseaux et des cellules de veille ou d’intelligence économique.
Il y a eu également l’organisation du colloque international sur l’IE, les 12 et 13 septembre 2011 sur le thème « Intelligence économique : stratégies d’innovation et de compétitivité »;
Et aux dernières nouvelles, la Chambre de commerce est en train de se doter d’un nouveau schéma directeur en matière d’IE.

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Numéro d'édition: 315

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