Calvin Tiam est Ingénieur en génie des procédés industriels et en énergies renouvelables des 2IE. Il dirige actuellement TECO², son premier projet de toiture écologique et économique adapté pour le Sahel. (DR)

Des tables-bancs à partir de déchets plastiques : Le pari de Calvin Tiam

• En collaboration avec le ministère de l’Environnement

• Il veut équiper les écoles

• Une unité industrielle en vue

Calvin Tiam s’est fait remarquer lorsqu’il était en cycle d’ingénieur au 2iE par une innovation technologique: la toiture écologie. Conçue essentiellement à partir de déchets plastiques. Il est le fondateur de TECO2. La vocation de son entreprise est de transformer tout ce qui est déchet plastique en produits éco-innovants. L’homme continue de creuser son sillon dans le secteur de la récupération en proposant cette fois, une initiative au gouvernement, les tables-bancs écologiques. Il s’agira, pour le jeune entrepreneur, de signer une convention entre sa structure et le département de l’Environnement pour le traitement des stocks des déchets plastiques.

L’Economiste du Faso: D’où vous est venue cette idée des tables-bancs à partir des déchets plastiques ?
Calvin Tiam, fondateur de TECO2: Nous sommes partis du constat que la plupart des établissements scolaires, que ce soit en zone urbaine ou rurale font face à l’épineuse question de l’équipement des salles de classes. On a constaté un énorme déficit, pas seulement au Burkina mais dans la sous-région.
Nous nous sommes intéressés à cette problématique afin de proposer une solution innovante et durable. Et comme le ministère de l’Environnement avait initié en 2014, un projet de réduction des déchets plastiques de la ville de Ouaga qui a consisté à collecter et stocker les déchets plastiques qu’on ne transforme pas actuellement, nous avons estimé que notre projet pouvait s’adosser à cela pour donner une seconde vie à ces déchets tout en nettoyant la ville. C’est la raison de la signature de convention que nous allons signer avec le ministère en charge de l’environnement pour recycler les stocks, fabriquer des tables-blancs avec lesquels l’Etat pourra équiper les écoles.

L’accord consiste donc à permettre à Teco² d’utiliser les stocks de déchets et de les valoriser en tables-blancs, entre autres ?
Oui, c’est cela. Nous voulons montrer ce qu’il est possible d’en tirer comme bénéfice pour la communauté. Il y a assez de stocks pour permettre de fabriquer des tables-bancs que nous allons proposer au ministère de l’Environnement. Il y a la valorisation en termes d’utilité et de qualité mais également, il s’agira, à travers cette action de collaboration public/privé qu’il peut y avoir, d’un vrai débouché dans ce secteur. Nous espérons qu’avec cette expérience, nous allons pouvoir attirer des investisseurs pour le passage à l’échelle très rapidement.

Vous avez certainement des échantillons qui vous confortent dans le fait que les tables-bancs, c’est une solution durable…
Teco² maîtrise le processus de fabrication. Nous avons dépassé cette phase d’échantillon depuis 2014, lorsque nous travaillions déjà sur la toiture écologique. Des analyses ont été faites dans trois grands laboratoires. Il s’agit du laboratoire d’éco matériaux du 2IE, le laboratoire de matériaux Hi Tech de Lyon et le laboratoire de Plasturgie et Compositech de Chambéry. On est passé à la phase production de nos tables-blancs et bancs publics mais à une échelle réduite. La cadence actuelle n’est pas élevée.
Avec l’accord que nous allons signer avec le ministère, on va améliorer le niveau de production. Un des objectifs de cette collaboration est justement de montrer que l’on peut aller à une production industrielle et d’attirer des capitaux pour mettre en place une chaîne de production.
Actuellement, on a une commande d’Abidjan de 2.500 tables-bancs, il y a également au niveau du Burkina, des ONG surtout. Donc, très rapidement, nous risquons d’être confrontés à la demande.
En fait, la collaboration avec le ministère est une forme de communication: montrer le savoir-faire et lever des fonds pour passer à l’étape industrielle.
C’est cela. On a la ressource (matière première disponible partout dans la sous-région, nous avons le savoir-faire, il s’agira de convaincre les partenaires privés de se joindre au projet pour passer à l’échelle. La phase industrielle va doper la cadence et on améliorera les finitions également avec une chaîne de production complète.

Ce sont des déchets plastiques de toute nature que vous utilisez comme matière première ?
C’est une question pertinente. Nous travaillons spécifiquement avec les Polyéthylènes ou PE. Ce sont les sachets d’eau, les sachets ménagers pour la fabrication des tables-bancs. Les PP sont des bidons d’eau, les seaux, etc. nous les utilisons pour fabriquer les balises qu’on place sur les routes. Il y a aussi les PET, utilisés pour les bouteilles d’eau ou de boisson. Cette catégorie-là, nous les broyons uniquement. Pour les déchets stockés par le ministère, ils sont constitués à 80% de PE et à 20% de PET et PP.

Êtes-vous sûr de pouvoir disposer de matières premières en permanence, surtout dans l’optique du passage à l’échelle?
Les stocks du ministère sont estimés à plusieurs millions de tonnes. Pour le démarrage, on n’a pas de problème. Dans cette optique, il y a la stratégie de collaboration avec les associations qui collectent les déchets dans les villes. Il faut savoir que la dimension de cette initiative n’est pas que nationale. Une fois la chaîne de production industrielle lancée, nous allons nous rabattre sur la sous-région pour la collecte et des centres de tri dans leur capitale pour garantir.

Vous parlez de phase industrielle de production, l’étude de faisabilité est-elle disponible et peut-on avoir une idée de l’investissement nécessaire pour la phase industrielle ?
En fait, on souhaiterait lancer une unité complète. Et en termes de besoins, nous recherchons autour de 750 millions FCFA. Nous avons des partenaires qui sont intéressés, mais qui attendent de voir comment cette opération va se mener. Et je voudrais préciser que la ligne industrielle que nous voulons mettre en place intègre les tables-bancs et les toitures écologiques.

FW


L’entrepreneur social

Transformer des sachets plastiques usés en revêtements de toitures innovants et en éco mobilier (éco bancs de classe et autres éco meubles), telle est la mission que c’est assignée le jeune ingénieur. TECO² (Toiture ECOlogique & ECOnomique), une entreprise appartenant au secteur de l’économie verte et relevant de l’entrepreneuriat social et des principes de l’écoconception. Dans son secteur, il a remporté plusieurs prix en tant que jeune innovateur, dont :
Lauréat du 1er Prix Jeunesse de la Francophonie 35 < 35 dans la catégorie Entrepreneuriat social, un prix qui célèbre 35 jeunes personnalités en dessous de 35 ans qui font bouger l’espace francophone, octobre 2016
Lauréat du concours de Bourses aux d’Emplois verts organisé par OIF «Organisation internationale de la francophonie» au cours du Forum international jeunesse et emplois verts à Moncton au Canada, octobre 2016
Lauréat du 2e Prix au concours Business Plan organisé par la Banque islamique de Développement, décembre 2014.

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Numéro d'édition: 289

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