«Les sociétés minières doivent mettre en place un système pour remplacer les femmes qui vont pour accoucher, jusqu’à leur retour», soutient Pr Aïssata Sophie Siby Gladima. (DR)

Femmes dans le secteur minier : L’exemple du ministre sénégalais des Mines

• Pr Aïssata Sophie Siby Gladima

• Qui brave les stéréotypes masculins

Pr Aïssata Sophie Siby Gladima est l’actuelle ministre sénégalais des Mines et de Géologie. Professeur agrégé de Géologie, elle est enseignante au département de géologie à l’Université de Dakar.
Elle a su braver les stéréotypes pour s’imposer dans le secteur minier. C’est l’exemple type de la réussite d’une femme dans ce secteur vu comme «masculin». Elle a partagé son expérience avec les participants à l’atelier de consultations des organisations de la société civile, organisé par la Banque mondiale à Dakar, du 24 au 26 octobre 2018. Pour elle, les jeunes filles elles-mêmes ont une idée négative des industries extractives. A son époque: «On me disait que je serais tout le temps dans la poussière; que j’aurai la graisse entre les mains ; que je ne pourrai pas me maquiller; que je n’aurai pas de belles ongles». Mais, pour elle, il y a des moments pour se faire belle et des moments pour travailler et avoir de l’argent. «Personnellement, n’eut été mon abnégation, je ne me serai jamais orientée en géologie», confesse-t-elle. Seule femme dans le groupe des étudiants, elle a souvent été confrontée à des difficultés qu’elle a toujours su surmonter.
Lors des sorties sur le terrain, elle devait dormir au milieu des garçons, alors que cela était mal perçu. Un deuxième problème qui s’est posé à elle, c’est la question des douches. «Ce que je faisais, c’est de rester en pagne pendant la douche. Je demandais aux garçons de rester dans la salle pendant ce temps», se souvient Aïssata Sophie Siby Gladima. Ses difficultés ne s’arrêtent pas là. Une fois dans la mine, les hommes ne pouvaient pas accepter d’être dirigés par une femme.
Elle se rappelle que des hommes ont même arraché des fusibles pour que rien ne marche afin qu’on l’accuse de ne pas maitriser son travail. «Ce n’est pas de la méchanceté, mais des astuces des hommes pour dire que les femmes doivent rester à la maison. Alors qu’une femme peut travailler et s’occuper en même temps de la maison», rassure-t-elle. Elle se rappelle qu’elle a fait une fausse couche, parce qu’étant enceinte, elle a voulu rattraper la navette en sautant du camion.
On lui a demandé de choisir entre la mine et le foyer. Malgré l’argent qu’elle allait perdre, elle a préféré partir. Une grossesse est quelque chose de naturelle et de normal. Est-ce qu’une femme qui travaille dans une mine n’a pas le droit de faire des enfants? s’interroge-t-elle. Les sociétés minières doivent accepter les femmes et mettre en place un système de remplacement pour celles qui vont pour accoucher, jusqu’à leur retour. Mais toutes les femmes n’ont pas eu son courage. De retour des études en Roumanie, une femme qu’elle connait bien a refusé d’aller sur le terrain avec des hommes, afin d’éviter d’être violée. Une autre femme en position de stage a rencontré des difficultés, parce qu’elle portait un pantalon. Dans les années 1983, au Sénégal, le port du pantalon par une femme posait problème.
Ce sont autant de barrières qu’elle a rencontrées au cours de la vie. Les réalités socio-culturelles entravent l’accès des filles à l’école. Comment vont-elles avoir du travail si elles ne vont pas à l’école ou si elles ne terminent pas les études ? Souvent, les industries minières veulent recruter les filles, mais il se trouve que plusieurs d’entre elles n’ont pas de diplômes. Aïssata Sophie Siby Gladima préconise de mettre l’accent sur la formation des filles dans les filières scientifiques.

Elie KABORE

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Numéro d'édition: 273

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