Flux financiers illicites: L’Afrique organise la riposte

• Comprendre le mécanisme

• Par une action concertée médias/société civile

• Pour se passer de l’aide au développement

Pour Aïda Opok Mensah (au milieu), l’Union africaine a placé la lutte contre la corruption, dont les FFI, dans son agenda. (DR)

L’Afrique organise la riposte contre les Flux financiers illicites (FFI). En 2015, le panel de haut niveau de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) publiait un rapport inédit sur l’ampleur des FFI en Afrique. Selon le rapport, au cours des 50 dernières années, l’Afrique a perdu plus de 1.000 milliards de Dollars du fait des FFI. Ce chiffre est à peu près l’équivalent de l’aide publique au développement reçue par l’Afrique pendant la même période. Toujours, selon le rapport, l’Afrique perd plus de 50 milliards de Dollars par an du fait des FFI. Ces estimations sont en deçà de la réalité, car il n’existe pas de données précises pour tous les pays africains. Cette fuite d’argent du continent est favorisée à 65% par l’action des multinationales opérant en Afrique. Elles utilisent des astuces pour surfacturer les produits à l’exportation et les sous-facturer à l’importation, afin de réduire les marges bénéficiaires et de payer le moins possible d’impôts. Les FFI sont ensuite favorisés à 35% par les actions des groupes criminelles qui excellent dans les trafics de drogues et d’êtres humains. Enfin, l’Afrique perd 5% des 50 milliards de Dollars ; soit 2,5 milliards de Dollars ; l’an du fait de la corruption. Mais, depuis la publication du rapport, les pays africains n’ont pas pris le mal à bras-le-corps pour le combattre. D’où cette initiative de Trust Africa, de la Fondation Thomson Reuters et de la Commission économique pour l’Afrique d’organiser une réunion pour renforcer l’action des médias et de la société civile dans la lutte contre les Flux financiers illicites (FFI) en provenance d’Afrique. La réunion s’est tenue du 28 au 29 juin 2018 à Addis-Abeba en Éthiopie. Il s’est agi, au cours de cette réunion de définir une riposte collective africaine, de discuter des solutions aux problèmes que rencontrent les journalistes dans leurs enquêtes sur les FFI et d’étudier les mécanismes permettant de renforcer la collaboration entre les médias et la société civile intervenant sur les FFI. Pour Aïda Opok Mensah, conseillère spéciale sur les Objectifs de développement durable (ODD) et co-présidente du groupe de travail sur les FFI à la Commission économique pour l’Afrique, depuis la publication du rapport du groupe de haut niveau en 2015, un groupe de travail a été mis en place pour travailler aux côtés du président de la Commission économique pour l’Afrique. Cette année 2018, l’Union africaine a placé la lutte contre la corruption, dont les FFI, dans son agenda. L’Afrique veut désormais lutter contre l’évasion fiscale et organiser le retour des avoirs volés. Mais, avec quels moyens ? Bernd Schlenther d’African Tax Administration Forum estime que les pays doivent tendre vers la numérisation de leurs administrations, qui se révèle comme un moyen de lutte contre les FFI. Les pays doivent mettre l’accent sur les recettes internes en évitant la sous-facturation. Aussi, les sanctions prévues par les lois doivent être appliquées contre les fautifs. Il est nécessaire pour les Etats africains de fiscaliser le secteur informel et d’établir des relations avec d’autres administrations fiscales. Aïda Opok Mensah estime que «l’on nous laisse croire que l’Afrique survit grâce à l’aide publique au développement. Ce qui est faux. Le développement africain peut être financé par l’Afrique. L’aide publique viendra en soutien. Pour ce faire, il suffit de lutter contre les FFI pour augmenter les ressources propres de l’Etat». Pour elle, l’Afrique doit donc relever certains défis, dont la transformation structurelle et les réformes, afin d’améliorer l’assiette fiscale, la lutte contre le vol et toute forme de corruption, le trafic illicite, les pots de vin, la contrebande, la contrefaçon, le crime organisé, la mauvaise facturation des activités, etc., avec l’implication des banques centrales, des universitaires, des parlementaires, des banques de développement. Les résultats de cette lutte seront utilisés pour les investissements qui créent de la valeur, et non servir à financer le fonctionnement des institutions ou à motiver des agents. D’autres interventions ont porté sur les recommandations du rapport du panel de haut niveau sur la lutte contre les FFI. Ces recommandations concernent notamment le recrutement et la formation des agents publics, mais aussi d’autres acteurs. Une des recommandations a un lien avec l’obligation de rendre compte, parce que la transparence dans les recettes et les dépenses est un des éléments essentiels à la transformation économique. Le rapport a aussi recommandé de mener plusieurs réformes fiscales dans les pays en impliquant surtout les secteurs miniers, le secteur de la pèche, de la faune et de la flore, les marchés publics, etc. Il recommande une grande surveillance des entreprises par les organes de veille et de contrôle.

 


L’Economiste du Faso partage son expérience

Au cours de la rencontre d’Addis-Ababa, L’Economiste du Faso a été invité à partager son expérience dans le traitement de l’information sur les FFI. C’est ainsi qu’une de ses enquêtes relatives aux investissements directs étrangers dans le secteur extractif a été présentée. Cette publication indiquait que 30% des investissements dans ce secteur provenaient de 3 paradis fiscaux : la Barbade, les Bermudes et les Iles Caïmans. En plus, la publication sur les exonérations fiscales accordées aux entreprises a été présentée. En 2016, près de 100 milliards de FCFA ont été accordés dans le cadre desdites exonérations, soit environ 10% des recettes fiscales de l’année. Enfin, le suivi fait par le journal des solutions apportées au phénomène des chèques impayés a fortement retenu l’attention des participants.

Elie KABORE

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Numéro d'édition: 261