Lagos/Nigeria: Emmanuel Macron explique sa vision de l’Afrique

• Une allocution devant 2.000 jeunes entrepreneurs

• Immigration et promotion du secteur privé au menu

• Un impératif d’innovation pour le continent

L’action de la Fondation Tony Elumelu rencontre la vision de l’Afrique du président Macron, d’où son intérêt pour ses activités. (DR)

Le 4 juillet 2018 à Lagos, au Nigeria, le président français, Emmanuel Macron, a rencontré 2.000 jeunes entrepreneurs africains. Au cours des échanges qui ont duré une heure et demi environ, le président français a expliqué sa vision de l’Afrique en 3 points. Dans un premier temps, Emmanuel Macron a réaffirmé sa conviction en l’Afrique.
Pour lui, les choses ont changé sur le continent avec de nouveaux dirigeants qui pensent autrement que leurs prédécesseurs. L’Afrique étant un continent habité principalement par des jeunes, il les a interpelés à plus de responsabilité afin de saisir les opportunités du moment pour construire cette Afrique grâce à l’entrepreneuriat et à la culture.
«C’est l’Afrique qui doit créer l’Afrique. C’est à l’Afrique d’expliquer au monde ce que c’est que l’Afrique. L’Afrique ne doit pas seulement faire partie du monde. Si l’Afrique ne réussit pas, l’Europe non plus ne réussira; parce que l’Europe n’est pas isolée du monde», a-t-il insisté. Le président français a, dans un deuxième temps, insisté sur l’entrepreneuriat des jeunes en Afrique. Pour y arriver, les jeunes entrepreneurs africains doivent savoir innover en prenant des risques, sans demander la permission avant d’agir. C’est par l’entrepreneuriat que ces jeunes pourront apporter le changement. Il a pris son propre exemple pour tenter de convaincre son auditoire: «Lorsque j’ai voulu m’engager en politique, j’ai demandé des conseils à des ainés qui m’ont dit d’attendre encore un peu, car le moment n’était pas encore venu. Ne suivrez jamais ce genre de conseils. Si vous voulez le changement de votre pays, il faut oser maintenant».
Le troisième volet de son intervention a porté sur le développement du secteur privé en Afrique. «Le secteur privé est une des réponses au développement de Afrique. D’ailleurs, il est plus facile pour un individu d’y adhéré qu’en politique. Je suis un défenseur du secteur privé en Afrique. Il ne s’agit pas des entreprises étrangères qui s’installent en Afrique, qui négligent les droits des communautés; mais des entreprises de jeunes africains», a indiqué Emmanuel Macron, provoquant une salve d’applaudissements.
Suivant ses propos, il a observé que c’est par ce secteur privé que l’Afrique verra sa croissance augmenter de manière inclusive et durable afin de faire émerger une classe moyenne. Il a rappelé que la France a débloqué un milliard d’Euros pour soutenir le secteur privé africain, à travers l’Agence française de développement (AFD).
Il espère que d’autres mécènes se joindront l’initiative dans peu de temps. Les participants ont eu droit à la parole pour poser directement des questions au président français, sous la direction de Tony Elumelu.
Les préoccupations des jeunes entrepreneurs ont tourné autour de l’accès des produits africains au marché européen, les possibilités d’accès aux investissements européens par les entrepreneurs africains, les opportunités de développement du secteur privé africain, les risques que court l’Afrique face à la montée de l’extrémisme en Europe, les solutions que l’Europe propose face à l’immigration.
Certaines interventions ont porté sur le partage de l’expérience personnelle d’Emmanuel Macron. Sur la question de l’immigration, il a répondu qu’elle est en partie liée à la question démographie. «Avec des familles de 7 à 8 enfants, les taux de croissance de 5, 6% n’auront aucun impact sur la pauvreté.
Ce qui pousse certains jeunes de la classe moyenne à mobiliser des ressources pour payer des trafiquants afin de se rendre en Europe», a affirmé le président français. Mais, il œuvre avec ses pairs européens pour que les migrants qui fuient la guerre puisent avoir l’asile en Europe. Quant aux migrants économiques ; les plus nombreux ; il leur sera difficile de rester en Europe, prévient-il.
C’est la raison pour laquelle il soutient le secteur privé africain afin d’offrir des opportunités aux jeunes africains sur le continent. «Quel a été votre plus grand échec et comment l’avez-vous surmonté»? A demandé un jeune nigérian. Et Emmanuel Macron de répondre: «Je voulais être universitaire, mais j’ai échoué. Je ne suis pas resté otage de cet échec. Au contraire, cela m’a renforcé. J’ai innové pour devenir d’abord fonctionnaire, ensuite banquier d’affaires, ministre et actuellement président de la République. En tant que président, j’ai encore innové en alliant avec cohérence les idées de la droite et de la gauche pour mener des réformes».
A la fin de ce face à face entre Emmanuel Macron et les entrepreneurs, Remix Rioux, premier responsable de l’AFD, a signé une convention avec Tony Elumelu afin d’accompagner la Fondation Tony Elumelu qui œuvre dans l’entrepreneuriat des jeunes en Afrique. A travers cette convention, l’AFD apportera des garanties bancaires de près de 75% aux initiatives des jeunes. L’AFD facilitera en plus la mise en contact avec d’autres partenaires et accompagnera les lauréats des plans d’affaires de la fondation.


Qu’est-ce que la Fondation Tony Elumelu,l’hôte du président français? 

La Fondation Tony Elumelu a été créée en 2010 par Tony Elumelu, président du conseil d’administration de la banque panafricaine UBA. Elle est la principale Fondation en Afrique qui œuvre pour la promotion de l’entrepreneuriat à travers l’octroi de financements à des jeunes entrepreneurs sur le continent africain. L’investissement à long terme de la fondation vise l’émergence d’entreprises africaines qui, à leur tour, créeront des emplois. Dans sa stratégie, la Fondation Tony Elumelu finance chaque année 1.000 jeunes pour la création de leurs propres entreprises. Elle ambitionne, en 10 ans, financer 10.000 entrepreneurs à travers une enveloppe de 100 millions de Dollars. Des jeunes burkinabè ont déjà bénéficié de l’accompagnement de cette Fondation. L’action de la Fondation rencontre la vision de l’Afrique du président Macron. D’où l’intérêt de ce dernier pour les activités de cette Fondation.

 

Elie KABORE

 

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Numéro d'édition: 260

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